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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207217

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207217

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET ANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, Mme D A, représentée par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert aux autorités italiennes ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un dossier de demande d'asile en procédure normale et une attestation de demande d'asile dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il est intervenu en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il est intervenu en méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- il méconnaît les articles 24 et 25 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 en l'absence de preuve d'une requête des autorités françaises au fin de reprise en charge de d'un accord des autorités allemandes ;

- il méconnaît l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 mai 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement européen (UE) du Parlement européen et du Conseil n° 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement européen (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 modifié par le règlement (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 juin 2022 :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Pafundi, représentant Mme A, présente, qui reprend et développe les conclusions et moyens de la requête et fait en particulier valoir que : seules les couvertures des brochures fournies à l'intéressée ont été versées au dossier, et non leur intégralité ; le groupe SOS Solidarités suit la situation de la requérante, ce qu'atteste un courrier du 13 avril 2022 antérieur à la décision en litige ; l'intéressée est enceinte, son père est présent en France et a reconnu l'enfant ; l'Italie connaît d'importantes difficultés pour accueillir les demandeurs d'asile ; les juridictions allemandes n'autorisent plus les transferts en Italie ;

- les observations de Mme A, qui précise notamment vivre avec le père de l'enfant à naître depuis décembre 2021.

Une note en délibéré, présentée pour la requérante, a été enregistrée le 3 juin 2022, postérieurement à la tenue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 9 juin 1997, est entrée irrégulièrement en France le 31 décembre 2021, et a demandé l'asile auprès des services de la préfecture de Seine-Saint-Denis le 13 janvier 2022. La consultation du fichier " Eurodac " ayant révélé que ses empreintes avaient été relevées le 17 septembre 2021 par les autorités italiennes en " catégorie 2 ", et qu'elle avait donc, préalablement à sa demande d'asile en France, franchi irrégulièrement la frontière italienne en provenance d'un pays tiers il y a moins de douze mois, le préfet de la Seine-Saint-Denis a saisi le 14 janvier 2022 les autorités de cet État, en les estimant responsables de cette demande d'asile en application du 1. de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, d'une demande de prise en charge. Elles ont fait connaître leur accord explicite le 14 mars 2022, sur le fondement de ce même article. À la suite de cet accord, le préfet a, par un arrêté du 26 avril 2022, décidé de transférer Mme A aux autorités italiennes à fin de traitement de sa demande d'asile. La requête visée ci-dessus tend à l'annulation de cette décision de transfert.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0841 du 1er avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a consenti à M. C, adjoint au chef du bureau de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des étrangers et des naturalisations, la délégation de signature consentie à celle-ci par le préfet par un arrêté n° 2022-0840 distinct daté et publié le même jour, pour l'ensemble des attributions relevant de son bureau, notamment en ce qui concerne les mesures d'éloignement et plus particulièrement les décisions de transfert vers l'Etat membre de l'Union européenne responsable d'une demande de protection internationale introduite par un ressortissant de pays tiers. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est allégué que cette directrice n'aurait pas été absente ou empêchée de signer la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers ou un apatride qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement (UE) du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement de l'Union européenne dont il est fait application.

6. En l'espèce, l'arrêté indique que l'Italie est un État dans lequel la requérante est irrégulièrement entrée en provenance d'un pays tiers et que sa demande d'asile relève en conséquence de la responsabilité de cet Etat en application du 1 de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il s'ensuit que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la brochure commune mentionnée par ces dispositions a été remise à Mme A le 13 janvier 2022, ainsi qu'en atteste avec un caractère suffisamment probant l'apposition par la requérante de sa signature sur les pages de garde des brochures A et B constituant cette brochure commune, dans leur version en français, langue que la requérante a déclaré comprendre au cours de l'entretien mené le même jour et ne conteste pas comprendre dans ses écritures. Le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) du 26 juin 2013 n'ont pas été respectées doit donc être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. () / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national () ".

10. Il ressort des pièces du dossier qu'a été mené le 13 janvier 2022 avec Mme A, en français, langue que l'intéressée a déclaré comprendre, et par un agent de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, un entretien dont le résumé comporte la mention de sa conduite par un agent qualifié, ainsi que la mention manuscrite " agent préfecture " sans autre signature que celle de la requérante. Ni les dispositions précitées au point 9 ni aucune autre disposition n'impose que le nom, le prénom et la qualité précise de cet agent soient portés sur le résumé de l'entretien individuel. En outre, aucune des pièces versées au dossier ne permet d'établir que cet entretien n'aurait pas été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national et à supposer qu'il ne l'aurait pas été, ce vice de procédure n'est pas par lui-même de nature à avoir privé Mme A d'une garantie ou à avoir exercé une influence sur le sens de la décision. Enfin, le résumé de cet entretien a été signé sans réserve par l'intéressée. Le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'ont pas été respectées doit donc être écarté.

11. En cinquième lieu, l'ensemble des règles relatives à l'application du principe du contradictoire applicable aux décisions de transfert sont entièrement déterminées par les articles 4 et 5 du règlement (UE) du 23 juin 2013 ainsi que par les dispositions des articles L. 571-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les dispositions du code des relations entre le public et l'administration ainsi que le principe du " contradictoire " qu'elles reprennent ne peuvent donc être utilement invoqués à l'encontre d'une telle décision. Le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire prévu par le code des relations entre le public et l'administration doit donc être écarté.

