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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207527

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207527

mercredi 22 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre (J.U)
Avocat requérantVICTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 mai 2022 et des mémoires complémentaires des 23 mai 2022 et 17 février 2023, M. B A, représenté par Me Victor, demande au président du tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 6 mai 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de deux semaines à compter de la signification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation et de le munir d'une attestation provisoire de séjour dans l'attente, dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) En cas d'admission à l'aide juridictionnelle de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Victor renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte, d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur de fait quant à sa volonté de régulariser sa situation, de la méconnaissance du droit d'être entendu et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et les article L. 435-3, L. 423-22 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- la décision fixant le pays d'éloignement est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, et méconnaît, en l'absence de risque de fuite et de menace à l'ordre public, les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation dans la fixation de la durée à un an.

Par une décision du 6 décembre 2022, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Elodie Victor, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a communiqué une mémoire en défense le 23 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 mai 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. B A, ressortissant de nationalité égyptienne né le 5 janvier 2004, à quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par cette requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions en annulation :

2. L'étranger ne peut faire l'objet d'une mesure prescrivant à son égard une obligation de quitter le territoire français s'il entre dans une des catégories figurant à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.

3. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 423-22 de ce code : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a été pris en charge, avant ses 16 ans, par le service de l'aide sociale à l'enfance, justifie par la production de relevés de note et des appréciations littérales des années 2021/2022 et 2022/2023 du caractère réel et sérieux de sa formation suivie en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle " monteur installations thermiques " et a communiqué un avis favorable émanant de sa structure d'accueil, l'association Aurore. La nature des liens avec sa famille dans son pays de nationalité n'est pas documentée. Si le préfet invoque dans la décision attaquée une interpellation pour transport de stupéfiants avec port d'arme blanche, l'atteinte à l'ordre public résultant de ces faits est insuffisante pour caractériser une menace à l'ordre public de nature à remettre en cause l'éligibilité à un titre de plein droit. Dans ces conditions, l'intéressé doit être regardé comme étant dans la situation où la loi prévoit l'attribution d'un titre de plein droit et ne peut être éloigné.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation d'obligation de quitter le territoire français et par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi et de l'interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions en injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ". Aux termes de l'article L. 614-17 de ce code : " Si la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français dans le délai qui lui sera fixé par l'autorité administrative en application des articles L. 612-1 ou L. 612-2. Ce délai court à compter de sa notification ".

7. En vertu de ces dispositions, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de statuer à nouveau sur la situation de M. A dans un délai 2 mois et de lui délivrer pendant la phase d'instruction une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du procès

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, ou pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation.

9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.000 euros au titre des frais liés à l'instance, à verser à Me Victor en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Victor renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E

Article 1er : Les décisions du 6 mai 2022 par lesquelles le préfet de la

Seine-Saint-Denis a obligé M. A à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, lui a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. A, dans le délai de 2 mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Sous réserve que Me Victor renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Victor, avocat de M. A, une somme de 1.000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis .

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2023.

Le magistrat désigné,

G. CLe greffier,

S. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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