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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206555

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206555

vendredi 29 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206555
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARLU HAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 avril et 27 avril 2022, M. D A, représenté par Me Hagège, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler à titre principal l'arrêté du 17 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français et la décision désignant l'autorité chargé de l'exécution de l'arrêté du 17 mars 2022, d'annuler à titre subsidiaire la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée le 17 mars 2022 par le préfet de la Seine-Saint-Denis, d'annuler à titre infiniment subsidiaire, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français prononcée le 17 mars 2022 par le préfet de la Seine-Saint-Denis ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de sept jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet mentionne dans l'arrêté attaqué qu'il n'a présenté que quatorze bulletins de salaires ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'incompétence ;

La décision de détermination de l'autorité compétente pour exécuter l'arrêté :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informée qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal est susceptible de relever d'office le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 17 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a chargé la secrétaire générale de la préfecture de la Seine-Saint-Denis de l'exécution de l'arrêté du 17 mars 2022, dès lors que cette décision constitue une mesure d'exécution qui n'est pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir.

Un mémoire en réponse au moyen d'ordre public, présenté pour le requérant, a été enregistré le 24 juillet 2023.

Il indique renoncer à ses conclusions et moyens relatifs à la décision du 17 mars 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a chargé la secrétaire générale de la préfecture de la Seine-Saint-Denis de l'exécution de l'arrêté du 17 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nour,

- et les observations de Me Aït Mouhoub, se substituant à Me Hagège, représentant le requérant.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant sénégalais né en 1985, a sollicité, le 25 novembre 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 17 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné la situation de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui soutient être entré en France le 26 mai 2018, est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut de la présence de son père en France, titulaire d'une carte de résident, il n'établit pas la nécessité de sa présence auprès de ce dernier. En outre, il ne justifie de l'exercice d'une activité professionnelle qu'à compter du 19 octobre 2020, les bulletins de salaire qu'il produit au titre de son activité professionnelle de juillet 2018 à juillet 2020 portant le prénom d'une autre personne, sans qu'il apporte une explication sur ce point. Si une attestation de concordance est produite au dossier, elle concerne également une autre personne. Dans ces conditions, bien que M. A exerce son activité professionnelle dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le 19 octobre 2020 et qu'il bénéficie du soutien de son employeur qui a déposé une demande d'autorisation de travail, le préfet, en prenant l'arrêté attaqué, n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

5. En troisième lieu, comme exposé au point précédent, M. A produit, au titre de son activité professionnelle de juillet 2018 à juillet 2020, des bulletins de salaire portant le prénom d'une autre personne, sans qu'il apporte une explication sur ce point. Ainsi, en relevant dans l'arrêté attaqué que M. A avait présenté quatorze bulletins de salaire et en ne mentionnant pas les bulletins de salaire comportant le prénom d'une autre personne, le préfet n'a commis aucune erreur de fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.

7. En deuxième lieu, par un arrêté n° 2021-0796 du 7 avril 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme C B, signataire de l'arrêté litigieux, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ. Dès lors qu'il n'est pas établi que les autorités précitées n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque l'arrêté en cause a été pris, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

8. En troisième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas sérieusement examiné la situation de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, M. A n'assortit pas le moyen tiré de l'erreur de droit des précisions nécessaires à l'appréciation de son bien-fondé, de sorte qu'il ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision doit être écarté.

12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de l'erreur de droit doivent être écartés.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Si M. A soutient que cette décision est illégale, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet n'a nullement édicté une telle mesure. Par suite, l'ensemble des moyens dirigés contre cette décision, inexistante, doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 17 mars 2022. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2023.

La rapporteure,

C. Nour

La présidente,

J. Jimenez

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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