jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2207342 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | NOMBRET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 5 mai et 10 octobre 2022, Mme C D, représentée par Me Nombret, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Nombret renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus du titre de séjour :
- il est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- il appartient au préfet de produire l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration afin de justifier de sa régularité ; il appartient au préfet de justifier que le médecin instructeur n'a pas siégé au sein du collège de médecins ;
- les signatures sur l'avis du collège des médecins sont illisibles et ne permettent pas de s'assurer de la participation effective des médecins à cette procédure ;
- il a été adopté en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des liberté fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de santé et quant à sa situation personnelle ;
- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de renvoi :
- il est illégal, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour sur laquelle il se fonde ;
- il méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Une pièce a été communiquée par l'administration le 16 novembre 2022.
Par une décision du 28 février 2022, Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante marocaine, née le 17 février 1977 à Oujda (Maroc), est entrée en France en juillet 2019 munie d'un visa C Schengen court séjour. Elle a sollicité le 11 mars 2021 la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 25 juin 2021, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état de l'avis émis le 28 mai 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dont il ressort que si l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sa prise en charge peut être réalisée au Maroc. Le préfet indique en outre que la requérante est célibataire et mère de deux enfants mineurs et qu'elle ne justifie pas en France d'une situation personnelle et familiale à laquelle serait portée une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet aurait entaché son arrêté de défaut d'examen complet de la situation de la requérante.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. L'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier () ". Et aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. () ".
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le médecin rapporteur, le docteur B, n'a pas siégé au sein du collège des médecins qui a rendu son avis à l'issue d'une délibération collégiale le 28 mai 2021.
6. D'autre part, il ressort de l'avis produit le 16 novembre 2022 que les docteurs Delprat-Chatton, Quilliot et Minani s'en sont appropriés le contenu en apposant leur signature sur ce document. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
7. En troisième lieu, il est constant que la requérante souffre de plusieurs pathologies sévères dont le défaut de prise en charge peut l'exposer à des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, pour justifier, contrairement à ce qu'a retenu le collège des médecins dans son avis mentionné ci-dessus, qu'elle ne pourrait pas bénéficier au Maroc d'un traitement approprié pour prendre en charge son état de santé, Mme D se borne à produire deux certificats médicaux des 7 juillet 2020 et 11 mai 2021 affirmant que son état de santé " nécessite une prise en charge médicale qui ne lui est pas accessible dans son pays d'origine " ou " qui n'est pas disponible dans son pays d'origine ". Ces seules indications, qui ne sont ni précises ni circonstanciées, sont insuffisantes pour venir contredire l'avis du collège des médecins sur lequel le préfet a fondé sa décision. Si la requérante produit également un courriel du laboratoire Biogaran pour justifier de l'absence de commercialisation de la spécialité Valsartan Biogaran 80 mg au Maroc, celui-ci indique toutefois que " s'agissant d'une spécialité générique, il est possible que cette spécialité soit mise à disposition par d'autres laboratoires pharmaceutiques " et ne peut donc être regardé comme établissant l'indisponibilité du traitement suivi par la requérante dans son pays d'origine. Par ailleurs, la requérante ne précise pas les indications de ce traitement et, par suite, les conséquences que pourrait avoir son interruption. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes raisons, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur des enfants doit être une considération primordiale ".
9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui ne résidait sur le territoire français que depuis deux ans à la date de la décision attaquée, ne justifie d'aucune insertion personnelle, familiale ou professionnelle en France. Par ailleurs, si ses enfants mineurs sont scolarisés en France, cette circonstance ne fait pas obstacle, compte tenu de leur âge et de la durée de cette scolarisation, à la reconstitution de la cellule familiale hors du territoire français. En outre, la requérante n'établit, ni même n'allègue, que son enfant majeur résiderait régulièrement sur le territoire français, y bénéficierait d'une intégration particulière ou serait en mesure de l'aider, notamment dans l'entretien et l'éducation de ses enfants mineurs. Enfin, si la requérante fait valoir que ses parents, qui résidaient au Maroc, sont décédés et qu'elle serait isolée en cas de retour dans son pays d'origine, elle ne justifie pas des soutiens dont elle bénéficie en France. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes raisons, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Il suit de là que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Nombret et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,
Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
Mme Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023,
La présidente-rapporteure,
K. Weidenfeld
La première assesseure,
I. Jasmin-Sverdlin
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026