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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206423

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206423

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206423
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantCAOUDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 25 avril, 1er, 5 et 26 septembre 2022, M. F C B, représenté par Me Caoudal, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour pour une durée de 12 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois ou de réexaminer sa situation dans le même délai, en le mettant en possession d'une autorisation provisoire de séjour et de mettre fin à son signalement dans le Système d'information Schengen ;

3°) de condamner l'Etat au versement d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

- elles sont entachées d'incompétence, de défaut de motivation et d'examen sérieux et particulier, et de méconnaissance du droit d'être entendu ;

-elles sont entachées d'erreur de fait ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- le préfet ne justifie pas du risque de fuite invoqué, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et justifie de garanties de représentation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- l'existence de la menace à l'ordre public invoquée n'est pas établie ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné Mme Weidenfeld, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G,

- et les observations de Me Caoudal, représentant M. C B, présent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, né le 7 décembre 1996, de nationalité algérienne, est entré sur le territoire français le 21 janvier 2022, selon ses déclarations. Par un arrêté du 23 avril 2022, dont le requérant demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

2. En premier lieu, par arrêté n° 2021-1191 du 18 mai 2021 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 19 mai 2021 suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, signataire de l'arrêté litigieux, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ et interdiction de retour. Dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités précitées n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque l'arrêté en cause a été pris, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ". Le paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte stipule enfin que : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

4. Si M. C B soutient qu'il n'a pas eu la possibilité de faire valoir ses observations préalables concernant sa situation personnelle et professionnelle, il résulte de ce qui sera dit aux paragraphes suivants que ces informations n'étaient, en tout état de cause, pas de nature à influer sur les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

5. En troisième lieu, les décisions litigieuses, qui visent les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionnent les considérations de fait qui les fondent. Par suite, elles sont suffisamment motivées. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces décisions seraient entachées d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressée.

6. En quatrième lieu, si le requérant fait valoir qu'il vit en concubinage avec une ressortissante française, avec laquelle il n'est ni marié ni pacsé, cette circonstance n'est pas de nature à entacher d'erreur de fait la mention de l'arrêté selon laquelle il est célibataire.

7. En cinquième lieu, si le requérant a noué une relation amoureuse avec une ressortissante française en Algérie en août 2018, chez laquelle il réside depuis son arrivée sur le territoire français en janvier 2020, cette circonstance ne suffit pas à établir que le requérant a fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France. Par ailleurs, le requérant ne peut utilement se prévaloir du contrat à durée indéterminée qu'il a conclu en juillet 2022, près de trois mois après l'intervention de la décision attaquée. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour le même motif, il convient d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, si le requérant soutient que les motifs tirés de la menace que son comportement constitue pour l'ordre public et de l'absence de garanties de représentation sont erronés, il ressort des termes de la décision attaquée que, pour refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est également fondé sur la circonstance que le requérant ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, les moyens dirigés contre les deux autres motifs sont inopérants.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait cru dans l'obligation de refuser d'accorder un délai de départ volontaire au requérant et aurait ainsi entaché sa décision d'une incompétence négative.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, la décision attaquée mentionne la durée de présence de l'intéressé sur le territoire et la circonstance qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire ni de fortes attaches sur le territoire. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée et n'est pas entachée de défaut d'examen.

11. En deuxième lieu, si M. C B soutient que la menace pour l'ordre public constituée par son comportement n'est pas établie, il résulte de ce qui sera dit au point 12 que le préfet aurait pris la même décision sans sa fonder sur cette circonstance.

12. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 7, à sa date d'entrée sur le territoire français et à ses liens personnels et familiaux en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'erreur d'appréciation ou de méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

K. G

La greffière,

Signé

M. A La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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