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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207379

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207379

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207379
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantMAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 mai 2022, et des mémoires complémentaires, enregistrés le 23 juin 2022 et le 30 janvier 2023, M. B, représenté par Me Maillard, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 3 janvier 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le délai de départ volontaire à trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai ;

2°) d'annuler la décision implicite de refus de délivrance de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " révélée par la décision du 12 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a délivré un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 12 juillet 2022 au 11 juillet 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- en ce qui concerne les décisions du 3 janvier 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le délai de départ volontaire à trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai :

- s'agissant de cet arrêté pris en toutes ses dispositions : l'auteur de l'acte est incompétent à défaut de bénéficier d'une délégation de signature régulière ; l'arrêté pris en toutes ses dispositions est insuffisamment motivé et présente un défaut d'examen réel et sérieux ;

- s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour : elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est, à tort, cru placé en situation de compétence liée ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 de ce même code ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire : elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- s'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours : elle méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- s'agissant de la décision fixant le pays de destination : elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- en ce qui concerne la décision implicite de refus de délivrance de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " révélée par la décision du 12 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a délivré un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 12 juillet 2022 au 11 juillet 2023 : elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 de ce même code ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation, en raison de la décision, intervenue le même jour, de retrait de l'arrêté attaqué du 3 janvier 2022 et de la délivrance au requérant d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " valable jusqu'au 11 juillet 2023, et au rejet du surplus des conclusions de la requête, notamment celles fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 8 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Puechbroussou, rapporteur ;

- et les observations de Me Maillard, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant camerounais né le 26 janvier 2002 et entré en France en mars 2018, a sollicité, le 9 juillet 2021, son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a notamment refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le délai de départ volontaire à trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'exception de non-lieu soulevée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite de la demande dont il était saisi.

3. Par un arrêté du 9 juin 2022, postérieur à l'introduction de la requête, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, non pas simplement abrogé, mais purement et simplement retiré son arrêté litigieux du 3 janvier 2022 et a délivré à M. B un titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable du 12 juillet 2022 au 11 juillet 2023. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué du 3 janvier 2022 sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de refus de délivrance de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", révélée par de la décision du 12 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a délivré au requérant un titre de séjour portant la mention " étudiant " :

4. Si M. B présente, dans le dernier état de ses écritures, des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 12 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a délivré un titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable du 12 juillet 2022 au 11 juillet 2023, l'intéressé, qui soutient que cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle, doit être regardé, ce faisant, comme demandant l'annulation de la décision implicite de refus d'admission exceptionnelle au séjour, initialement sollicitée, que cette première révèle. Par suite, les conclusions présentées par le requérant à l'encontre de la décision de délivrance du titre " étudiant " doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son entrée sur le territoire français en février 2018, M. B, alors âgé de 16 ans, a été accueilli et pris en charge par sa sœur, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle et disposant de ressources matérielles suffisantes à cette fin. A la suite d'une évaluation au centre d'information et d'orientation d'Epinay-sur-Seine, l'intéressé a été scolarisé en classe de seconde professionnelle " technicien du froid et conditionnement de l'air " au titre de l'année scolaire 2019/2020, et a poursuivi dans cette même spécialité en classe de première, puis de terminale professionnelle les deux années suivantes, au titre desquelles il a obtenu d'excellents résultats scolaires, dont attestent les observations des équipes pédagogiques successives. Dans le cadre de cette formation, il a également suivi des stages de professionnalisation en entreprise, notamment au sein de la société " Waynes Energie ", qui a exprimé sa pleine satisfaction, et a, en conséquence, consenti au requérant une promesse de contrat d'apprentissage signée le 1er novembre 2021, avec date de prise d'effet au 1er juillet 2022. En outre, les pièces du dossier, notamment les nombreux bulletins, témoignages et rapports produits par le requérant, témoignent de son sérieux, de sa motivation, ainsi que des efforts accomplis pour réussir son intégration tant scolaire que sociale et professionnelle. Enfin, le requérant établit qu'une autre de ses sœurs séjourne régulièrement en France, soutient sans être contesté ne pas connaître son père et ne présente, de la sorte, que des liens ténus avec son pays d'origine. Ainsi, au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de le Seine-Saint-Denis, en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de M. B, doit être regardé comme ayant commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour révélée par la décision du 12 juillet 2022 par laquelle le préfet lui a délivré une carte de séjour portant la mention " étudiant ".

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de refus, le présent jugement implique nécessairement que soit délivrée à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à cette délivrance dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions du 3 janvier 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le délai de départ volontaire à trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné à l'issue de ce délai.

Article 2 : La décision implicite de refus de délivrance à M. B d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", révélée par la décision du 12 juillet 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a délivré un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 12 juillet 2022 au 11 juillet 2023, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. B, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Doyelle, premier conseiller,

M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023

Le rapporteur,

C. Puechbroussou

Le président,

E. Toutain

La greffière,

A. Diallo

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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