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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207075

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207075

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantMAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2022, complétée par des pièces enregistrées le 19 juillet 2022, Mme D B, représentée par Me Maillard demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet de supprimer son signalement dans le système d'information Schengen.

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Maillard renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation ;

- elle est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait son droit à être entendu en violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ces conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 août 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 janvier 2023 :

- le rapport de Mme Van Maele ;

- les observations de Me Maillard, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante turc née en 1993, a sollicité, le 20 mai 2021, son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté en date du 24 septembre 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pendant deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment celles des articles L. 435-1 et L. 423-23, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et expose de façon suffisamment précise les considérations de faits sur lesquelles le préfet s'est fondé pour considérer que l'intéressée ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour. En outre, et contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet n'était pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments relatifs à sa situation, et la circonstance que la décision ne mentionne pas, notamment, la présence régulière en France de son frère et de sa soeur et la circonstance que son époux fait l'objet d'un suivi médical, dont elle n'allègue au demeurant pas s'être prévalue devant le préfet, n'est pas de nature à caractériser une insuffisance de motivation. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et respecte ainsi les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de titre de séjour doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à l'examen de la situation personnelle de Mme B, qu'il se serait cru en situation de compétence liée ou encore qu'il aurait cru ne pas pouvoir exercer son pouvoir discrétionnaire. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante et de la méconnaissance par le préfet de l'étendue de sa compétence doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Si Mme B soutient qu'elle réside habituellement en France depuis le mois d'octobre 2014 et établit vivre avec son époux, compatriote, il ressort

des pièces du dossier que son époux est également en situation irrégulière sur le territoire

français et fait l'objet d'un refus de titre de séjour du même jour assorti d'une mesure d'éloignement et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Si Mme B se prévaut également de la présence de ses deux enfants, nés en France

en 2016 et en 2018, ainsi que de la scolarisation sur le territoire français de l'aîné, en classe de grande section de maternelle à la date de la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier que les jeunes enfants du couple ne pourraient commencer ou poursuivre leur scolarité en Turquie. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de Mme B se reconstitue dans son pays d'origine, où peuvent l'accompagner son époux et ses enfants et où résident en outre toujours ses parents et huit des membres de sa fratrie, ainsi qu'il ressort des mentions non contestées de l'arrêté litigieux. Par ailleurs, si Mme B soutient que son époux souffre d'une sarcoïdose et que son état de santé nécessite la poursuite des soins dont il bénéficie en France, les certificats médicaux produits, dont le plus récent date seulement du 28 janvier 2020, ne sont pas de nature, eu égard à leur teneur, à établir que l'état de santé M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que l'intéressé ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En outre, si la requérante fait valoir que son époux bénéficie, depuis le 19 juillet 2021, d'un contrat à durée indéterminée à temps plein en qualité de manœuvre, et a exercé un emploi de carreleur entre les mois de mars et mai 2021, ces éléments, compte-tenu de leur caractère très récent, ne suffisent pas à faire regarder M. B comme justifiant d'une insertion professionnelle d'une intensité particulière. La requérante ne justifie quant à elle d'aucune activité professionnelle. Dans ces conditions, malgré la durée de présence en France de Mme B, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris, ni qu'il serait contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point 5 doivent être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

8. Il résulte de ce qui a été exposé au point 6 que les éléments invoqués par Mme B au titre de sa vie personnelle et familiale en France ne constituent ni une considération humanitaire ni un motif exceptionnel d'admission au séjour au sens des dispositions citées au point 7. Il suit de là qu'en estimant que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas davantage au regard de motifs exceptionnels, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la décision de refus de titre de séjour n'est pas illégale. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

10. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () ".

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision par laquelle le préfet a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée, qu'il se serait cru en situation de compétence liée ou encore qu'il aurait cru ne pas pouvoir exercer son pouvoir discrétionnaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet de l'étendue de sa compétence doit être écarté.

14. En troisième lieu, il ressort de la lecture de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à Mme B en considérant que l'intéressée présente un risque de fuite, dès lors qu'elle s'est soustraite à l'exécution de précédentes obligations de quitter le territoire prises à son encontre le 13 juillet 2016 et le 13 septembre 2019. Si les pièces du dossier ne permettent pas d'établir l'existence, contestée par la requérante, de la mesure d'éloignement qui aurait été prise à son encontre en 2016, il est toutefois constant qu'une mesure d'éloignement a, en tout état de cause, été prise à son encontre par arrêté du 13 septembre 2019, et que Mme B n'y a pas déféré. Si la requérante soutient toutefois à cet égard que l'arrêté du 13 septembre 2019 a été annulé par un jugement du tribunal de céans du 19 octobre 2020, il ressort de la lecture de ce jugement que l'arrêté n'a été annulé qu'en tant qu'il porte interdiction de retour de Mme B sur le territoire français pour une durée de deux ans, la mesure d'éloignement restant exécutoire. Il ressort en outre des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur l'inexécution de la décision d'éloignement prise le 13 septembre 2019. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet a pu considérer que Mme B présentait un risque de fuite et lui refuser, pour ce motif, l'octroi d'un délai de départ volontaire. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que le préfet aurait procédé à une inexacte application des dispositions citées au point 11.

15. En quatrième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle Mme B soulevé à l'encontre de la décision de refus de délai de départ volontaire, sera écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. Il résulte de ce qui précède que le moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi et tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

17. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

18. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire qui lui a été opposée, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision par laquelle le préfet l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

19. En deuxième lieu, il résulte des pièces du dossier, dont les principaux éléments ont été rappelés ci-dessus, que Mme B réside en France depuis sept ans. Toutefois, l'intéressée s'est déjà soustraite à l'exécution d'au moins une mesure d'éloignement, ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au point 14. Si elle fait valoir la présence en France de son époux, de ses enfants, d'un frère et d'une soeur, elle peut reconstituer sa cellule familiale en Turquie, ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au point 6, et ne justifie pas entretenir avec son frère et sa soeur une relation d'une particulière intensité et ne fait valoir aucun obstacle à ce que ces derniers puissent venir lui rendre visite en Turquie où vivent leurs parents ainsi que les autres membres de la fratrie. Si Mme B se prévaut, enfin, de ce que l'état de santé de son époux nécessite un suivi médical en France, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que l'intéressée n'établit ni la nécessité de ce suivi, ni l'impossibilité pour son époux de bénéficier d'un suivi approprié dans son pays d'origine. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de Mme B.

20. En troisième lieu, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. À l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Il suit de là que le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'interdiction de retour sur le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Dès lors, Mme B, qui a été reçu en préfecture pour procéder au dépôt de sa demande de titre de séjour le 20 mai 2021, n'est pas fondée à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans aurait été prise en méconnaissance de son droit à être entendu.

21. En quatrième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 24 septembre 2021. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Maillard, et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

S. Van Maele

Le président,

C. Tukov La greffière,

M. Tucito

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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