mardi 3 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2206368 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | CHEMIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 avril 2022, M. C A, représenté par Me Chemin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et, durant cet examen, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
les décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sont entachées d'un défaut de motivation, d'erreurs manifestes d'appréciation quant à leur atteinte à sa vie privée et familiale et quant à l'existence d'une menace pour l'ordre public, ainsi que d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Une ordonnance du 15 juin 2022 a fixé la clôture d'instruction au 15 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code des relations entre le public et l'administration ;
le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
le rapport de M. Doyelle, premier conseiller,
les observations de Me Bogliari, avocate, substituant Me Chemin, représentant le requérant.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né en 1983, a sollicité, le 29 septembre 2021, une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les décisions de refus de délivrance d'un titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans un délai de trente jours des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ".
3. En l'espèce, la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait notamment état de la situation personnelle et professionnelle de M. A sur le territoire français. Par ailleurs, la décision d'obligation de quitter le territoire français qui se fonde sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le requérant soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a basé l'intégralité de sa décision de refus de titre de séjour sur un motif d'ordre public. Il ressort de la décision attaquée que la demande d'admission exceptionnelle de M. A a été refusée au motif qu'il ne justifie d'aucune raison humanitaire et d'aucun motif exceptionnel et que, par ailleurs, il ne répond pas aux exigences de l'article 3 de l'accord franco-marocain. Il ne ressort ainsi pas de cette décision que le préfet se serait basé sur un motif tiré de l'ordre public, nonobstant la circonstance qu'il ait considéré que la production d'un document frauduleux est de nature à mettre gravement en doute l'insertion de M. A dans la société française. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qui manque en fait doit être écarté.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
6. Le requérant fait valoir qu'il réside habituellement sur le territoire français depuis janvier 2017, qu'il exerce un emploi de technicien à temps complet depuis janvier 2018, qu'il a conclu, le 24 février 2020, un contrat de travail à durée indéterminée pour le même emploi et qu'il maîtrise parfaitement la langue française. Cependant, s'il justifie, à la date de la décision attaquée, d'une ancienneté de séjour d'environ cinq années, depuis septembre 2017, et d'une expérience professionnelle d'environ quatre années, le requérant qui est célibataire et sans charge de famille ne fait valoir aucune attache familiale sur le territoire français et aucun obstacle l'empêchant de mener une vie privée et familiale normale dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 14 mars 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français.
Sur la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, il résulte du point précédent que le requérant n'est pas fondé à contester la décision lui refusant un délai de départ volontaire en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
9. En deuxième lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués. " Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () ".
10. Il ressort de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis a indiqué que M. A est entré, selon ses déclarations, sur le territoire français sous couvert d'un visa de court séjour valide jusqu'au 11 février 2017 et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière après la date d'expiration de ce visa. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis qui a refusé d'accorder un délai de départ volontaire s'est nécessairement fondé sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour motiver cette décision. Par ailleurs, comme il a été dit au point 6, M. A qui ne dispose d'aucune attache familiale et qui ne fait état d'aucune insertion sociale en dehors de son activité professionnelle ne saurait contester la décision lui refusant un délai de départ volontaire notamment au motif qu'il ne peut pas quitter son emploi, qui est illégalement occupé, sans un préavis de départ. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 mars 2022 lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte du point précédent que le requérant n'est pas fondé à contester la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter ce territoire.
13. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
14. Le requérant soutient, d'une part, que la décision l'interdisant de retour sur le territoire français n'est pas motivée, d'autre part, qu'elle n'a pas pris en compte son ancienneté de séjour et son expérience professionnelle. D'une part, il ressort des visas et des considérants de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a mentionné la date d'entrée via l'Espagne sur le territoire français de M. A, le fait qu'il s'y maintient depuis irrégulièrement, qu'il exerce un emploi en qualité de technicien et qu'il est célibataire et sans charge de famille, étant précisé que le préfet n'est pas tenu de se prononcer sur chacun des critères mentionnés à l'article L. 612-6 mais seulement sur ceux qu'il entend retenir. D'autre part, le requérant ne saurait uniquement se fonder, pour contester la durée de deux ans de l'interdiction de retour sur le territoire français, sur les circonstances qu'il est employé dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée ou qu'il réside habituellement en France depuis cinq ans, compte tenu de ce qui a été dit au point 6. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
15. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 14 mars 2022. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Tukov, président,
Mme Van Maele, première conseillère,
M. Doyelle, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2023.
Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. Tukov La greffière,M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026