mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2206255 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 avril et 26 septembre 2022, M. G, représenté par Me Langlois, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2022 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler pendant la durée de ce réexamen ;
4°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où le requérant ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de condamner l'Etat à verser une somme de 1 500 euros au requérant.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est entachée d'incompétence, d'insuffisance de motivation, de défaut d'examen et de méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- la décision est entachée d'erreur de droit et de fait ;
- la décision méconnaît l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le service médical aurait dû être saisi ;
- la décision est entachée de méconnaissance de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et d'erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à 30 jours :
- elle est insuffisamment motivée et méconnaît le droit d'être entendu ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de fait et de méconnaissance de l'article 33 de la convention de Genève, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2022, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme Weidenfeld, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- et les observations de Me Maillard, représentant M. E.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, né le 22 avril 1985, de nationalité ivoirienne, est entré sur le territoire français le 15 mars 2020, selon ses déclarations. Par un arrêté du 30 mars 2022, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme D A, attachée d'administration de l'Etat, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté du 31 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, en vigueur à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que l'intéressé est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et mentionne qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, en dépit de son caractère sommaire, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est, par suite, suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, M. E produit dans la présente instance un passeport ivoirien valable du 22 août 2018 au 21 août 2028. Dès lors, l'affirmation du préfet selon laquelle M. E est " dépourvu de document transfrontière " est matériellement inexacte. Toutefois, le requérant ne justifie ni avoir souscrit la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, ni avoir été muni, lors de son entrée en France, des documents prévus au 2° de l'article L. 211-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne justifie ainsi pas être entré régulièrement sur le territoire français. Il résulte de l'instruction que le préfet de police aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce seul motif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté litigieux que le préfet de police se serait cru en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. En cinquième lieu, le préfet de police produit à l'instance le procès-verbal de l'audition de M. E par un officier de police judiciaire le 30 mars 2022 à 00h10 au cours de laquelle il a été interrogé notamment sur ses liens familiaux en France et ses éventuelles démarches en vue de solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que son droit d'être entendu aurait été méconnu manque en fait. Si le requérant fait valoir que cette audition a duré seulement 8 minutes et qu'il n'a pas été interrogé sur son état de santé, il ne justifie pas que ces circonstances l'auraient empêché de porter certaines informations pertinentes à la connaissance du préfet, alors que la dernière question de son audition, dont il a signé le procès-verbal, était ouverte et l'invitait à indiquer tout élément utile.
8. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de ce procès-verbal d'audition, que le requérant aurait porté à la connaissance du préfet sa situation familiale et son état de santé. Par suite, le requérant n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée de défaut d'examen.
9. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des déclarations de M. E lors de son audition par les services de police que l'intéressé a déclaré ne pas avoir déposé de demande d'asile et vouloir rester en France pour protéger sa vie et celle de sa famille. Eu égard à leur caractère très général, ces déclarations, qui n'ont été développées dans le cadre d'un récit sur les risques encourus en Côte d'Ivoire qu'au mois de mai 2022, ne sauraient être regardées comme manifestant une volonté de déposer une demande d'asile sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 541-1, L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme des stipulations de la Convention de Genève, doit être écarté.
10. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "
11. M. E, qui soutient que son état de santé ferait obstacle à son éloignement du territoire français, produit à l'appui de ses allégations, différents documents médicaux faisant état d'une lombosciatique et d'épisodes de lombosciatalgies aiguës traitées par antalgiques et kinésithérapie. Dès lors que ces éléments ne permettent pas d'établir les conséquences d'une exceptionnelle gravité en l'absence de prise en charge, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 précitées doit être écarté.
12. En neuvième lieu, si le requérant réside en France depuis 2020 en compagnie de sa compagne et de leur enfant né le 23 juin 2020, ces circonstances ne suffisent pas, eu égard à l'irrégularité du séjour de sa compagne, au caractère récent de son entrée sur le territoire français, à l'absence de justification d'une insertion personnelle particulière et au jeune âge de son enfant, à justifier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
13. En premier lieu, comme il a été dit au point 7, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu doit être écarté.
14. En deuxième lieu, la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours se fonde sur l'obligation de quitter le territoire français, reprend les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et relève l'absence d'atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait fait état devant le préfet de police de circonstances particulières propres à justifier une prolongation du délai de trente jours, lesquelles ne sont d'ailleurs pas établies par les éléments versés à l'instance. Le moyen tiré de ce que cet arrêté serait insuffisamment motivé sur sa situation personnelle ne peut, dès lors, qu'être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'article de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, indique que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, elle est suffisamment motivée.
16. En deuxième lieu, le requérant ne justifie pas être exposé à de tels traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention de Genève doivent être écartés.
17. En troisième lieu, pour les motifs indiqués au point 12, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E doit être rejetée en toutes ses conclusions, à l'exception de celles tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Langlois et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
K. F
La greffière,
Signé
M. B La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026