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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206842

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206842

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206842
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBELGHAZI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 avril et 24 août 2022, M. A B, représenté par Me Belghazi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Belghazi renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne le refus du titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas motivé quant à la possibilité de bénéficier effectivement de soins au Mali et méconnaît les orientations générales fixées par l'arrêté du 5 janvier 2017 ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 21 mars 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien, né le 1er janvier 1973 à Mopti (Mali), déclare être entré en France en mai 2016 muni d'un visa Schengen. Il a sollicité le 20 janvier 2021 la délivrance d'un titre de séjour pour motif de santé. Par un arrêté du 25 mai 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-0795 du 7 avril 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 8 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, attachée d'administration de l'État en charge des refus de séjour et des interventions, pour l'ensemble des attributions relevant de ce bureau, au nombre desquelles figurent les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque les décisions en cause ont été prises. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le refus de séjour attaqué, qui vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne qu'il ressort de l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 8 avril 2021 que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que le traitement approprié existe dans le pays dont il est originaire et où il peut voyager sans risque. Il relève également que M. B est entré sur le territoire national en mai 2016, qu'il est sans charge de famille et que son épouse, ses parents et son frère résident toujours au Mali. Cette décision comporte ce faisant les considérations de fait et de droit qui lui servent de fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris notamment pour l'application de l'ancien article R. 313-22 désormais codifié à l'article R. 425-11 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. D'une part, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit, même dans l'hypothèse où l'intéressé accepte la levée du secret médical le concernant, que l'avis du collège des médecins de l'OFII mentionne la pathologie et les soins dont il est l'objet. D'autre part, si le requérant soutient que la procédure suivie par le service médical de l'OFII a méconnu l'arrêté du 5 janvier 2017, il n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier la portée. Par suite, dès lors que l'avis rendu le 8 avril 2021 comporte l'ensemble des mentions prévues par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 précité, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie devant le collège des médecins de l'OFII doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

7. M. B, qui souffre d'une pathologie psychiatrique chronique de type dissociative, soutient que sa prise en charge ne peut être réalisée au Mali. A l'appui de cette affirmation, il produit deux certificats médicaux datés du 15 mars 2019 et du 6 août 2021 émanant, d'une part, du médecin psychiatre de l'établissement public de santé de Ville-Evrard ayant assuré son suivi jusqu'en 2020 et, d'autre part, de l'interne en psychiatrie du centre médico-psychologique de Saint-Ouen le suivant depuis février 2020, indiquant que l'interruption des soins entraînerait une décompensation et que " son traitement ne peut être administré dans son pays d'origine qui est le Mali ". Toutefois, eu égard à leur caractère peu circonstancié, et notamment à l'absence de précisions quant aux traitements qui lui sont prodigués qui ne seraient pas disponibles et effectivement accessibles au Mali, ces certificats ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée sur la disponibilité du traitement nécessaire à la prise en charge du requérant dans son pays d'origine par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Par ailleurs, si M. B produit les ordonnances mentionnant les spécialités médicales qui lui sont administrées, la seule circonstance que ces médicaments ne figurent pas sur la liste nationale des médicaments essentiels en dénomination commune internationale établie par arrêté du ministère de la santé et des affaires sociales malien le 26 août 2019 ne permet pas de considérer, eu égard à la nature et à la date de ce document, que les molécules nécessaires au traitement de l'intéressé ne sont pas effectivement disponibles dans son pays d'origine. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que, par cette décision portant refus de titre de séjour, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision attaquée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

9. Si M. B se prévaut de sa résidence habituelle en France depuis 2016, il est constant que ses attaches familiales sont établies dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans et où résident son épouse, ses parents et son frère. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas avoir noué des relations personnelles ou professionnelles d'une particulière intensité sur le territoire français. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 7.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre le refus de séjour présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent également être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

11. D'une part, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent être rejetées.

12. D'autre part, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant pas la partie perdante dans le cadre de la présente instance, il ne peut être mis à la charge de l'État une somme au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à Me Belghazi et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Hardy, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022,

La présidente-rapporteure,

Signé

K. F

La première assesseure,

Signé

I. Jasmin-Sverdlin

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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