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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207392

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207392

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 5 et 24 mai 2022, la société Bouygues Telecom, représentée par Me Hamri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Denis s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux du 7 mars 2022 en vue de réaliser un pylône tube de 35 mètres de hauteur sur lequel seront disposées cinq antennes, et d'installer douze coffrets techniques, quatre boitiers techniques, et deux faisceaux hertziens, sur la parcelle cadastrée section BL 14, située avenue Romain Rolland ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Denis de procéder au réexamen de son dossier de déclaration préalable de travaux dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 1.1.2 de la première partie du règlement du PLUi est entaché d'une erreur de droit, dès lors, d'une part, que le pylône projeté ne constitue pas une construction au sens des dispositions du lexique du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Plaine Commune et que les règles du PLUi relatives à la hauteur maximale des constructions ne lui sont, par conséquent, pas applicables, et, d'autre part, que, si le pylône projeté devait être qualifié de construction au sens des dispositions du lexique du règlement du PLUi, il n'est pas susceptible d'aggraver la méconnaissance actuelle de la règle de hauteur maximale des constructions, dès lors que les travaux afférents sont étrangers à ces règles, dans la mesure où, pour les constructions destinées à des équipements d'intérêt collectif et services publics, il est possible de déroger à la règle de hauteur maximale en cas d'impossibilité technique ou liée au fonctionnement-même de la construction ;

- le motif tiré de la méconnaissance par le projet de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est entaché d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2022, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que l'acte attaqué a été signé par une autorité compétente, que le projet constitue une construction nouvelle qui, d'une part, non seulement, aggrave la méconnaissance actuelle de la règle de hauteur maximale des constructions en zone UVPs, mais, d'autre part, méconnait directement la règle maximale de hauteur des constructions en zone UVPs, que les dispositions de l'article 2.5.6 de la partie 2 du règlement du PLUi instituent la faculté, et non l'obligation d'autoriser la construction d'un équipement d'intérêt collectif par dérogation à la règle de hauteur maximale des constructions, et, enfin, que le pylône projeté ne s'insère pas de manière satisfaisante dans son environnement.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,

- et les observations de Me Baron, représentant la commune de Saint-Denis.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, la société Bouygues Telecom demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le maire de la commune de Saint-Denis s'est opposé à sa déclaration préalable de travaux déposée le 7 mars 2022 en vue de la réalisation d'un pylône tube de 35 mètres de hauteur sur lequel seront disposées 5 antennes, et de l'installation de douze coffrets techniques, quatre boitiers techniques, et deux faisceaux hertziens, sur la parcelle cadastrée section BL 14, située avenue Romain Rolland.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 1.1.2 de la première partie du règlement du PLUi de Plaine Commune portant définitions et dispositions générales applicable à toutes les zones : " Constructions existantes, changement de destination, extension, travaux / Travaux sur une construction existante / Lorsqu'une construction existante n'est pas conforme aux dispositions du règlement de la zone où elle se situe, l'autorisation d'exécuter des travaux ne peut être accordée que pour des travaux qui sont étrangers aux règles méconnues ou qui rendent la construction plus conforme à ces dernières. / Toutefois, le règlement de zone (Partie 2 du règlement) peut prévoir, pour les constructions existantes, des dispositions spécifiques ou alternatives qui se substituent à la règle générale ". Aux termes de l'article 2.5.3 : " Morphologie et implantation des constructions / () 2.5.3 Hauteur totale (Ht) des constructions / La hauteur totale des constructions se mesure en tout point de la construction non compris : / - les édicules techniques et dispositifs de production d'énergie renouvelable liés au fonctionnement de la construction, dès lors que leur hauteur n'excède pas 3 mètres et qu'ils sont situés en recul d'au moins 3 mètres par rapport aux nus des façades ; / - les paratonnerres ". Aux termes de l'article 2.5.6 : " Règles alternatives / Dès lors que le règlement de zone (Partie 2 du règlement) le prévoit, une hauteur différente de celle résultant de l'application du paragraphe 2.5.1 du règlement de zone peut être autorisée dans les situations et conditions suivantes : () / Pour les constructions destinées à des équipements d'intérêt collectifs et services publics, en cas d'impossibilité technique ou liée au fonctionnement de la construction, à l'exception de la sous-destination " autres équipements recevant du public ". Pour les constructions et installations liées au réseau public de transport d'électricité ".

