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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206766

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206766

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206766
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantMARMIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2022, M. A D, représenté par Me Marmin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder dans le même délai et sous la même astreinte au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée en fait ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que, d'une part, la circonstance qu'il a fait usage d'un faux titre d'identité belge est sans incidence sur son intégration effective en France, et que, d'autre part, au regard de sa présence continue en France depuis 7 ans et de son insertion professionnelle, le préfet aurait dû régulariser sa situation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée en fait ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation d'une part, dès lors que la circonstance qu'il se soit soustrait à une précédente mesure d'éloignement ne suffit pas, à elle-seule, à la prononcer, et, d'autre part, au regard de sa présence continue en France depuis 7 ans, de son insertion professionnelle.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 2 août 1985 à Ghazaouet (Algérie), est entré régulièrement en France le 22 mars 2015 sous couvert d'un visa de court séjour valide jusqu'au 14 avril 2015. Le 27 août 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 7 avril 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne que M. D, entré en France le 22 mars 2015 selon ses déclarations, n'a produit ni le contrat de travail visé ni le certificat médical obligatoire et ne peut, par suite, prétendre à un titre de séjour au titre de l'accord franco-algérien. Il précise que l'intéressé ne justifie pas d'une insertion sociale suffisante, en raison de l'usage d'une fausse carte d'identité belge. Enfin, l'arrêté indique que le requérant est célibataire et sans charge de famille. Dès lors, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1, " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France.

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national.

5. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

6. M. D établit résider habituellement en France depuis le mois d'août 2015, soit depuis six ans et huit mois à la date d'édiction de la décision attaquée. Toutefois, d'une part, s'il se prévaut d'une insertion professionnelle sur le territoire français, il n'établit pas avoir exercé d'activité professionnelle entre le mois d'août 2015 et le 6 janvier 2020, date à laquelle il a conclu un contrat à durée indéterminée en qualité de soudeur métallier. Par suite, eu égard au caractère récent de cette activité, celle-ci ne peut être regardée comme constitutive de circonstances exceptionnelles de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour. D'autre part, s'il est constant que M. D a fait usage d'une fausse carte d'identité belge pour permettre son embauche en France, il résulte de ce qui précède que le préfet ne s'est pas fondé sur cette seule circonstance pour estimer que le requérant ne justifiait pas d'un motif exceptionnel d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Le requérant soutient, sans l'établir, qu'il dispose d'attaches fortes sur le territoire français et qu'il y réside avec ses deux sœurs, avec lesquelles il entretient des relations proches. Il est célibataire, sans charges de famille, et il a vécu lui-même en Algérie jusqu'à l'âge de 29 ans, pays vis-à-vis duquel il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales. Par ailleurs, comme il a été dit au paragraphe 6, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle telle qu'il puisse être regardé comme ayant fixé le centre de ses intérêts personnels en France. Dès lors, l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, et n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, la décision attaquée indique que l'intéressé a fait l'objet, le 24 juin 2019, d'une précédente obligation de quitter le territoire français, qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la présente mesure d'éloignement. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée en fait.

11. En deuxième lieu, le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, qui n'a pas été exécutée. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, et bien qu'il dispose d'un domicile, de papiers d'identité et qu'il exerce une activité salariée sur le territoire, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

13. En second lieu, pour soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le requérant se borne à faire état de sa durée de présence sur le territoire et à son activité professionnelle. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, notamment au point 9, ce moyen ne peut être qu'écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. C

La présidente,

Signé

K. Weidenfeld

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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