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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206703

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206703

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206703
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantDUFOUR-GALANTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrés les 22 avril et 8 juillet 2022, M. B, représenté par Me Dufour, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux années ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trois mois sous astreinte de 25 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de la décision de refus d'admission au séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de preuve de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Ghazi, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 31 décembre 1984, est entré en France au cours du mois de janvier 2008. Le 17 novembre 2021, l'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 7 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. B sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité de la décision de refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. B, la présente décision comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé l'admission au séjour du requérant serait entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle. Le moyen doit donc être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, si M. B soutient que ladite décision est entachée d'un vice de procédure, faute de preuve de saisine de la commission du titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit l'avis rendu par la commission du titre de séjour rendu au cours de la séance du 15 février 2022. Il est donc établi par les pièces du dossier que ledit préfet a saisi la commission du titre de séjour. Le moyen tiré d'un vice de procédure doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. En l'espèce, d'une part, si M. B allègue détenir de nombreuses attaches sur le territoire français, il ne l'établit pas. D'autre part, l'intéressé se prévaut de résider habituellement sur le territoire français depuis quatorze années à la date de la décision attaquée, ce que le préfet ne conteste pas dans la décision attaquée, ainsi que de son insertion au sein de la société française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, à savoir des contrats à durée déterminée, des avenants et des bulletins de paie, que M. B n'a travaillé que de manière sporadique, à savoir du 17 juillet au 28 août 2020, du 1er octobre 2020 au 31 janvier 2021 et, enfin, du 8 juillet au 30 juillet 2021. Il ne peut donc se prévaloir que d'une activité professionnelle de près de sept mois alors qu'il réside sur le territoire français depuis quatorze ans. Dans le même sens, il ressort de l'avis de la commission du titre de séjour du 15 février 2022 que M. B ne justifie d'une maîtrise de la langue française que très limitée, malgré la longue durée de sa résidence sur le sol français. A cet égard, si l'intéressé produit une carte d'adhésion à une association, adhésion au demeurant postérieure à la décision attaquée, cette seule circonstance ne saurait établir qu'il justifie d'une quelconque insertion dans la société française. Dans ces conditions, et indépendamment même de la circonstance que l'intéressé ait fait usage d'un faux titre de séjour, M. B ne justifie ni de motifs exceptionnels, ni de considérations humanitaires. C'est donc à bon droit que le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Ainsi qu'il a déjà été dit au point 7, M. B ne justifie d'aucune attache sur le sol français et la seule circonstance qu'il réside habituellement en France depuis quatorze années ne saurait suffire à caractériser une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 précité doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision obligeant M. B à quitter le territoire français est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour doit être écarté.

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

12. L'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

13. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. En l'espèce, la décision attaquée mentionne que M. B est obligé de quitter le territoire français sans délai et, qu'en application de l'article L. 612-6 susmentionné, une interdiction de retour sur le territoire français assortit ladite mesure éloignement. Par ailleurs, le préfet de la Seine-Saint-Denis indique que le requérant ne justifie pas de circonstances humanitaires. Enfin, il est également indiqué dans l'arrêté la durée de la résidence de l'intéressé sur le sol français et la circonstance que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille. Dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier ou de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis se soit également fondé sur l'existence d'une précédente mesure d'éloignement ou sur la circonstance que le requérant constitue une menace pour l'ordre public, il n'était pas tenu de préciser ces deux critères. Par suite, la décision est suffisamment motivée, en droit et en fait.

14. Enfin, M. B estime que la présente décision est disproportionnée. Toutefois, le moyen, qui n'est pas étayé, est trop imprécis pour en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, et ainsi qu'il a déjà été dit, si M. B réside depuis quatorze années sur le territoire français, il ne justifie d'aucune attache. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, à bon droit, l'interdire de retour sur le territoire français pour une durée de deux années, alors même qu'il n'avait préalablement jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 7 avril 2022. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Ghazi, première conseillère,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le président,La première conseillère,SignéSigné J-C. TruilhéA. GhaziLa greffière,

SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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