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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207267

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207267

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207267
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt n° 21PA04790 du 1er avril 2022, la cour administrative d'appel de Paris, après avoir annulé l'ordonnance nos 2105414 et 2105416 du 23 juillet 2021 par laquelle le tribunal administratif de Montreuil a rejeté, sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, la requête de Mme E épouse B A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 23 mars 2021, a renvoyé au tribunal la requête présentée par Mme E épouse B A pour qu'il y soit statué.

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4 avril 2022, 31 mai et 27 septembre 2022, Mme D E épouse B A, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco algérien et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, au motif que ses moyens sont infondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 13 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique du 31 janvier 2023 :

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E épouse B A, ressortissante algérienne née en 1987, entrée en France le 26 février 2014 selon ses déclarations, a sollicité, le 17 décembre 2020, la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 23 mars 2021, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il comporte. En particulier, le préfet a bien pris en compte la présence sur le territoire français des deux enfants de l'intéressée nés en 2011 et en 2015, avant de considérer que la cellule familiale formée par la requérante, son époux, compatriote en situation irrégulière, et leurs deux enfants mineurs, pouvait être reconstituée en Algérie. Par suite, nonobstant l'absence de visa de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, l'arrêté litigieux est suffisamment motivé.

3. En deuxième lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu d'exposer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de la requérante. En l'espèce, la circonstance que l'arrêté attaqué ne mentionne pas le suivi de son fils aîné G médico psychologique de Villepinte n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme E épouse B A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : "Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale".

5. Si Mme E épouse B A établit vivre en France avec son époux, compatriote, il ressort des pièces du dossier que celui-ci est également en situation irrégulière sur le territoire français. Si l'intéressée se prévaut également de la présence de ses deux enfants, l'aîné né en Algérie en 2011, le second né en France en 2015, ainsi que de leur scolarisation en France, respectivement en classe de CM1 et de grande section de maternelle, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces derniers ne pourraient poursuivre leur scolarité en Algérie. Si la requérante fait également valoir que son fils aîné bénéficie d'un suivi auprès du Centre médico-psychologique de Villepinte depuis le mois de mai 2019 en raison de difficultés d'apprentissage et de troubles du comportement, et produit une attestation de la psychologue-clinicienne qui le suit, préconisant la poursuite du suivi psychologique de l'enfant pour " consolider ses acquis " et lui permettre de " s'épanouir pleinement ", il ne ressort pas des pièces du dossier que l'interruption de ce suivi entraînerait pour l'enfant des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni que l'enfant ne pourrait bénéficier d'un suivi adapté à ses difficultés en Algérie. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de Mme E épouse B A se reconstitue dans son pays d'origine, où peuvent l'accompagner son époux et ses enfants et où réside en outre sa fille née en 2006 d'une première union, ainsi qu'il ressort des mentions non contestées de l'arrêté litigieux. Enfin, la requérante ne se prévaut d'aucune insertion professionnelle ou sociale particulière sur le territoire français, de même que son époux. Dans ces conditions, nonobstant la durée de présence en France de Mme E épouse B A, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris, ni qu'il serait contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations citées au point 4 doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E épouse B A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 23 mars 2021. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E épouse B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E épouse B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

S. F

Le président,

C. Tukov La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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