mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2207969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | CHARLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 mai et 18 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Charles, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors notamment que le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " ;
- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors que l'avis des médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été pris à l'issue d'une délibération ;
- il est entaché d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'a pas été précédé d'une décision relative à la demande d'autorisation de travail ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, au motif que ses moyens sont infondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 5 octobre 2022.
Vu le mémoire complémentaire enregistré le 2 mars 2023, produit par Mme B, produit postérieurement à la clôture de l'instruction et non communiqué au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mars 2023 :
- le rapport de Mme D ;
- les observations de Me Charles, représentant la requérante.
Une note en délibéré, présentée par Mme B a été enregistrée le 9 mars 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante albanaise née en 1993, entrée en France en 2017, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire d'un an en qualité d'étranger malade valable jusqu'au 21 juillet 2019. Le renouvellement de cette carte lui a été refusé par un arrêté du préfet de police du 4 juin 2020. Par un jugement du 26 janvier 2021, le tribunal administratif de Paris a annulé cet arrêté dans la mesure où l'état de grossesse de l'intéressée n'avait pas été pris en compte par le préfet et a enjoint à l'administration de réexaminer la situation de Mme B. Dans le cadre de ce réexamen, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour " étranger malade ou travail ". Par un arrêté du 11 avril 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".
3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre de bêtathalassémie homozygote, infection grave du sang, comportant des complications, qui nécessite une transfusion par mois et la prise quotidienne d'un traitement (Exjade 360 mg) ainsi qu'un suivi régulier en médecine interne, en hématologie, en endocrinologie et en rhumatologie. Pour refuser le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur l'avis du 2 décembre 2021 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel a estimé que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays, alors que le précédent collège avait émis un avis en sens contraire ayant justifié la délivrance d'un titre de séjour à Mme B et qu'il ne ressort pas des pièce du dossier que l'état de santé de la requérante aurait évolué depuis lors. Mme B conteste la teneur de l'avis du 2 décembre 2021 et soutient que le traitement adapté à son état de santé n'est pas disponible en Albanie. Elle produit à l'appui de ses allégations le certificat médical daté du 17 octobre 2021 établi par le médecin spécialisé en médecine interne qui la suit à l'hôpital Tenon, transmis à l'Office français de l'immigration et de l'intégration à l'appui de sa demande de titre, qui mentionne l'indisponibilité des soins dont elle a besoin dans le pays dont elle est originaire, ainsi qu'un courriel du laboratoire Novartis, daté du 23 juin 2022, qui indique que le médicament Exjade 360 mg n'est pas commercialisé en Albanie. Le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui se borne à produire en appel l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 2 décembre 2021, n'apporte en défense aucun élément de nature à remettre en cause les éléments produits par la requérante et à justifier de la disponibilité, désormais, des soins appropriés à l'état de santé de Mme B en Albanie. La requérante est dès lors fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis, en refusant de renouveler son titre de séjour, a entaché sa décision d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme B réside en France depuis 2017, qu'elle vit en concubinage depuis le mois d'octobre 2019 avec un compatriote titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle avec lequel elle établit entretenir une relation depuis au moins le mois d'avril 2019 et avec lequel elle a eu un enfant le 17 décembre 2020. Mme B justifie en outre avoir travaillé en qualité d'agent d'accueil pour l'armée du salut française entre le janvier 2019 et février 2020 et dispose à la date de la décision attaquée d'un contrat à durée déterminée conclu pour la période du 1er avril 2022 au 31 janvier 2023 en qualité d'agent de régulation à la RATP. Elle démontre également avoir acquis un niveau B1 de langue française par la production d'une attestation du centre international d'études pédagogiques du 13 février 2018. Dans ces circonstances, compte tenu des conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressée, de l'intensité de ses attaches familiales sur le territoire français et de ses efforts d'intégration sociale et professionnelle, le refus de titre de séjour est également entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2022.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à Mme B un titre de séjour. Il y a lieu de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés à l'instance par Mme B, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 11 avril 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme B un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tukov, président,
Mme Van Maele, première conseillère,
Mme Nguër, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
La rapporteure,
S. D
Le président,
C. Tukov La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026