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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2205983

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2205983

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2205983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantREYNOLDS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête complétée de pièces, enregistrées les 13 avril, 13 juillet et 28 septembre 2022, M. B D, représenté par Me Reynolds, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse et de ses enfants ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui accorder l'autorisation de regroupement familial sollicitée dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, subsidiairement, de réexaminer le dossier de regroupement familial dans un délai d'un mois et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

­ la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation, d'erreur de fait notamment sur la date de dépôt de la demande de regroupement familial et d'erreur de droit dans la mesure où le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

­ elle a été prise en méconnaissance des articles L. 411-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 7 septembre 2022 a fixé la clôture d'instruction au 7 octobre 2022.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été demandées, le 12 octobre 2022, au requérant pour compléter l'instruction. Le requérant a présenté, le lendemain, ces pièces qui ont été communiquées au préfet de la Seine-Saint-Denis le surlendemain.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant égyptien, a demandé le bénéfice du regroupement familial au profit de son épouse, avec laquelle il s'est marié le 25 novembre 2016, et de ses enfants. Le requérant demande au tribunal l'annulation de la décision du 25 mars 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis qui a refusé de faire droit à sa demande.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. C A, sous-préfet du Raincy, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers et notamment les décisions relatives au regroupement familial. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de motiver sa décision refusant de faire droit à une demande de regroupement familial au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui n'en constitue pas le fondement. Il est néanmoins relevé que le préfet a mentionné la situation familiale de M. D qui entend reconstituer sa cellule familiale en France en faisant venir son épouse et ses deux enfants qui résident dans leur pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être, en tout état de cause, écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-4 du même code alors applicable : " L'autorité administrative statue sur la demande dans un délai de six mois à compter du dépôt par l'étranger du dossier complet de cette demande. () ". Aux termes de l'article R. 434-12 de ce code : " Au vu du dossier complet de demande de regroupement familial, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois dont bénéficie l'autorité administrative pour statuer. "

5. Le requérant soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur de fait sur la date de sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse et de ses enfants et, donc, sur les bulletins de salaire à prendre en compte pour apprécier la suffisance de ses rémunérations. Il ressort de l'attestation de dépôt d'une demande de regroupement familial du 23 juillet 2021 que la demande déposée le 10 mars 2020 a été enregistrée le 26 mars 2021. Conformément aux dispositions précitées, l'attestation n'est délivrée que lorsque le dossier de demande de regroupement familial est complet. Dans la mesure où le requérant n'établit pas que le dossier qu'il aurait déposé le 10 mars 2020 aurait été complet, étant précisé qu'il fait état dans ses écritures d'une demande de la préfecture de complément de dossier, ou que ce dossier aurait été complété avant la date d'enregistrement du 26 mars 2021, il n'est pas fondé à critiquer la date d'enregistrement de son dossier figurant sur l'attestation de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dès lors, le moyen tiré d'une erreur de fait doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. " Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'État, qui tient compte de la taille de la famille du demandeur et doit être au moins égal au salaire minimum de croissance mensuel et au plus égal à ce salaire majoré d'un cinquième. / () ". Aux termes de l'article R. 434-4 de ce code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : / () 2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ; () ". Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.

