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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206484

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206484

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantKIWALLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2127841 du 21 avril 2022, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête présentée par M. A B au tribunal administratif de Montreuil.

Par cette requête, enregistrée le 17 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Kiwallo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er septembre 2021 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision de la commission locale d'agrément et de contrôle Île-de-France-Ouest en date du 29 avril 2021 et a refusé de renouveler sa carte professionnelle autorisant l'exercice d'une activité privée de sécurité ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer une

carte professionnelle l'autorisant à exercer des activités privées de sécurité, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le Conseil national des activités privées de sécurité à lui verser une somme de 8 000 euros en réparation du préjudice financier et des troubles dans les conditions d'existence qu'il a subis ;

4°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- l'article L. 114-8 du code des relations entre le public et l'administration a été méconnu ;

- l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure a été méconnu ;

- la décision attaquée porte atteinte à son droit de travailler garanti par le Préambule de la Constitution de 1946 et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au non-lieu à statuer sur la requête et, à défaut, à son rejet.

Il soutient que :

- le requérant a obtenu la délivrance de la carte sollicitée ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables et, en tout état de cause, le lien de causalité entre le préjudice invoqué et la décision litigieuse n'est pas établi ;

- les moyens d'annulation soulevés dans la requête sont infondés.

Par une ordonnance du 27 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 octobre 2023.

Un mémoire présenté par M. B a été enregistré le 2 novembre 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charageat,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était titulaire d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée, dont il a demandé le renouvellement par un courrier en date du 12 février 2021. La commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) d'Ile-de-France Ouest du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), a rejeté cette demande par une décision du 29 avril 2021. M. B a contesté cette décision auprès de la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS, par un recours préalable obligatoire réceptionné le 16 juin 2021. La commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a rejeté ce recours et refusé de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée, par une décision du 1er septembre 2021. M. B demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le CNAPS :

2. Dans le cas où l'administration procède à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet la requête formée à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. Le CNAPS soutient que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle en date du 1er septembre 2021 ont perdu leur objet, dès lors que le requérant a obtenu la délivrance d'une carte professionnelle, par une décision du 17 mars 2023. Toutefois, si cette dernière décision a eu pour effet d'abroger la décision de rejet du 1er septembre 2021, il ressort des pièces du dossier qu'elle a produit des effets. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 1er septembre 2021 ont conservé leur objet et qu'il y a lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le CNAPS aux conclusions indemnitaires :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

5. Le CNAPS soutient que les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande préalable. Ces allégations ne sont pas contredites par M. B. Par suite, en l'absence de liaison du contentieux, ces conclusions ne sont pas recevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, dans ses écritures M. B conteste l'insuffisance de motivation de la seule décision de la CLAC d'Ile-de-France Ouest du CNAPS en date du 29 avril 2021. Toutefois, la décision de la commission nationale d'agrément et de contrôle en date du 1er septembre 2021 s'étant substituée à la décision de la CLAC d'Ile-de-France Ouest, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette dernière décision ne peut être utilement soulevé. Au surplus, la décision du 1er septembre 2021 qui vise les dispositions du code de la sécurité intérieure dont il a été fait application, expose de manière suffisante les motifs de fait ayant conduit à écarter la demande de carte professionnelle du requérant et comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucun texte et notamment pas de l'article L. 114-8 du code des relations entre le public et l'administration, ni d'aucun principe, que la décision du 1er septembre 2021 en litige aurait dû être précédée d'une procédure contradictoire. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que, pour rejeter la demande de délivrance d'une nouvelle carte professionnelle présentée par M. B, la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS s'est fondée sur la seule circonstance que le requérant, qui n'avait présenté sa demande que le 12 février 2021, alors que sa précédente carte expirait le 3 janvier 2020, ne justifiait pas avoir réalisé un stage de mise à jour des compétences dans un délai de douze mois avant la date de sa nouvelle demande de carte professionnelle, en méconnaissance des dispositions combinées des articles L. 612-20-1 et R. 612-17 du code de la sécurité intérieure ainsi que de l'article 3 de l'arrêté du 27 février 2017 relatif à la formation continue des agents privés de sécurité. Par suite, alors qu'au demeurant M. B ne conteste pas le bien-fondé d'un tel motif, le moyen tiré la méconnaissance de l'article L. 612-20 du code précité qui ne constitue pas le fondement légal de la décision en litige, ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, il résulte de ce qui est dit au point 8 qu'à la date de la décision en litige, le requérant ne justifiait pas de son aptitude à l'exercice des fonctions. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'obtenir un emploi garanti par le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 ainsi que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle du requérant ne peuvent qu'être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et indemnitaires doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

D. Charageat

La présidente,

J. Jimenez Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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