3. Aux termes de l'article 2.5.1. de la deuxième partie du règlement du PLUi portant règlements des zones UMD, UM, UC, UH, UA, UE, UG, UVP, N, A : " 2.5.1 - Règle générale / La hauteur maximale des constructions (Hmax) est définie par une hauteur totale maximale. / Dans le secteur UVPs : / () La hauteur totale (Ht) des constructions est au plus égale à 20 mètres () ". Aux termes de l'article 2.5.3 : " Une hauteur différente de celle résultant de l'application du paragraphe 2.5.1 peut être autorisée en application des règles alternatives prévues au paragraphe 2.5.6 de la partie 1 du règlement ".

4. Le lexique de la partie 1 du règlement du PLUi définit les constructions comme : " () un ouvrage fixe, comportant ou non des fondations et générant un espace utilisable par une personne en sous-sol ou en surface ". Il définit la construction existante comme : " () une construction régulièrement édifiée, au sens de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme () ". Il précise que " La hauteur maximale (Hmax) des constructions peut être définie par : / () Une hauteur totale (Ht) : la hauteur totale d'une construction correspond à son point le plus haut, y compris sa toiture, hors exceptions listées au paragraphe 2.5.3 de la partie 1 du règlement () / Les modalités de mesure de la hauteur sont définies à la section 2.5 de la partie 1 du règlement ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en l'édification, sur une dalle bétonnée d'une surface de 3 m², d'un pylône tube d'une hauteur totale de 35 mètres, sur lequel seront disposées cinq antennes, ainsi qu'en l'installation de douze coffrets techniques, quatre boitiers techniques, et deux faisceaux hertziens. Le pylône projeté constitue ainsi un ouvrage fixe, mais ne génère aucun espace utilisable en sous-sol ou en surface par une personne physique. Il ne constitue par conséquent pas une construction au sens du lexique de la première partie du règlement du PLUi. Par suite, les dispositions des articles 1.1.2 et 2.5.1 du PLUi ne lui sont pas applicables, et la société requérante est fondée à soutenir que le maire de la commune de Saint-Denis a commis une erreur de droit.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le pylône projeté a vocation à s'implanter en zone UVPs, zone urbaine verte et paysagère, et au sein du parc sportif de Marville, en bordure d'une piste d'athlétisme. Si l'emprise du site est particulièrement dégagée et végétalisée, et si l'environnement bâti situé à proximité du projet est une zone pavillonnaire, d'une part, le pylône projeté sera situé à environ 140 mètres de cette dernière, et, d'autre part, il ressort des photographies du dossier de déclaration préalable, qui matérialisent l'état existant et l'état projeté du site, que le pylône, de teinte gris foncé, aura un aspect et une visibilité semblables à ceux du mât d'éclairage actuel, tant depuis l'espace public que depuis les constructions à usage d'habitation situées à proximité. Il s'ensuit que la société requérante est fondée à soutenir que le maire de Saint-Denis a entaché sa décision d'erreur d'appréciation en s'opposant à la déclaration préalable sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

8. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état du dossier, l'annulation de la décision attaquée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Bouygues Telecom est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Il y a lieu, conformément aux conclusions de la société requérante, d'enjoindre au maire de Saint-Denis de procéder au réexamen du dossier de déclaration préalable de travaux de la société Bouygues Telecom dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Bouygues Telecom, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Saint-Denis demande sur ce fondement. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société Bouygues Telecom et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 mars 2022 portant opposition à la déclaration préalable de travaux de la société Bouygues Telecom en date du 7 mars 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Denis de réexaminer le dossier de déclaration préalable de travaux de la société Bouygues Telecom dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Saint-Denis versera à la société Bouygues Telecom une somme de 2 000 (deux-mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête et les conclusions présentées par la commune de Saint-Denis sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetés.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Bouygues Telecom et à la commune de Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Katia Weidenfeld, présidente,

- Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Marjorie Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

M. B

La présidente,

K. Weidenfeld

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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