7. Il résulte du point 5 que la date de dépôt de la demande de regroupement familial de M. D est le 26 mars 2021 et qu'ainsi, l'intéressé doit justifier le caractère suffisant de ses ressources sur la période de douze mois précédant, soit de mars 2020 à février 2021, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, majorée d'un dixième pour une famille de quatre personnes. Le requérant produit des bulletins de salaire et une attestation de paiement de congés qui justifient, tout au plus, d'une rémunération mensuelle nette moyenne de 1 114,39 euros alors que le salaire mensuel net de référence majoré d'un dixième est de 1 342,66 euros. Si le requérant fait valoir qu'il est retourné en Égypte au soutien de son épouse, en détresse psychologique, au cours de l'année 2020, en bénéficiant d'un congé sans solde pour les mois de septembre et d'octobre 2020, les attestations médicales qu'il produit pour justifier de la nécessité de demeurer auprès de son épouse ne concernent pas cette période. De même, le requérant n'apporte aucun élément suffisamment précis de nature à apprécier, en montants, l'impact sur son activité professionnelle de la crise sanitaire qui ne saurait, de toute manière, expliquer à elle-seule un écart salarial annuel supérieur à 2 500 euros par rapport au salaire de référence précédemment mentionné. S'agissant de la période de douze mois précédant la décision attaquée du 25 mars 2022, le requérant produit des bulletins de salaire et une attestation de paiement de congés permettant de calculer une rémunération nette moyenne de 1 057,16 euros qui est très inférieure au niveau du salaire minimum de croissance nette majoré d'un dixième. S'il produit également une attestation médicale du 2 avril 2022 indiquant que son épouse souffrait de dépression et d'angoisse et qu'elle avait besoin d'un soutien familial et de la présence de son époux du 15 juin 2021 au 15 septembre 2021, il ne justifie pas sa présence auprès d'elle sur l'ensemble de cette période, les tampons figurant sur son passeport indiquant qu'il a quitté la France le 19 juillet 2021 et qu'il y est retourné le 15 septembre 2021. Il est, en tout état de cause, relevé que, sur cette période de référence, M. D a travaillé une partie de la seconde quinzaine du mois de juin, qu'il a bénéficié ensuite de congés payés, notamment pour le mois de juillet et jusqu'au 3 août, et qu'il a enfin repris le travail au cours du mois de septembre, de telle sorte que la période de présence médicalement nécessaire auprès de son épouse qui n'aurait pas fait l'objet d'une rémunération ou d'une indemnisation au titre des congés payés était inférieure à deux mois. La rémunération moyenne mensuelle nette de M. D au cours des douze mois précédant la décision attaquée, même rapportée à dix mois, demeurerait avec un montant de 1 268,59 euros inférieure au salaire minimum de croissance moyen mensuel net majoré d'un dixième. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a commis aucune erreur d'appréciation en refusant à M. D le bénéfice du regroupement familial en faveur de son épouse et de ses deux enfants conformément aux dispositions précitées de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait cru en situation de compétence liée pour refuser de faire droit à la demande de regroupement familial. À cet égard, il résulte du point précédent que l'examen de la situation familiale de M. D n'était, en tout état de cause, pas de nature à infléchir l'appréciation de l'insuffisance des ressources de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

9. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Il appartient au préfet de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, qu'une décision refusant le bénéfice du regroupement familial ne porte pas une atteinte excessive aux droits des intéressés au respect de leur vie privée et familiale. D'autre part, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Il ressort des pièces du dossier que M. D né en 1978 exerce une activité professionnelle en qualité de peintre depuis le 1er mars 2018, qu'il a précédemment exercé cette activité en France au cours des années 2013 et 2014, qu'il s'est marié en Égypte le 25 novembre 2016 et que ses deux enfants nés en 2018 résident avec leur mère en Égypte. S'il fait valoir que la décision attaquée a pour effet de le séparer de ses enfants et de son épouse qui souffre de troubles psychologiques et de dépression, notamment du fait de cette séparation, d'une part, comme il a été dit au point 7, l'attestation médicale qu'il produit ne concerne qu'une période de trois mois au cours de laquelle il a pu se rendre, au moins partiellement, auprès de son épouse pour assister à ses séances psychologiques, d'autre part, au cours de la même période, il a également pu demeurer auprès de ses enfants qui ont successivement souffert de difficultés respiratoires. En outre, M. D a fait le choix de maintenir sa résidence en France, alors que son épouse a toujours résidé en Égypte, y compris après la naissance de leurs enfants. Ainsi, si ces derniers vivent séparés de leur père, cette situation résulte du choix des parents, M. D n'établissant au demeurant pas être dans l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale en Égypte, pays dont tous les membres qui la composent ont la nationalité. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ou porté une atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations conventionnelles précitées doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse et de ses enfants. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

Le rapporteur,Le président,SignéSignéG. DoyelleC. TukovLa greffière,SignéN. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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