mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2207183 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET YVES SEXER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête initialement enregistrée le 20 décembre 2021 sous le n° 2127854 au Tribunal administratif de Paris transmise par ordonnance de son président en date du 27 avril 2022 au Tribunal de céans y enregistrée sous le n° 2207183, puis par un mémoire en réplique, enregistré le 8 juillet 2022, la S.A.S. Frogpubs, représentée par Me Binet et Me Sexer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, les décisions du 14 juin 2021, du 1er août 2021, du 2 août 2021 par lesquelles la direction départementale des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a rejeté ses demandes tendant au versement d'une aide pour les mois de décembre 2020, février 2021 et mars 2021 en application du décret n°2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux du 23 août 2021 ;
2°) d'enjoindre à la direction départementale des finances publiques de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de ses demandes pour les mois de décembre 2020, février 2021 et mars 2021 au titre du fonds de solidarité, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'administration a estimé à tort que, pour bénéficier de subventions du fonds de solidarité à destination des entreprises touchées par les conséquences économiques de l'épidémie de Covid-19, le chiffre d'affaires qu'elle a réalisé aux mois décembre 2020 et février 2021 devait être apprécié par rapport au chiffre d'affaires qu'elle-seule réalisait pendant la période de référence sans tenir compte du chiffre d'affaires réalisé pendant cette période de référence par les dix sociétés filiales dont elle était l'associée unique et qu'elle a absorbées le 29 septembre 2020 dès lors que le décret du 30 mars 2020 n'exclut pas la prise en compte du chiffre d'affaires de la société qu'elle a absorbée et dont elle assure la continuité juridique et économique, conformément aux dispositions de l'article 1844-5 du code civil, la dissolution des dix établissements a entraîné la transmission universelle de son patrimoine et elle est devenue propriétaire de l'universalité du patrimoine de la société absorbée, notamment des droits à subvention, ainsi d'ailleurs que le mentionne le procès-verbal de ses décisions du 29 septembre 2020, le document du 17 décembre 2020, repris dans une " foire aux questions " sur le fonds de solidarité disponible sur le site internet du Gouvernement prévoit qu'en cas de fusion-absorption, le chiffre d'affaires de comparaison à retenir doit inclure celui de la société absorbée ;
- si elle détenait une dette fiscale, celle-ci était couverte par un plan d'apurement par une décision du 21 novembre 2018 ;
- l'administration a estimé à tort qu'elle n'avait pas fait l'objet d'une interdiction de public.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 30 juin et 4 août 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer quant aux conclusions relatives au bénéfice de l'aide sollicité au titre du mois de mai 2021, qu'il a accordée à la requérante, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la S.A.S. Frogpubs ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- l'ordonnance 2020-317 du 25 mars 2020 modifiée ;
- le décret n°2020-371 du 30 mars 2020 modifié ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,
- et les conclusions de M. Noël, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée Frogpubs, créée le 16 novembre 2005, exerce une activité de prestations de services, gestion et prise de participations, d'exploitation de restaurants traditionnels ou rapide. Le 29 juin 2020, elle a prononcé la dissolution des sociétés " Another Paris Real Aale Brewery ", " Bercy Beaucoup ", " Waterside Pubs ", " Frog Klebar ", " A Frog at The Opéra ", " Frog Revolution ", " Frog Tolbiac ", " TPRAB " et " Nothing Toulouse " dont elle était l'associée unique et dont elle a repris l'activité dans le cadre d'une transmission universelle de patrimoine. Elle a ensuite sollicité le versement d'aides financières au titre du fonds de solidarité, instauré par l'ordonnance du 25 mars 2020 et mis en œuvre par le décret du 30 mars 2020, pour les mois de décembre 2020, février 2021 et mars 2021, en estimant que son chiffre d'affaires pour ces mois avait baissé dans une proportion suffisante par rapport à celui de la période de référence de 2019. Par différentes décisions des mois de juin et août 2021, l'administration a refusé de faire droit à ses demandes aux motifs que c'est à tort que la société Frogpubs a inclus, dans la comparaison de son chiffre d'affaires de l'année 2019 avec celui de l'année 2021, le chiffre d'affaires des sociétés absorbées, sur la même période, qu'elle détenait une dette fiscale au 31 décembre 2019 et qu'elle n'exerçait pas une activité ayant fait l'objet d'une interdiction d'ouverture au public. La société demande l'annulation de ces décisions, ensemble les décisions prises sur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'article 1er de l'ordonnance n° 2020-317 du 25 mars 2020 a institué un fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation. En application de l'article 3 de cette ordonnance, le décret du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation a fixé le champ d'application du dispositif et les conditions d'éligibilité aux aides allouées par ce fonds.
