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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206826

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206826

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206826
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 avril et 11 août 2022, M. E B, représenté par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) à titre principal d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, dans le délai de vingt jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Levy renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne le refus du titre de séjour :

- il a été adopté aux termes d'une procédure irrégulière faute pour le préfet d'avoir respecté la garantie liée à la saisine de la commission du titre de séjour prévue par le second alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- il est illégal, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle il se fonde ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la fixation du pays de retour :

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 28 février 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, né le 6 janvier 1972 à Kinshasa (République démocratique du Congo), déclare être entré en France le 13 mars 2003. Il a sollicité le 4 mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 28 septembre 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Par un arrêté n° 2020-0541 du 5 mars 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 6 mars 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à M. D C, sous-préfet du Raincy, délégation pour signer les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, qui a été signé de manière lisible par M. C, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".

4. Si le requérant affirme résider habituellement en France depuis 2003, les documents qu'il produit pour attester de sa présence en France ne datent en tout état de cause que du mois d'avril 2012, soit moins de dix ans à la date de la décision attaquée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'un vice de procédure en ne saisissant pas la commission du titre de séjour.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Comme il a été dit au point 4, M. B n'établit pas sa présence habituelle sur le territoire français depuis 2003. Par ailleurs, les seules circonstances que le requérant a résidé en France pendant une longue période, parle le Français et a exercé une activité bénévole en 2019 et 2020 ne suffisent pas à établir l'intensité de ses attaches en France, alors qu'il ne conteste pas y être célibataire et sans charge de famille et qu'il ne fait état d'aucune activité professionnelle. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi. Par conséquent, les moyens tirés de ce que la décision aurait été prise en méconnaissance des stipulations citées au point 5 et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, pour les raisons mentionnées ci-dessus, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français et tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens dirigés contre le refus de titre de séjour n'ayant prospéré, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la mesure d'éloignement par voie de conséquence de celle de la décision de refus de titre de séjour.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

9. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Si M. B soutient qu'il serait exposé à un traitement inhumain et dégradant en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B, n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Il suit de là que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il ne peut être mis à la charge de l'État une somme au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Levy et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

K. F

La première assesseure,

Signé

I. Jasmin-Sverdlin

La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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