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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207682

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207682

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantPERDEREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2022, M. C B A, représenté par

Me Perdereau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous la même astreinte, et en tout état de cause de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'absence d'une demande d'autorisation de travail formulée par l'employeur ne fait pas obstacle à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- par voie d'exception, elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur la décision de refus de titre qui est entachée d'illégalité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de la

Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête de M. B A.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dupuy-Bardot,

- les observations de Me Perdereau représentant M. B A.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B A, ressortissant bangladais né le 14 juin 1980 à Dhaka, a obtenu, le 21 janvier 2016, un titre de séjour pour soins valable jusqu'au 20 janvier 2017 sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Il en a demandé le renouvellement à son expiration, puis a sollicité, le 6 novembre 2018, la délivrance d'une carte de séjour sur un autre fondement en se prévalant des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable. Lors de son rendez-vous à la préfecture de la

Seine-Saint-Denis le 13 mars 2019, l'agent qui l'a reçu a refusé d'enregistrer cette demande. Par un jugement du 23 novembre 2020, le tribunal a annulé la décision verbale de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour du 13 mars 2019 de M. B A, et enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer cette demande et de l'examiner dans un délai de trois mois. Par un arrêté du 6 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B A et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination. M. B A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision de refus de séjour, qui vise notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les éléments relatifs à la situation personnelle de M. B A, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la circonstance que le préfet se serait mépris sur la date à laquelle M. B A a pour la première sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par ailleurs, c'est sans commettre d'erreur de fait ou de défaut d'examen que le préfet, qui a examiné la situation de M. B A au regard des dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du CESEDA visés dans l'arrêté, a mentionné que M. B A avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ".

4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

6. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour de M. B A en qualité de salarié au seul motif qu'il n'était pas titulaire d'une autorisation de travail, sans examiner si la situation professionnelle de l'intéressé constituait un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu l'étendue de sa compétence, et, ce faisant, commis une erreur de droit.

7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. En l'espèce, le préfet, qui doit être regardé comme demandant sur ce point une substitution de motifs, fait valoir dans ses écritures en défense que le requérant ne justifie pas de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " dès lors qu'il ne démontre pas une intégration particulière en France et qu'il ne justifie ni d'une insertion professionnelle en France suffisante, stable et pérenne depuis son arrivée ni d'un diplôme relatif au métier qu'il exerce au sein de la société Sagana. Dès lors, la substitution de motifs demandée par le préfet n'ayant pas pour effet de priver M. B A d'une garantie, il y a lieu de faire droit à cette demande et d'écarter le moyen tiré par le requérant de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B A est célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas réellement avoir noué d'attaches personnelles sur le territoire français. S'il démontre travailler comme cuisiner dans le même restaurant depuis le 22 septembre 2017, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée, il ne justifie d'aucune qualification particulière pour cet emploi. La commission du titre de séjour a émis un avis défavorable à sa régularisation, au motif qu'il ne maîtrisait pas la langue française et ne justifiait d'aucune insertion sociale, appréciation que ne suffisent pas à remettre en cause les pièces versées au dossier par le requérant. Dans ces conditions, alors même que le requérant justifie de sa présence depuis plusieurs années sur le territoire français, en estimant que son admission au séjour ne répondait pas à des considérations humanitaires et qu'il ne justifiait d'aucun motif exceptionnel d'admission au séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, M. B A n'établissant pas que le refus de délivrance d'un titre de séjour serait illégal, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée et doit, en conséquence, être écartée.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été indiqué au point 9, et pour les mêmes motifs, que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

La rapporteure,

N. Dupuy-Bardot

Le président,

M. Romnicianu

La greffière,

D. Azlouk

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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