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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206789

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206789

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206789
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantNUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 avril 2022, M. F A B, représenté par Me Nunes, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a décidé de son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elles sont illégales du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour sur laquelle elles se fondent ;

- contrairement à ce que mentionne l'arrêté attaqué, il est entré sur le territoire français sous couvert d'un visa Schengen valide ;

- le préfet a méconnu les stipulations des articles 6-5 et 7 de l'accord franco-algérien et n'a pas examiné sa demande dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est disproportionnée ;

S'agissant de la décision portant signalement dans le système d'information Schengen :

- elles est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Myara, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien, né le 7 octobre 1985, déclare être entré sur le territoire français le 16 avril 2019. Par un arrêté du 7 septembre 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Montreuil en date du 2 décembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

2. Par un arrêté du 22 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Par une décision du 16 août 2022, M. A B a obtenu l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a plus lieu de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

S'agissant de l'ensemble des décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-2400 du 16 septembre 2021, régulièrement publié le 17 septembre 2021 au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de ce département a donné délégation à M. E D, chef du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Concernant l'obligation de quitter le territoire français, il précise notamment que M. A B ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire français, qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et que sa demande d'admission exceptionnelle a été refusée par une décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 7 septembre 2020. Il mentionne également que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 7 septembre 2020, circonstance justifiant par ailleurs qu'il ne lui soit pas accordé de délai de départ volontaire en raison du risque que l'intéressé se soustraie à nouveau à la mesure d'éloignement prise à son encontre. S'agissant de la décision fixant le pays de destination, l'arrêté contesté mentionne la nationalité du requérant et relève qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où il est effectivement admissible. Enfin, si l'arrêté contesté mentionne l'existence d'une décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour en date du 7 septembre 2020, le préfet n'a pas entendu statuer à nouveau sur le droit au séjour de l'intéressé. Il s'ensuit que les décisions en cause comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce qu'elles seraient entachées d'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif non réglementaire ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. Cette exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée. En l'espèce, par un jugement du 2 décembre 2021, le tribunal administratif de Montreuil a rejeté la demande de M. A B tendant à l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 7 septembre 2020 portant refus d'admission exceptionnelle au séjour, devenue définitive faute d'appel. S'agissant d'un acte non réglementaire, M. B n'est plus recevable à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées à l'encontre de l'arrêté en litige.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ".

8. M. A B soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait, sans commettre d'erreur de fait ou de défaut d'examen de sa situation, se fonder sur une entrée irrégulière sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier qu'il est entré sur le territoire français le 16 avril 2019, sous couvert d'un visa Schengen valable du 30 mars au 29 avril 2019 et le préfet a ainsi fondé de façon erronée sa décision sur l'entrée irrégulière de M. A B en France. Toutefois, il ressort des termes même de l'arrêté attaqué que le préfet s'est également fondé sur la circonstance que l'intéressé avait déjà fait l'objet d'un refus de séjour par une précédente décision en date du 7 septembre 2020, en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il n'a pas effectué d'autre démarche en vue de régulariser sa situation Dans ces conditions l'erreur commise est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

9. En cinquième lieu, M. A B ne peut utilement invoquer à l'appui de la décision contestée la méconnaissance des stipulations de l'article 7 de l'accord franco-algérien relatif à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié et du pouvoir de régularisation du préfet, dès lors que celle-ci n'a pas pour objet d'apprécier son droit au séjour.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". et aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

11. M. A B, qui est entré sur le territoire français le 16 avril 2021, se prévaut de la présence de sa compagne, de nationalité algérienne, en situation régulière sur le territoire français, avec qui il a eu une fille née en France le 5 novembre 2021. Toutefois, le requérant ne justifie de la régularité du séjour de sa compagne que par la production d'un récépissé de demande de titre de séjour délivré le 22 septembre 2021. En outre, eu égard au très jeune âge de leur enfant, qui n'est pas encore scolarisé, et de la nationalité de la mère, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie. Enfin, le requérant qui n'apporte pas la preuve d'une insertion professionnelle suffisante, ne soutient pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Par suite, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

12. En septième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. En considération de ce qui a été dit au point 12, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale du requérant ne pourrait se reconstituer en Algérie, ni que ses enfants ne pourraient y poursuivre leur scolarité. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points précédents, les décisions en cause ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

16. En premier lieu, l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour, indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

17. Le préfet a cité l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a mentionné que la décision attaquée était fondée sur le refus de délai de départ volontaire et il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a explicité la nature et l'ancienneté des liens de M. A B avec la France, notamment eu égard à sa situation familiale. La décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce qu'elle serait insuffisamment motivée doit être écarté.

18. En deuxième lieu, en considération de ce qui a été dit au point 12, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. A B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Pour les mêmes raisons, cette décision n'est pas disproportionnée.

19. En dernier lieu, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement de M. A B aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ne peuvent qu'être rejetées.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er :: Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A B, au préfet de la

Seine-Saint-Denis et à Me Nunes.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Myara, président,

M. Marias, premier conseiller,

Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

Le président-rapporteur,L'assesseur le plus ancien,

A. MyaraH Marias

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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