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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207944

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207944

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207944
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantAKUESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, Mme B, représentée par Me Akuesson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.

La décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 1er juin 2022, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B.

Par ordonnance du 26 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Thobaty, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 15 janvier 2001, est entrée en France le 11 septembre 2019, sous couvert d'un visa long séjour " étudiant ", pour y suivre des études. Elle a sollicité, le 15 juillet 2020, le renouvellement de son titre de séjour. Par arrêté du 11 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français, dans le délai de trente jours. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de l'arrêté.

Sur le refus de titre de séjour :

2. L'arrêté portant refus de titre de séjour vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B et indique notamment que Mme B est entrée sur le territoire le 11 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour en qualité d'étudiant. Il indique également que M. B n'a pas complété son dossier malgré les demandes de pièces complémentaires adressées par courriel les 16 novembre 2020, 6 janvier 2021 et 1er décembre 2021 et que son dossier n'est donc pas conforme aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet ajoute que la requérante est célibataire et sans charge de famille et que l'intéressée n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où elle est effectivement réadmissible. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation l'arrêté attaqué et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ".

4. Pour refuser à Mme B le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que la requérante n'avait pas complété son dossier malgré les demandes de pièces complémentaires adressées par courriels les 16 novembre 2020, 6 janvier 2021 et 1er décembre 2021. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a répondu aux demandes de pièces complémentaires des services de la préfecture par courriel du 14 janvier 2021 et du 10 décembre 2021. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait effectivement transmis l'ensemble des documents demandés par les services de la préfecture, en, particulier l'attestation d'affiliation à la sécurité sociale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, en France depuis 2019, est célibataire et sans charge de famille. Le séjour sur le territoire en qualité d'étudiant ne confère aucune vocation à demeurer en France. Par ailleurs, la circonstance que la requérante aurait un frère en France ne saurait, à elle seule, faire regarder le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire. Dans ces conditions, en lui refusant un titre de séjour, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

7. Il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que la décision portant refus de séjour serait illégale. Dès lors, la requérante ne peut se fonder sur son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés à l'occasion de l'examen du refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.

Sur la décision accordant un départ volontaire de trente jours :

9. Aux termes du II de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".

10. Dès lors que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de droit commun prévu par les dispositions précitées, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou justifie d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire une telle prolongation. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B ait demandé au préfet de la Seine-Saint-Denis à bénéficier d'une prolongation du délai accordé pour exécuter volontairement l'obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, la requérante ne justifie pas d'éléments sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire cette prolongation. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte ne peuvent qu'être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce que les frais liés au litige soient mis à la charge de l'Etat doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Thobaty, premier conseiller,

M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe 22 juin 2023.

Le rapporteur,

G. Thobaty

Le président,

E. Toutain

La greffière,

S. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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