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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206577

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206577

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206577
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantROQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 avril 2022 et 20 février 2023, M. A B, représenté par Me Roques, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à défaut, la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 10 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans le délai d'un mois sous astreinte de 10 euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que:

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de ce que le préfet n'a pas exercé son pouvoir discrétionnaire pour procéder à sa régularisation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne et de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 17 mars 1968 modifié,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nour,

- et les observations de Me Matiatou, substituant Me Roques, représentant M. B. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né en 1979, a déposé le 6 octobre 2021 une demande de certificat de résidence. Par un arrêté du 14 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-0219 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. D C, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par arrêté n°2022-0220 du même jour, le préfet a consenti cette même délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C. Par suite, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise le texte sur lequel se fonde le refus de titre de séjour en litige, énonce avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui ont conduit le préfet à prendre cette décision. Par suite, cette décision satisfait à l'exigence de motivation prévue par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la décision attaquée sans procéder à un examen particulier, sérieux et complet de la situation du requérant. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de séjour en litige et du défaut d'examen de la situation du requérant doit être écarté.

4. En troisième lieu et d'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, non contestés, que M. B est célibataire, sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Algérie, où résident sa mère et sa fratrie. Dans ces conditions, M. B ne disposait pas de circonstances humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour.

5. D'autre part, M. B, qui soutient séjourner en France depuis juillet 2015, se prévaut d'exercer une activité professionnelle dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet depuis mai 2018. Toutefois, il n'en justifie que jusqu'en septembre 2021 et ne démontre pas qu'il exerçait encore cette activité à la date de l'arrêté attaqué. En outre, il est constant que pour obtenir l'emploi de mécanicien, le requérant a fait usage d'une fausse carte d'identité française, portant ses nom et prénom ainsi que sa date de naissance. Contrairement à ce que M. B soutient, la détention d'un tel document frauduleux est de nature à constituer un trouble à l'ordre public. Dans ces conditions, bien que M. B bénéfice du soutien de son employeur, qui a établi le 13 septembre 2021 une demande d'autorisation de travail et rédigé une lettre de soutien en sa faveur, il ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Saint-Denis, en ne régularisant pas la situation de M. B au titre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, n'a pas entaché sa décision portant refus de titre de séjour d'erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en prenant l'arrêté attaqué, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. En cinquième lieu, M. B n'établissant pas que la décision de refus de titre serait illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée. Il en va de même s'agissant du moyen tiré l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, qui n'est pas illégale, à l'encontre des décisions fixant le délai de départ, le pays de destination ainsi qu'à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code prévoit que les décisions d'interdiction de retour sont motivées.

10. La décision d'interdiction de retour sur le territoire français en litige vise les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que " l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué " et qu'il " ne justifie pas de circonstances humanitaires empêchant l'édiction de l'interdiction ". Le préfet, qui développe dans son arrêté l'ensemble des éléments relatifs à la durée de présence de M. B sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France, a fait état, de manière suffisamment circonstanciée, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels il a prononcé une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et a fixé sa durée à deux ans. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

11. En septième lieu, aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. B. Ce dernier figure donc, pour ce seul motif, au nombre des ressortissants étrangers pouvant faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire susceptible de conduire l'autorité administrative à ne pas prononcer une telle mesure. Dans ces conditions, eu égard aux conditions du séjour du requérant en France telles que décrites aux points 4 et 5, le préfet n'a pas entaché, en fixant la durée de l'interdiction à deux ans, sa décision d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mars 2022 en litige. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2023.

La rapporteure,

C. Nour

La présidente,

J. JimenezLa greffière,

S. Saibi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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