mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2207726 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BROCARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 11 mai et
29 septembre 2022, M. A D E D, représenté par Me Brocard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salariée " dans un délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate d'une somme de
1 500 euros HT en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour alors qu'il justifiait de plus de dix années de résidence habituelle en France ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet a refusé de prendre en compte les années de présence en France antérieures à la décision d'éloignement à laquelle il se serait soustraite ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'illégalité de la décision de refus de séjour prive ainsi de base légale les décisions d'obligation de quitter le territoire, de suppression du délai de départ volontaire et d'interdiction de retour ;
- la décision de refus de délai volontaire est fondé sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'il ne s'est pas soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement qui ne lui a pas été notifiée ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délai volontaire ;
- elle est insuffisamment motivée
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2022 du bureau de l'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Dupuy-Bardot a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant égyptien né le 18 avril 1975, déclare être entré en France en 2005 sous couvert d'un visa touristique délivré par les autorités italiennes.
Le 18 novembre 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du
15 février 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-0541 du 5 mars 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 6 mars 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. C B, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par suite, dès lors que la commune de Drancy, où réside
M. D, est située dans l'arrondissement du Raincy, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du second alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités d'application du présent article. ".
4. M. D, qui déclare être entré en France en 2005, se prévaut de sa résidence habituelle en France depuis plus de dix ans. Toutefois, pour l'année 2013, il ne verse au dossier de l'instance qu'une carte d'admission à l'aide médicale d'Etat délivrée au mois d'avril, un unique relevé bancaire du mois de janvier, des factures EDF établies à son nom et à celui d'une autre personne titulaire du contrat d'électricité, et un relevé de rechargement automatique de son titre de transport correspondant à l'ouverture de droits " Solidarité transport ". Ces pièces sont insuffisamment probantes et diversifiées pour démontrer sa résidence habituelle en France au cours de cette période, et, par suite, depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure, en l'absence de saisine régulière de la commission du titre de séjour, doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 ".
6. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 313-14, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
7. M. D se prévaut de la longue durée de sa présence en France et d'une promesse d'embauche pour un emploi de peintre sous contrat de travail à durée indéterminée. Cependant, célibataire et sans charge de famille, il ne justifie pas avoir noué en France des liens d'une particulière intensité, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Egypte où résident, selon les mentions non contestées de l'arrêté attaqué, son épouse et sa fille. En outre, il justifie d'aucune expérience professionnelle depuis son arrivée en France, et la promesse d'embauche dont il se prévaut ne saurait constituer un motif exceptionnel de nature à permettre sa régularisation au titre du travail. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché son arrêté d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que sa situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 313-14 précité.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Eu égard à la situation personnelle de M. D telle que décrite au point 7, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale, et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En cinquième lieu, si c'est à tort que le préfet a considéré que le requérant ne pouvait être regardé comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 31 janvier 2013, et ne pouvait donc pas se prévaloir de sa présence antérieure en France, cette erreur de droit est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit aux points 4 et 7, que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise.
11. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, soulevé à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne les décisions portant refus de délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français : () 3° S'il existe un risque que l'étranger se soustraie à cette obligation. Ce risque peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () d) Si l'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
14. Pour refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il existait un risque que celui-ci se soustraie à la mesure d'éloignement au seul motif qu'il s'était soustrait à une précédent mesure similaire. Le requérant soutient que la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 31 janvier 2013 ne lui a pas été notifiée. Si le préfet de la Seine-Saint-Denis indique dans l'arrêté que cette mesure a été notifiée le 21 février 2013, il ne produit cependant pas au dossier de l'instance la mesure d'éloignement et la preuve de sa notification, contestée par le requérant, de telle sorte qu'il n'établit pas que l'intéressé se serait volontairement soustrait à cette obligation de quitter le territoire. Il s'ensuit que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait, et que le préfet ne pouvait ainsi pas obliger le requérant à quitter le territoire français sans délai sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 15 février 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis refusant un délai de départ volontaire doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du même jour lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, prise sur son fondement.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
16. L'annulation de la décision de refus de délai de départ volontaire seulement que le préfet réexamine la situation du requérant afin de fixer un délai de départ volontaire approprié à sa situation. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, sans délai, de réexaminer la situation du requérant afin de fixer un délai de départ volontaire approprié à sa situation. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande du requérant présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 15 février 2021 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'accorder à M. D un délai de départ volontaire et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint sans délai au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. D afin de fixer un délai de départ volontaire approprié à sa situation.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D E D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Romnicianu, président,
Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
M. Khiat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.
La rapporteure,
N. Dupuy-Bardot
Le président,
M. Romnicianu
La greffière,
D. Azlouk
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026