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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207344

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207344

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207344
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBETTACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mai 2022, M. A B, représenté par Me Bettache, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 avril 2022 par lesquelles le préfet de la

Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- est entachée d'incompétence du signataire ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 3 de l'accord franco-marocain ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'une incompétence du signataire et d'une insuffisance de motivation ;

- est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2022, soit postérieurement à la clôture de de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Thobaty, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 3 avril 1975, qui bénéficiait d'une carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d'une ressortissante française, a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour, en sollicitant un changement de statut et en invoquant la qualité de salarié. Par un arrêté du 7 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Par cette requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur le moyen commun aux conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté n° 2021-1828 du 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté doit, dès lors, être écarté.

Sur les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

3. Le refus de titre de séjour, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 613-1 et 2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

4. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. () ". L'article 9 du même accord stipule que : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Aux termes de l'article R. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code ".

5. Aux termes de l'article R. 5221-15 du code du travail, dans sa version en vigueur à compter du 1er avril 2021 : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence ". Aux termes de l'article R 5221-17 de ce code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ".

6. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. B, le préfet de la

Seine-Saint-Denis s'est fondé sur l'absence de présentation d'un contrat de travail visé par l'administration compétente pour délivrer une autorisation de travail. Il est constant que l'intéressé n'a pas présenté cette autorisation exigée par l'accord franco-marocain. Il ressort des pièces du dossier que lors de sa présentation au guichet de la préfecture en mars 2022, en vue du renouvellement de son titre de séjour, l'intéressé a communiqué une demande d'autorisation de travail établie par son employeur, la société ANER. Cependant, dès lors que l'article R. 5221-15 du code du travail impose que les demandes d'autorisation de travail soient obligatoirement adressées par l'employeur au moyen d'un téléservice, le préfet n'était pas tenu d'instruire la demande d'autorisation de travail ainsi présentée sous la forme d'un formulaire papier. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait, sans commettre d'erreur de droit, rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour au motif qu'elle n'était pas accompagnée de la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, telle qu'exigée par l'article 3 de l'accord franco-marocain. A supposer que l'intéressé ait présenté à l'administration, en mars 2022, un avenant à son contrat de travail pour la période postérieure au 7 janvier 2022, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de l'absence de présentation d'un contrat valant autorisation de travail.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B, qui a été marié à une ressortissante française en 2018 mais dont il est séparé depuis 2021, se prévaut d'une présence en France depuis 2015, d'une activité salariée depuis le 9 juin 2021 et de la présence sur le territoire de plusieurs frères et sœurs. Cependant, il ne justifie ni de la durée de séjour dont il se prévaut, ni d'une intégration particulière en France et n'exerce une activité salariée que depuis juin 2021, alors qu'il a vécu dans son pays de nationalité jusqu'à l'âge de 40 ans. Dans ces conditions, en lui refusant un titre de séjour, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :() 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ;() ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

10. Dès lors que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée et que la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, mentionne l'article L. 611-1 de ce code, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée doit être écarté.

11. Le requérant n'établissant pas que le refus de délivrance d'un titre de séjour serait illégal, le moyen dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français et tiré de l'illégalité du refus de titre de séjour doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte ne peuvent qu'être rejetées. Les conclusions tendant à ce que les frais liés au litige soient mis à la charge de l'Etat doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Toutain, président,

- M. Thobaty, premier conseiller,

- M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. Thobaty

Le président,

Signé

E. Toutain

La greffière,

Signé

S. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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