3. Le décret n° 2020-371 du 30 mars 2020 fixe les conditions à remplir pour bénéficier de l'aide financière. En particulier, la demande d'aide doit être effectuée par voie dématérialisée et être accompagnée d'une " déclaration sur l'honneur attestant que l'entreprise remplit les conditions prévues par le présent décret et l'exactitude des informations déclarées, ainsi que l'absence de dette fiscale ou sociale impayée au 31 décembre 2019, à l'exception de celles bénéficiant d'un plan de règlement ".
4. Pour rejeter la demande de la société requérante tendant au versement de l'aide exceptionnelle mentionnée supra au titre du mois de décembre 2020, le directeur général des finances publiques a considéré que l'entreprise avait une dette fiscale au 31 décembre 2019 qui n'était pas couverte par un plan de règlement.
5. Il est constant que la SAS Frogpubs était, au 31 décembre 2019, redevable d'une dette fiscale, fixée à la somme de 1 405 023,42 euros le 21 novembre 2018. Or, par une décision du même jour, un plan de règlement a été validé par l'administration. Par suite, c'est à tort que l'administration a opposé l'existence d'une dette fiscale pour lui refuser l'aide au titre du mois de décembre 2020.
6. L'administration fiscale s'est également fondée, pour rejeter les demandes de la SAS Frogpubs, sur un autre motif, tiré de ce que l'intéressée a, au titre de la période de référence au sens du décret susvisé du 30 mars 2020, pris en compte non seulement son propre chiffre d'affaires en tant que holding, mais également celui de neuf de ses filiales, dont elle était alors l'associée unique, avant que d'en décider la dissolution le 29 juin 2020 dans le cadre d'une transmission universelle du patrimoine.
7. Aux termes de l'article 1844-5 du code civil : " () En cas de dissolution, celle-ci entraîne la transmission universelle du patrimoine de la société à l'associé unique, sans qu'il y ait lieu à liquidation. Les créanciers peuvent faire opposition à la dissolution dans le délai de trente jours à compter de la publication de celle-ci. Une décision de justice rejette l'opposition ou ordonne soit le remboursement des créances, soit la constitution de garanties si la société en offre et si elles sont jugées suffisantes. La transmission du patrimoine n'est réalisée et il n'y a disparition de la personne morale qu'à l'issue du délai d'opposition ou, le cas échéant, lorsque l'opposition a été rejetée en première instance ou que le remboursement des créances a été effectué ou les garanties constituées () ".
8. Eu égard aux effets d'une transmission universelle de patrimoine, opération qui n'entraîne pas la liquidation des sociétés absorbées, en l'espèce les neuf filiales dont la requérante était l'associée unique jusqu'à la réalisation de cette opération de restructuration interne du groupe, la requérante, en tant que société absorbante qui ne peut être considérée comme distincte des neuf sociétés ainsi absorbées, doit être regardée comme ayant poursuivi l'exploitation de ses filiales. Dans ces conditions, et eu égard à l'objectif du décret susvisé du 30 mars 2020, qui institue un fonds de solidarité destiné aux entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19, la société requérante était fondée à retenir comme chiffre d'affaires de référence, au sens des articles 3-15, 3- 22 et 3-27 de ce décret applicables à l'aide sollicitée respectivement au titre des mois de décembre 2020, de février 2021 et de mars 2021, non seulement son propre chiffre d'affaires, mais également celui de chacune des neuf filiales qu'elle a absorbées au cours de l'année 2020.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les décisions du 14 juin 2021, du 1er août 2021 et du 2 août 2021 refusant à la société Frogpubs l'aide exceptionnelle au titre des mois de décembre 2020, de février 2021 et de mars 2021, ensemble la décision prise sur recours gracieux de l'intéressée, doivent être annulées.
Sur l'injonction :
10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration réexamine la demande d'aide exceptionnelle sollicitée par la SAS Frogpubs au titre des mois de décembre 2020, de février 2021 et de mars 2021. Il y a lieu d'enjoindre à l'administration d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la SAS Frogpubs et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 14 juin 2021, du 1er août 2021 et du 2 août 2021 par lesquelles la direction départementale des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a rejeté les demandes de la société Frogpubs tendant au versement d'une aide pour les mois de décembre 2020, de février 2021 et de mars 2021 en application du décret n°2020-371 du 30 mars 2020 relatif au fonds de solidarité à destination des entreprises particulièrement touchées par les conséquences économiques, financières et sociales de la propagation de l'épidémie de covid-19 et des mesures prises pour limiter cette propagation, ensemble la décision prise sur son recours gracieux du 23 août 2021, sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis de procéder au réexamen de la demande de la société Frogpubs tendant au bénéfice de l'aide financière exceptionnelle au titre du fonds de solidarité lié à l'épidémie de covid-19 pour les mois de décembre 2020, de février 2021 et de mars 2021 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à la SAS Frogpubs une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Frogpubs et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Auvray, président,
M. Thobaty, premier conseiller,
Mme Fabre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
A.-L. Fabre Le président,
signé
B. Auvray
Le greffier,
Signé
S. Werkling
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2207183
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026