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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207132

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207132

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantTANON LOPES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 avril 2022, Mme E D veuve B, représentée par Me Tanon-Lopes, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'irrégularités dans la procédure de recueil de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 11 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996 ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 juillet 2022.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 1er juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950,

- la convention entre le Gouvernement de la République Française et le Gouvernement de la République du Togo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Lomé le 13 juin 1996,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique du 14 février 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante togolaise, a sollicité, le 8 janvier 2021, le renouvellement de sa carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 25 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

Sur les moyens dirigés contre le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne notamment les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles Mme D a présenté sa demande de titre de séjour et expose les motifs pour lesquels le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré, au regard de sa situation personnelle et familiale, qu'elle n'entrait pas dans leurs prévisions, comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, et est ainsi motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté, de même que celui tiré d'un défaut d'examen.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () ".

4. Si Mme D entend contester la régularité du rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est couvert par le secret médical, il lui appartenait d'en demander la communication auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour le critiquer utilement.

5. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le rapport médical sur l'état de santé de Mme D, prévu par l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été établi le 27 mai 2021 par la docteure Mauze, qui n'a pas siégé au sein du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a émis un avis le 24 juin 2021, dès lors que son nom n'apparait pas parmi ceux des trois médecins signataires de l'avis. D'autre part, il résulte de la décision du 7 juin 2021 modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que les docteurs Truze, Wagner et Douzon, qui ont signé l'avis litigieux ont été régulièrement désignés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

7. Aux termes du troisième alinéa de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. () ".

8. Si Mme D fait valoir que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas rendu son avis dans le délai de trois mois qui lui était imparti à compter de la transmission du certificat médical, elle ne produit aucun élément à ce sujet, notamment pas de justificatif mentionnant la date à laquelle le certificat médical a été transmis. En tout état de cause, le non-respect du délai prévu à l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas exercé d'influence sur le sens de la décision attaquée, ni n'a privé Mme D d'une garantie.

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait entaché d'irrégularités dans sa procédure de recueil doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

11. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de titre de séjour en se fondant notamment sur l'avis du 24 mai 2021, au motif que s'il pourrait résulter d'un défaut de prise en charge de l'état de santé de Mme D des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Si Mme D, qui souffre d'un cancer du sein diagnostiqué en 2017, produit un certificat médical, ce dernier ne se prononce pas explicitement sur l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, tandis que les articles de presse font état de considérations générales sur les traitements anticancéreux au Togo. Il en résulte que le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-11 du même code : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour ".

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme D se prévaut de la présence de deux enfants français majeurs en France et de l'absence d'attaches familiales dans son pays d'origine. Toutefois, d'une part, elle ne justifie pas de sa présence continue sur le territoire français depuis son arrivée en 2017, tandis qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de soixante-treize ans. D'autre part, alors que le préfet a relevé qu'elle ne justifiait pas être prise en charge par ses enfants et ne pouvait, en conséquence, se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-11, Mme D se borne à produire une attestation d'hébergement par l'un de ses enfants et un avis d'impôt pour l'année 2021 la domiciliant chez lui. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les dispositions de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En cinquième lieu, dès lors que Mme D ne justifie pas avoir sollicité un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 11 de la convention franco-togolaise du 13 juin 1996, dont elle ne remplit pas en tout état de cause les conditions dès lors qu'elle ne justifie pas de sa résidence régulière et ininterrompue en France depuis trois ans, le moyen tiré d'une méconnaissance de ces stipulations par le préfet, qui a examiné sa demande au regard des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est inopérant.

Sur les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité du refus de séjour ne peut qu'être écarté.

16. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 2 que le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

17. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le moyen tiré d'une méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

18. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 13 que le moyen tiré de ce que la décision a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être en tout état de cause écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D veuve B, à Me Lantheaume et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023 à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Thébault, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

Le président-rapporteur,

C. A

L'assesseure la plus ancienne,

S. Van Maele

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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