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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2206877

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2206877

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2206877
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDILAWAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 avril et 17 mai 2022, M. E A, représenté par Me Cardot et Me Dilawar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

M. A soutient que :

La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour en l'obligeant à quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- méconnaît les droits de la défense ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen,

- méconnait les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il présente des circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une telle interdiction.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 18 mai 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 20 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Dilawar, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien, entré en France au cours de l'année 2014 sous couvert d'un visa étudiant, a sollicité le 24 mars 2021 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 décembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué :

2. Par un arrêté n° 2021-2400 du 16 septembre 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture le 17 septembre suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C aux fins de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, adopté notamment au visa de l'article L. 435-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève notamment que l'intéressé, entré en France en 2014 sous couvert d'un visa étudiant et qui a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en février 2020, ne justifie pas d'obstacles à poursuivre sa vie familiale dans son pays d'origine avec son épouse en situation irrégulière et leur enfant et que la demande d'autorisation de travail pour occuper un emploi de responsable de salle et deux fiches de paie pour l'année 2021 ne suffisent pas à justifier d'une insertion professionnelle effective et stable ni de réelle perspective d'embauche. Elle comporte ce faisant les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation du refus de séjour doit être écarté. Par ailleurs, l'obligation de quitter le territoire français, adoptée sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, alors même qu'il ne mentionne pas que le requérant se trouvait régulièrement sur le territoire français en qualité d'étudiant entre janvier 2014 et septembre 2019 et ne fait pas état de son expérience professionnelle à temps partiel dans différentes sociétés depuis 2015, que le préfet, qui a précisé la situation familiale du requérant et a indiqué que les pièces produites au titre de sa situation professionnelle n'étaient pas suffisantes pour permettre son admission exceptionnelle au séjour, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Dans ces conditions le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. M. A soutient qu'il réside en France depuis 2014 pour effectuer ses études et qu'il justifie d'une situation familiale stable dès lors qu'il réside en France avec son épouse et sa fille née en 2012 en Inde qui est scolarisée depuis son entrée en France en 2015. Toutefois, il est constant que son épouse se trouve en situation irrégulière sur le territoire français et il ne justifie d'aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale et à la poursuite de la scolarité de sa fille en Inde, pays dans lequel sa fille a également résidé et dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. S'agissant de son intégration professionnelle, il ressort des pièces du dossier que le requérant a travaillé à temps partiels au sein de différentes sociétés depuis 2015 alors qu'il poursuivait ses études, puis a travaillé en contrat à durée déterminée le 1er janvier 2020 puis en contrat à durée indéterminée depuis novembre 2020 au sein de la même société, avant de conclure un contrat à durée indéterminée avec une autre société, en décembre 2021, toujours dans le domaine de la restauration. Toutefois ces éléments ne suffisent pas à regarder le requérant comme justifiant de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit et celui tiré de la méconnaissance des droits de la défense, soulevés dans la requête introductive d'instance, ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé et doivent, par suite, être écartés.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Si le requérant qui réside en France depuis 2014 de manière régulière jusqu'en 2019, se prévaut de la présence en France depuis 2015 de son épouse ressortissante indienne avec laquelle il s'est marié en Inde en 2014 et de leur enfant née en 2012 en Inde, qui est scolarisé en France depuis 2015, il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi qu'il a été exposé ci-dessus, que son épouse se trouve en situation irrégulière sur le territoire français et qu'il ne justifie d'aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale et à la poursuite de la scolarité de sa fille en Inde, pays dans lequel sa fille a également résidé et dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été prise la décision attaquée ni méconnu l'intérêt supérieur de son enfant. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les () décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

12. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

13. La décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionnées au point 10. Elle indique les éléments relatifs à la situation du requérant qui ont été pris en compte, notamment sa situation familiale et le fait qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il ne ressort ni des mentions de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen circonstancié des faits de l'espèce avant de prendre la décision attaquée.

14. En second lieu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, compte tenu de sa soustraction à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français, de l'irrégularité du séjour en France de son épouse qui pourrait sans obstacle retourner avec leur fille dans leur pays d'origine et malgré la durée de présence en France du requérant, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions visées au point 10 et de ce que la décision serait ainsi entachée d'erreur d'appréciation ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du requérant doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

M. B

La présidente,

Signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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