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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207451

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207451

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207451
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 5 mai 2022, le 8 juin 2022 et le 18 juillet 2022, Mme C A, représentée par Me Traoré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être renvoyée ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa progression, de son sérieux et de son assiduité dans ses études ainsi que du caractère accessoire de son activité professionnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard à son insertion professionnelle ;

- elle justifie des conditions pour une admission exceptionnelle au séjour ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante burkinabé, a sollicité le 14 janvier 2022 le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 31 mars 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur la légalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision en litige vise les articles 3 et 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la demande de Mme A. En outre, elle détaille la situation administrative, professionnelle et personnelle de l'intéressée. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Aux termes de l'article R. 422-7 de ce code : " La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue aux articles L. 422-1 ou L. 422-2 peut être retirée si l'étranger qui en est titulaire ne respecte pas la limite de 60 % de la durée de travail annuelle mentionnée à l'article L. 422-1. ".

4. Il résulte de ces dispositions que la seule activité professionnelle autorisée pour un ressortissant étranger titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " est une activité salariée exercée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle et que l'autorité administrative est en droit de refuser le renouvellement de son titre de séjour à un étudiant étranger au seul motif qu'en méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a exercé une activité non salariée.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A, alors qu'elle était titulaire d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", exerçait une activité de prestataire de services sous le statut de micro-entrepreneur. Il est constant que cette activité professionnelle ne relevait pas d'une activité salariée qui est seule autorisée par l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un ressortissant étranger titulaire d'une telle carte de séjour. Il s'ensuit que, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet des Hauts-de-Seine était fondé, pour ce seul motif et alors même que l'intéressée aurait satisfait aux conditions de ressources et de sérieux des études, à lui refuser le renouvellement de son titre de séjour.

5. En troisième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme A a sollicité un titre de séjour sur un autre fondement que celui de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme A ne peut utilement se prévaloir d'une admission exceptionnelle au séjour en vertu de l'article L. 435-1 de ce code.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que Mme A est arrivée en 2019 sur le territoire français dans le but d'y poursuivre ses études. Si elle se prévaut d'une relation avec un compatriote titulaire d'une carte de résident, elle n'en établit pas l'ancienneté ni même la réalité. En outre, si elle se prévaut de la situation sécuritaire et sanitaire dans la région du Burkina-Faso dont elle est originaire et où demeure l'ensemble de sa famille, elle ne justifie pas avoir présenté une demande d'asile pour un tel motif. Dans de telles conditions, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte des points précédents que l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme A ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, le moyen présenté à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte des points précédents que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, le moyen présenté à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Eu égard à la situation personnelle de Mme A telle que décrite au point 7, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, fixée pour une durée minimale d'un an, ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l'intéressée. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

L. B La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2207451

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