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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206575

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206575

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206575
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 avril 2022, M. B A, représenté par Me Sidibe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2022 par lequel préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de quinze euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il n'a pas été invité, par les services postaux, à retirer sa convocation à la commission du titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision fixant le pays de destination :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale en ce que des circonstances humanitaires faisaient obstacle au prononcé de cette décision ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nour,

- et les observations de Me Sidibé, représentant M. A, présent à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né en 1995, a sollicité le renouvellement d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 3 janvier 2022 le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". L'article L. 432-15 du même code dispose : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète. / Il peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les conditions prévues par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, cette faculté étant mentionnée dans la convocation. L'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par le président de la commission () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la convocation de M. A devant la commission du titre de séjour lui a été adressée par lettre recommandée à son adresse rue Cristino Garcia à Saint-Denis et que ce pli a été présenté à cette adresse le 8 novembre 2021, qu'il était ensuite en attente " d'être retiré au guichet de St-Denis La Plaine " le 9 novembre 2021 puis qu'il a été " retourné à l'expéditeur pour cause de dépassement de délai d'instance St Denis la Plaine" le 24 novembre 2021. Il ne ressort en outre d'aucune pièce du dossier que M. A n'aurait pas été invité à retirer le pli, contrairement à ce qu'il soutient. M. A doit ainsi être regardé comme ayant été convoqué régulièrement par la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

5. Il ressort des termes de la décision attaquée, non contestés, que M. A est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut de la présence en France de sa mère en situation régulière, de son frère, ressortissant français et de ses frères et sœurs mineurs, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, la nécessité de sa présence auprès de ces derniers. S'il se prévaut également de l'exercice d'une activité professionnelle, celle-ci n'a consisté qu'en quelques missions d'intérim en 2021 et 2022, ainsi qu'il en ressort des pièces qu'il produit. Par ailleurs, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, également non contestés, qu'il a été condamné le 7 janvier 2014 par le tribunal correctionnel de Paris à 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour vol aggravé par deux circonstances, le 17 mars 2014 par le tribunal correctionnel de Bobigny à 1 an et 3 mois d'emprisonnement dont 1 an avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant 2 ans pour vol commis dans lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs, vol aggravé par deux circonstances, vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas 8 jours, extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou bien, vol facilité par l'état d'une personne vulnérable, le 17 octobre 2014 par le tribunal correctionnel de Bobigny à 4 mois d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances, le 9 novembre 2015 par le tribunal correctionnel de Bobigny à 8 mois d'emprisonnement pour vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail, le 2 janvier 2017 par le tribunal correctionnel de Paris à 9 mois d'emprisonnement pour conduite d'un véhicule sans permis, refus par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer a une sommation de s'arrêter, refus par le conducteur d'un véhicule, de se soumettre aux analyses ou examens en vue d'établir s'il conduisait en ayant fait usage de stupéfiants, transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants et acquisition non autorisée de stupéfiants, le 13 mai 2019 par le tribunal correctionnel de Créteil à 2 ans d'emprisonnement pour violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours et vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à 8 jours.

6. Il ressort enfin des termes de l'arrêté attaqué, non contestés, que M. A a été inscrit au fichier du traitement des antécédents judiciaires le 7 novembre 2015 pour violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas 8 jours, rébellion et vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail, les 9 et 21 mars 2018 pour usage illicite de stupéfiants, le 5 août 2018 pour recel de bien provenant d'un vol et pénétration circulation ou stationnement dans une dépendance de la voie ferrée interdite au public, le 19 février 2019 pour vol avec violences avec incapacité temporaire totale de moins de 8 jours. Eu égard à la gravité de ces faits, dont certains sont récents et à supposer même qu'il soit présent en France depuis sa naissance à l'exception d'une période comprise entre 2009 et 2012, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en prenant l'arrêté attaqué, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels il a été pris. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

8. En tout état de cause, si M. A soutient qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ses frères et sœurs mineurs, il ne produit aucun élément sur ce point. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. En quatrième lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-8 de ce code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

11. Eu égard à ce qui a été dit aux points 5 et 6, et en l'absence de circonstances humanitaires y faisant obstacle, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 janvier 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

C. Nour

La présidente,

J. Jimenez

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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