vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2207086 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | EKOLLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022, M. A B, ressortissant malien né à Brazzaville (République du Congo), représenté par Me Ekollo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de
30 jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " salarié " à compter de la notification du jugement à intervenir et
ce sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mai 2022.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
S'agissant de la décision portant refus de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier ;
La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observation en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Myara, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1.M. B, ressortissant malien né le 25 juillet 1982 à Brazzaville (République du Congo), déclare être entré en France en 2015 et s'y être maintenu irrégulièrement depuis lors. Par un arrêté du 18 octobre 2021, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur la légalité du refus de titre de séjour :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
3. En présence d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne vit pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si cette promesse d'embauche ou ce contrat de travail, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.
4. En l'espèce, d'une part, si le requérant soutient que le préfet n'a pas examiné sa demande d'admission au séjour au titre du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont il dispose, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que sa demande a été examinée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que le préfet a ainsi exercé le pouvoir discrétionnaire qu'il tient de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
5. D'autre part, si M. B se prévaut de la durée de son séjour en France depuis le 1er janvier 2015, il ressort des pièces du dossier qu'il y est entré irrégulièrement, et que par les documents médicaux, bancaires et professionnels qu'il produit, il ne justifie s'être maintenu de façon ininterrompue sur le territoire national qu'entre 2016 et 2020, et n'établit une insertion professionnelle que d'une faible intensité avec trois contrats de travail en qualité de maçon entre 2019 et 2021 pour un total de 12 mois de travail à plein temps. En outre, il se prévaut d'une promesse d'embauche par son ancien employeur sans en établir la preuve alors qu'enfin, il est célibataire et ne démontre l'existence d'aucun lien particulier qu'il aurait noué sur le territoire français, alors qu'il n'est pas dénué de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 33 ans. Par suite, compte tenu de sa faible ancienneté de son insertion professionnelle et de sa situation personnelle, c'est sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.
6. Pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 5, le requérant ne peut sérieusement soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis à méconnu son droit à mener une vie privée et familiale normale protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.
7. Pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste doit être écarté.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
8. M. B ne démontrant pas l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
9. Il ne ressort pas des pièces du dossier, pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 4, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à l'examen de la situation de M. B et se serait senti lié à la décision de refus du titre de séjour pour prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
10. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
11. M. B ne démontrant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
12. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. M. B ne démontrant pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire.
14. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision comporte les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, la décision est suffisamment motivée et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
15. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Myara, président,
M. Marias, premier conseiller,
Mme Parent, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
Le président-rapporteur,L'assesseur le plus ancien,
A. MyaraH.Marias
La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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