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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2207949

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2207949

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2207949
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantMONTOYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 12 mai et 28 juin 2022, M. B D, représenté par Me Montoya, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, " salarié ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et, à titre subsidiaire, de procéder, dans le même délai et sous la même astreinte, au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée de vices de procédure, dès lors que, d'une part, la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, en méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, qu'il n'a pas été convoqué par les services préfectoraux, en méconnaissance de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, préalablement à son édiction ;

- méconnait les dispositions de l'article R. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est marié avec une ressortissante française depuis le 19 mars 2016, qu'ils ont rencontré des difficultés de couple temporaires ne remettant pas en cause leur communauté de vie et qu'ils recherchent activement un logement pour poursuivre leur vie commune ;

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait dû examiner sa demande de renouvellement de titre de séjour sur le fondement d'autres dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de son activité professionnelle, qu'il exerce en vertu d'un contrat à durée indéterminée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il vit en France depuis 2016, qu'il est inséré professionnellement et qu'il a déposé, au mois d'août 2021, un dossier de demande de naturalisation.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure ;

- les observations de Me Montoya, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, ressortissant sénégalais né le 12 juillet 1993 à Guinaw Rails, a épousé, le 19 mars 2016, une ressortissante française. Il a sollicité, le 17 décembre 2021, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 13 avril 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être renvoyé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1835 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme F E, directrice des étrangers et des naturalisations, à l'effet de signer, notamment, les décisions de la nature de celles qui sont attaquées. Par un arrêté n° 2022-0167 du 24 janvier 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 27 janvier 2022, le préfet a consenti cette même délégation à Mme H G, cheffe du pôle des refus de séjour et des interventions, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E. Par suite, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "salarié détaché ICT", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention "recherche d'emploi ou création d'entreprise", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens () ".

4. Si, pour vérifier que l'étranger titulaire d'un titre de séjour pluriannuel qui lui a été délivré en sa qualité de conjoint de français continue d'en remplir les conditions de délivrance, le préfet peut procéder à toutes vérifications utiles, et, notamment le convoquer à un ou plusieurs entretiens, il n'y est, en revanche, pas tenu. En outre, M. D a lui-même indiqué, lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour, le 17 décembre 2021, que lui et son épouse étaient en cours de séparation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, si M. D invoque la méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces dispositions n'y figurent pas. Par suite, le moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-3 du même code : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ".

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que le refus de renouvellement du titre de séjour de M. D est fondé, en application des articles L. 423-1 et L. 423-3 précités, sur la circonstance qu'il a indiqué, lors de sa demande de renouvellement de titre de séjour, le 17 décembre 2021, que lui et son épouse étaient en cours de séparation et qu'il ne justifiait donc plus d'une communauté de vie avec cette dernière. Il ressort des pièces produites par le requérant que si trois bulletins de salaires édités en 2017 ainsi que les avis d'imposition au titre des années 2017 à 2020 ont été adressés à une adresse postale commune aux époux située à Grigny, il apparait également que M. D est hébergé chez un proche, à Bobigny, depuis le mois de février 2020, tandis que sa conjointe atteste vivre chez sa mère à une adresse située à Grigny. Si M. D se prévaut de difficultés conjugales ayant entrainé une séparation temporaire du couple, de leurs difficultés à trouver un logement en raison de leur situation financière, et de recherches actives et actuelles d'un logement pour reprendre leur vie commune, il ne produit toutefois aucun document en attestant, ni aucun autre élément permettant d'établir une communauté de vie avec son épouse. Dans ces conditions, la seule attestation de sa conjointe affirmant leur vie commune, établie postérieurement à la décision attaquée, et, au demeurant, laconique et non circonstanciée, n'est pas suffisante pour justifier d'une vie commune, quand bien même aucune procédure de divorce n'a été engagée entre les époux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En cinquième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué ni d'aucune pièce versée au dossier que M. D aurait présenté sa demande de renouvellement de titre de séjour en se prévalant d'autres dispositions que celles de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne peut, dès lors, utilement soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait dû renouveler son titre de séjour au titre de son activité salariée.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Ainsi qu'il a été dit au point 7, M. D n'établit pas la communauté de vie avec son épouse. En outre, il est sans enfant et ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire français, dès lors que, s'il y résidait depuis 2016, soit près de six ans à la date de la décision attaquée, il n'établit avoir travaillé que douze mois entre le mois de mars 2016 et le mois d'avril 2022, de sorte que cette seule circonstance ne peut être regardée comme de nature à justifier d'une vie privée et familiale en France telle que la décision attaquée y porterait une atteinte disproportionnée aux objectifs poursuivis. En outre, M. D ne peut utilement se prévaloir de la circonstance qu'il a déposé, le 21 août 2021, un dossier de demande de naturalisation. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-13 ".

12. Comme il a été dit aux points 7 et 10, M. D ne justifiait pas d'une communauté de vie avec son épouse et ne remplissait donc pas effectivement, à la date de la décision attaquée, les conditions de renouvellement de son titre de séjour au titre des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile, en qualité de conjoint de français. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour préalablement à l'édiction de la décision attaquée, et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de M. D, qui ne comportent pas d'élément supplémentaire au regard de ce qui a été développé au soutien des conclusions dirigées contre la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour, doivent être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

M. C

La présidente,

K. Weidenfeld

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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