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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207945

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207945

lundi 25 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOAMAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 mai 2022, M. B A, représenté par Me Boamah demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1.500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;

- elles sont entachées d'erreur de droit ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent enfin les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens sont infondés.

Par ordonnance du 1er juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gosselin, président-rapporteur,

- les observations de Me Boamah.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 8 janvier 1991 à Dakar (Sénégal), a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour temporaire mention " étudiant " ou pour raisons de santé le 17 septembre 2020. Par un arrêté du 31 mars 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué rejette la demande de M. A au motif que sa situation tant personnelle que professionnelle ne permet pas son admission au séjour. Le préfet indique que le requérant est entré sur le territoire français le 14 octobre 2018 sous couvert d'un visa de long séjour. La décision mentionne que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que le traitement approprié existe dans le pays dont il est originaire. En outre, la décision indique que le requérant est célibataire et sans charge de famille. Enfin, le préfet indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Si M. A soutient que le préfet a commis un défaut d'examen en ne mentionnant pas sa situation de concubinage et son insertion professionnelle, il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle M. A a déposé sa demande de titre de séjour, il n'était pas en situation de concubinage ni titulaire d'un contrat de travail, l'absence de ces éléments n'étant pas sans incidence sur l'examen de sa situation en raison du caractère récent de sa relation et de son contrat de travail. Il en résulte que le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté doit être écarté, de même que celui tiré du défaut d'examen sérieux.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a procédé à un examen d'ensemble de la situation du requérant, se serait cru en compétence liée par l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 décembre 2021. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du 11° de l'article L. 313-11, désormais repris à l'article L. 425-9, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : " A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

5. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de titre de séjour en se fondant notamment sur l'avis de l'Office français de l'immigration et d'intégration en date du 30 décembre 2021, au motif que s'il pourrait résulter d'un défaut de prise en charge de l'état de santé de M. A des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Si M. A, qui souffre d'un virus immunodéficience Humaine, produit différents certificats et ordonnances médicales, ces derniers sont dénués de toutes précisions sur sa nécessaire prise en charge en France et l'indisponibilité du traitement dans son pays d'origine, qui ne saurait être déduite de la seule absence de certaines spécialités prescrites à M. A d'une liste des médicaments essentiels au Sénégal. Il en résulte que le moyen tiré d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et d'intégration a estimé dans son avis en date du 30 décembre 2021 que si l'état de santé de M. A nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si l'intéressé, qui souffre d'un virus de l'immunodéficience humaine, pour lequel il bénéficie d'un suivi médical, fait état des faiblesses du système sanitaire au Sénégal et la difficulté d'accès aux soins, il n'apporte toutefois pas d'élément suffisant de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège des médecins puis par le préfet sur l'existence d'un traitement approprié et sa disponibilité dans des conditions effectives dans son pays d'origine. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas à rechercher si les soins dans le pays d'origine étaient équivalents à ceux offerts en France, n'a pas méconnu les dispositions précitées en rejetant la demande de renouvellement de titre de séjour de l'intéressé et en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français. D'autre part, si M. A fait état des craintes pour sa vie en cas de retour au Sénégal, il n'apporte toutefois aucun élément précis et circonstanciés sur la nature des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas à rechercher si les soins dans le pays d'origine étaient équivalents à ceux offerts en France, n'a pas méconnu les dispositions précitées en rejetant la demande de renouvellement de titre de séjour de l'intéressé et en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. A soutient résider en France de manière habituelle depuis le 14 octobre 2018, et se prévaut de sa situation personnelle et familiale en ce qu'il entretiendrait une relation avec un ressortissant français, avec lequel il vit depuis juillet 2021, cette situation de concubinage relativement récente ne saurait permettre à elle seule la régularisation de son séjour. S'il se prévaut de son insertion professionnelle, notamment d'un contrat à durée déterminée à temps complet du 27 septembre 2021 au 26 mai 2022, avec la société Label Emmaüs, le caractère récent de cette insertion professionnelle ne permet pas d'établir que la décision attaquée a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée. Ainsi et au regard de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées ont porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, et celles-ci sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation à ce titre.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné. Ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance seront en outre rejetées, par voie de conséquence du rejet des conclusions principales de la requête.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Gosselin, président,

- M. Robbe, premier conseiller,

- M. Iss, premier conseiller.

Lu en audience publique le 25 juillet 2022.

Le président-rapporteur,

L'assesseur le plus ancien,

Signé

C. GosselinJ. Robbe Le greffier,

St. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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