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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207082

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207082

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantDEWAVRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Dewavrin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder dans le même délai et sous la même astreinte au réexamen de sa situation administrative, et en tout état de cause de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétence ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour alors que, d'une part, elle remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, elle justifiait de dix ans de présence habituelle en France ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- elles méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle dès lors que le préfet s'est estimé lié par la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2022 du bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Dupuy-Bardot a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante ivoirienne née le 28 décembre 1968 à Anyama (Côte d'Ivoire), est entrée en France en octobre 2002 selon ses déclarations. Le

13 décembre 2018, elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour en raison de son état de santé. Par un premier arrêté du 14 août 2019 le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français. A la suite de l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté préfectoral par un jugement du tribunal de céans en date du 19 juin 2020, la préfecture a réexaminé la demande de Mme A. Par un second arrêté du 23 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, à nouveau, refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Mme A demande l'annulation de ce second arrêté préfectoral.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui a résidé régulièrement en France depuis l'année 2012 sous couvert de titres de séjour délivrés en raison de son état de santé, est atteinte d'une schizophrénie paranoïde avec des hallucinations accoustico-verbales et présente en outre depuis l'année 2018 des troubles cognitifs en lin avec une leucoaraïose. Il ressort du certificat médical du docteur B, psychiatre au sein du centre médico-psychologique de Pantin, dans lequel Mme A est suivie depuis plusieurs années, que celle-ci n'est pas autonome pour les tâches de la vie quotidienne et totalement dépendante de ses aidants, et la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées a évalué son taux d'incapacité à plus de 80%. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme A vit avec chez l'une de ses sœurs, de nationalité française, qui l'assiste au quotidien, que trois autres de ses sœurs sont de nationalité française et que la dernière est titulaire d'une carte de résident. Si le préfet a relevé que la mère de Mme A vivait en Côte d'Ivoire, son âge avancé ne lui permettrait pas d'assister sa fille au quotidien, compte tenu de la grande dépendance de cette dernière et de ses pathologies psychiques et cognitives. Dans ses conditions, au regard de la durée de présence en France de Mme A, en situation régulière, et de sa dépendance à l'égard de ses sœurs compte tenu de son état de santé, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, dans les circonstances de l'espèce, entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme A.

3. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu de prononcer l'annulation de la décision du préfet de la

Seine-Saint-Denis du 23 novembre 2021 rejetant la demande de titre de séjour de Mme A. Les décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination doivent, par voie de conséquence, être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à son motif, que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à Mme A un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Dewavrin, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 23 novembre 2021 relatif à Mme A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme A un titre de séjour temporaire (d'une validité d'un an) portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Dewavrin une somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondante à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 10 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

M. Romnicianu

La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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