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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206412

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206412

mardi 3 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantSELARL MINIER-MAUGENDRE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête complétée de pièces, enregistrées les 14 avril, 1er mai et 13 juillet 2022, M. A C, représenté par Me Maugendre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer, dans le même délai, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

­ la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation, d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, d'une erreur de droit quant aux modalités de décompte de l'ancienneté de séjour, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée ;

­ la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une incompétence de son signataire, elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour et elle porte atteinte à son droit à mener une vie privée normale ;

­ la décision d'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

­ la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation, d'une absence de base légale, d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 15 juin 2022 a fixé la clôture d'instruction au 15 juillet 2022.

Le requérant a présenté des pièces le 2 décembre 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­ le rapport de M. Doyelle, premier conseiller,

­ les observations de Me Amzallag, avocat, substituant Me Maugendre, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né en 1979, a sollicité, le 16 octobre 2019, une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "

3. Le requérant fait valoir que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie pour avis dès lors qu'il réside habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté du 14 octobre 2021. Il ressort des pièces du dossier que le requérant justifie d'une ancienneté de séjour depuis au moins le mois d'octobre 2010. À cet égard, le préfet de la Seine-Saint-Denis qui ne conteste pas factuellement la période de résidence habituelle de M. C a, en tout état de cause, commis une erreur de droit, ainsi que le soutient le requérant, en considérant, dans la décision attaquée, que l'intéressé ne peut pas se prévaloir d'une ancienneté de séjour antérieure à l'échéance du délai d'exécution de la précédente mesure d'éloignement du 12 juillet 2012. Dès lors que le requérant atteste de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, la décision préfectorale lui refusant la délivrance d'un titre de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière et elle a ainsi privé M. C de la garantie attachée à la saisine de la commission du titre de séjour.

4. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

5. Le présent jugement implique d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, en application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de réexaminer la situation de M. C dans un délai de trois mois à compter de la date de sa notification. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet de procéder, sans délai, à l'effacement du signalement de M. C dans le système d'information Schengen.

6. Il y a enfin lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 14 octobre 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. C dans un délai de trois mois à compter de la date de notification du présent jugement et de procéder, sans délai, à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen.

Article 3 : L'État versera à M. C une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 janvier 2023.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. Tukov La greffière,M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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