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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207686

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207686

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantDJEUMAIN BAGNI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête complétée de pièces, enregistrées les 10 et 23 mai 2022, M. C B, représenté par Me Djeumain Bagni, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous une astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit au regard de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Une ordonnance du 27 juin 2022 a fixé la clôture d'instruction au 25 juillet 2022 à 12h.

Un mémoire présenté par le requérant le 25 juillet 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Par une lettre du 9 décembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale en substituant les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 aux dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le requérant a présenté, le 15 décembre 2022, des observations au moyen relevé d'office qui n'ont pas été communiquées.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau de l'aide juridictionnelle du 28 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né en 1996, a sollicité le renouvellement d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 19 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour.

2. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 susvisée : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre État, doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de pré-inscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants. " Aux termes de l'article 13 de cette convention : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux États sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. "

3. Il ressort des stipulations précitées de l'article 13 de la convention franco-sénégalaise que l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur n'est pas applicable aux ressortissants sénégalais désireux de poursuivre leurs études en France, dont la situation est régie par l'article 9 de cet accord. Dès lors, l'arrêté litigieux du 19 avril 2021 ne pouvait pas être pris sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-7.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut, en première instance comme en appel, substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative.

5. En l'espèce, l'arrêté préfectoral contesté trouve son fondement légal dans les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 qui peuvent être substituées aux dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors, en premier lieu, que les stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise et les dispositions de l'article L. 313-7 sont équivalentes au regard des garanties qu'elles prévoient et, en deuxième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation notamment sur la réalité et le sérieux des études poursuivies pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes. Il y a donc lieu de procéder à cette substitution de base légale.

6. Si le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " au motif qu'il n'a présenté aucun acte de naissance justifiant la réalité de son état civil et qu'il n'a pas attesté d'une inscription au titre de l'année universitaire 2019/2020, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui a adressé ces pièces dans le cadre de son recours gracieux reçu le 18 mai 2021 à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, produit notamment un extrait du registre des actes de naissance de nature à justifier son identité et une attestation d'assiduité du directeur de l'Institut technique supérieur de management international du 7 septembre 2020 indiquant qu'il a suivi régulièrement l'enseignement dispensé au cours de cette deuxième année universitaire, ainsi qu'au surplus, des attestations de réussite y compris pour la troisième année universitaire. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché la décision attaquée d'une inexacte application des stipulations conventionnelles précitées.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 avril 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

8. Le présent jugement implique, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant dans un délai d'un mois à compter de la date de sa notification. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

9. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridique de mettre à la charge de l'État le versement à Me Djeumain Bagni de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En revanche, le requérant ne justifie d'aucun dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 19 avril 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Djeumain Bagni renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridique, l'État lui versera la somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Djeumain Bagni et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. TukovLa greffière,M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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