12. En sixième lieu, il ressort de la production de l'accusé de réception émis le 14 janvier 2022 par le point d'accès national italien que les autorités italiennes ont effectivement été saisies d'une demande de prise en charge. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les autorités italiennes ont expressément répondu à la saisine que leur avait adressée l'administration française le 14 mars 2022, réponse qui a elle-même nécessairement été réceptionnée par les autorités françaises qui la versent au dossier. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles 24 et 25 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui concernent au demeurant les requêtes aux fins de reprise en charge et non de prise en charge, en l'absence de preuve d'une requête des autorités françaises et d'un accord des autorités italiennes, doit donc être écarté.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque l'Etat membre requis accepte la prise en charge ou la reprise en charge d'un demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), l'Etat membre requérant notifie à la personne concernée la décision de le transférer vers l'Etat membre responsable et, le cas échéant, la décision de ne pas examiner sa demande de protection internationale. () / 2. La décision visée au paragraphe 1 contient des informations sur les voies de recours disponibles, y compris sur le droit de demander un effet suspensif, le cas échéant, et sur les délais applicables à l'exercice de ces voies de recours et à la mise en œuvre du transfert et comporte, si nécessaire, des informations relatives au lieu et à la date auxquels la personne concernée doit se présenter si cette personne se rend par ses propres moyens dans l'Etat membre responsable. () ".

14. Mme A soutient qu'elle devait être informée du lieu et de la date auxquels elle devait se présenter afin de se rendre par ses propres moyens en Italie. Alors au demeurant qu'elle n'allègue pas avoir informé l'administration de son intention de rejoindre le pays responsable de sa demande d'asile par ses propres moyens, ayant au contraire indiqué à l'occasion de la notification de l'arrêté en litige refuser le transfert vers l'Italie, la décision litigieuse, qui ne prévoit pas, au cas d'espèce, que l'intéressée se rende par ses propres moyens dans l'Etat membre responsable de sa demande d'asile, n'avait pas à comporter les informations prévues au paragraphe 2 de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 qui ne sont communiquées à l'intéressé qu'en cas de nécessité. Par suite, ce moyen, qui est en tout état de cause inopérant dès lors qu'il concerne les conditions d'exécution de la mesure de transfert, doit être écarté.

15. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. Au cas particulier, il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui verse pour le démontrer une ordonnance du 28 février 2022 prescrivant une échographie du premier trimestre, est enceinte. La requérante se prévaut par ailleurs de la circonstance que son enfant à naître a été reconnu le 14 avril 2022 par un ressortissant ivoirien résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 19 octobre 2024, avec lequel la requérante allègue à l'audience être en concubinage. Cependant, la requérante n'établit aucunement, ni même n'allègue dans sa requête, avoir une communauté de vie avec celui-ci. Ainsi, il ne peut être considéré, par la seule production d'un acte de reconnaissance de paternité et en l'état du dossier, que la réalité et la stabilité d'une cellule familiale seraient démontrées, la relation ayant en tout état de cause un caractère très récent, et que, par suite, en décidant, dans les circonstances de l'espèce, de transférer Mme A en Italie, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision litigieuse n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit, par suite, être écarté.

17. En neuvième lieu, d'une part, aux termes du deuxième alinéa de l'article 3, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes du premier alinéa de l'article 17, paragraphe 1, de ce règlement : " () chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement ".

18. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

19. En l'espèce, Mme A, en se bornant à se prévaloir d'extraits d'article de presse relatifs à la situation des demandeurs d'asile en Italie et de considérations générales à ce sujet, ne démontre pas une méconnaissance par l'Italie de ces obligations. Par ailleurs, il ne résulte pas des circonstances développées au point 16 que la décision de transfert en litige serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation. En particulier, la requérante ne démontre pas, par les pièces versées au dossier, qu'elle serait atteinte d'une pathologie ou de complications de sa grossesse qui ne pourraient être prises en charge en Italie ou qui feraient obstacle à l'exécution de l'opération de transfert elle-même, et n'apporte pas la preuve de l'impossibilité de la poursuite du suivi de sa grossesse dans ce pays, ni l'incompatibilité de cette grossesse avec le voyage induit par le transfert. En prenant l'arrêté attaqué, le préfet n'a donc pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les dispositions précitées au point 17 invoquées par la requérante, en refusant d'examiner à titre dérogatoire une demande d'asile dont l'examen ne lui incombe en principe pas.

20. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

21. En l'espèce, la requérante ne démontre pas qu'en cas de retour en Italie, elle serait soumise à des traitements contraires aux stipulations précitées. Par ailleurs, la décision de transfert de Mme A aux autorités italiennes n'a ni pour objet ni pour effet de la contraindre à retourner dans son pays d'origine, mais seulement de la remettre aux autorités de l'Italie, pays responsable de l'examen de sa demande d'asile en application du 1. de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement se prévaloir des risques qu'elle serait susceptible d'encourir en cas de retour dans ce pays pour contester la décision litigieuse.

22. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées aux points 17 et 20 du présent jugement, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation commise, doivent être écartés.

23. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Pafundi et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

L. BLa greffière,

Signé

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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