vendredi 5 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2207176 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LE MIGNOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 mai 2022, M. A B, représenté par Me Le Mignot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de carte de résidence :
- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;
- elle méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ainsi que le titre III du protocole de ce même accord ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa situation professionnelle justifiait la mise en œuvre par le préfet de la Seine-Saint-Denis de son pouvoir de régularisation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il peut prétendre de plein droit à un certificat de résidence ;
- elle est illégale par voie d'exception ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie d'exception ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance du 11 août 2022 la clôture de l'instruction a été fixée au 2 septembre 202Un mémoire en défense a été enregistré par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 24 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lamlih,
- les observations de Me Le Mignot, représentant M. B.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 22 avril 1991, fait valoir être entré régulièrement en France le 17 septembre 2016 et y résider depuis lors. Il a sollicité
le 23 juin 2021 son admission au séjour. Par un arrêté du 24 mars 2022 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée deux ans.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, la décision attaquée, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble de la situation de M. B, mentionne différents éléments de sa situation personnelle, familiale et professionnelle. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet de la Seine-Saint-Denis pour refuser la demande de titre de séjour de M. B. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, en l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis a examiné la situation de l'intéressé au regard des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et a par ailleurs refusé, eu égard à la situation personnelle et professionnelle de ce dernier de faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Dans ces conditions, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B au regard de son droit au séjour, sollicité au titre d'une admission exceptionnelle, avant de prendre la décision attaquée. En contestant le bien-fondé du refus de certificat de résidence pris à son encontre le 28 février 2019, M. B ne peut être regardé comme contestant les termes de l'arrêté litigieux selon lesquels il a fait l'objet à cette date d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait légalement prendre en compte cette circonstance. Le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant doit donc être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
5. M. B se prévaut d'une ancienneté et d'une stabilité de séjour en France depuis près de six ans, de sa parfaite maîtrise du français, de son intégration professionnelle qui lui a permis de se constituer une épargne importante ainsi que d'attaches particulièrement fortes en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le
17 septembre 2016 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " valable un an qui a été renouvelé et que l'intéressé n'avait en conséquence pas vocation à se maintenir sur le territoire. Il ressort également des pièces du dossier que M. B est célibataire, sans charge de famille, qu'il ne justifie pas avoir noués de liens particuliers en France ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Si M. B se prévaut de ses compétences linguistiques valorisées par les différents diplômes qu'il a obtenus en Algérie et en France et qui lui ont permis d'effectuer plusieurs missions d'interprétariats, de traduction et de formation au service notamment de différentes institutions publiques françaises, dans le cadre duquel il a pu développer son activité d'autoentrepreneur, eu égard à sa situation personnelle et familiale rappelée plus avant, la décision en litige n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, ainsi que pour les mêmes motifs, de celles du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doivent être écartés.
6. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, s'agissant d'un ressortissant algérien, de l'une des stipulations de accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'autres dispositions de ce code ou stipulations de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux.
7. Ainsi qu'il a été ci-dessus au point 3 du présent jugement, la demande de titre de séjour de M. B a été présentée au titre d'une admission exceptionnelle au séjour, c'est-à-dire, s'agissant d'un ressortissant algérien, en vertu du pouvoir discrétionnaire du préfet. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait complétée sa demande au titre du III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Il s'ensuit que l'intéressée ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces dernières stipulations à l'encontre de la décision attaquée, dès lors que le préfet n'a pas examiné si l'intéressé pouvait prétendre à un titre de séjour sur leur fondement. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, dès lors, être écarté.
8. En cinquième lieu, dans la mesure où les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé régissent d'une manière complète et exclusive les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France, un étranger de nationalité algérienne ne peut utilement invoquer les dispositions, de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont relatives aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à titre exceptionnel à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, et alors que la situation professionnelle de l'intéressé n'est, en tout état de cause, pas de nature à constituer un motif exceptionnel, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation.
10. En sixième lieu, et dès lors que l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0291 du 7 février 2022, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 9 février 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions contenues dans cet arrêté, en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision qui lui fait obligation de quitter le territoire français, qui manque en fait, doit être écarté.
13. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 11 que M. B ne peut se prévaloir de l'illégalité de la décision portant refus de séjour pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit en ce que sa situation justifie la délivrance de plein droit d'un titre de séjour.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.
16. En deuxième lieu, l'arrêté en litige, en tant qu'il fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne notamment que M. B s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise par un arrêté préfectoral du 28 février 2019. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivé. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.
17. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, la décision attaquée ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans doivent être rejetées.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
Mme Caron-Lecoq, première conseillère,
Mme Lamlih, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2024.
La rapporteure,
D. Lamlih
Le président,
L. Gauchard La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026