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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206480

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206480

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre (J.U)
Avocat requérantLEPINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 avril 2022, M. A C, représenté par Me Lepine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ou encore à destination de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du deuxième mois et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen.

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à sa situation personnelle et professionnelle en France ;

En ce qui concerne les décisions de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi :

- ces décisions sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à sa situation personnelle et professionnelle en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Courneil,

conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Simon, substituant Me Lepine pour représenter M. C.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré présentée pour M. C a été enregistrée le 27 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 13 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. A C, ressortissant tunisien né le 13 janvier 1990, à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la requête susvisée, M. C demande l'annulation des décisions contenues dans cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. C occupe un poste d'ouvrier polyvalent de fibre optique depuis février 2021, emploi pour lequel il dispose d'un contrat de travail à temps complet ainsi que des bulletins de paie et en vertu duquel il établit tenter, depuis février 2022, d'obtenir un rendez-vous sur le site de la préfecture dans la perspective de sa régularisation. En outre, il établit que, parmi ses trois frères présents sur le territoire français, l'un d'eux est titulaire d'une carte de résident et est père d'un enfant français. Or, alors même que M. C a déclaré de telles circonstances lors de son audition faisant suite à son interpellation, ainsi qu'en atteste le procès-verbal dressé le 13 avril 2022 à 9h45, l'arrêté en litige ne mentionne aucun de ces éléments sur la situation professionnelle et familiale de M. C à France. Le requérant est ainsi fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".

5. En application des dispositions précitées, l'exécution du présent jugement implique que le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. C. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. D'autre part, l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée par le présent jugement implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. C. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir de telles injonctions d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : L'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit le retour sur le territoire pour un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera à M. C la somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

L. B

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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