vendredi 1 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2208201 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
A une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 18 et 31 mai 2022, M. D, représenté A Me de Sèze, demande au juge des référés :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision du 6 mai 2022 A laquelle le directeur de l'unité territoriale de Seine-Saint-Denis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, avec effet à compter de la date à laquelle le bénéfice de ces conditions lui a été supprimé, sous astreinte de 50 euros A jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1911.
M. D soutient que :
En ce qui concerne l'urgence :
- en l'absence de bénéfice des conditions matérielles d'accueil, la condition relative à l'urgence est présumée remplie, alors même que l'intéressé ne présenterait pas une vulnérabilité impliquant des besoins particuliers au sens de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision querellée :
- la décision contestée n'est pas motivée, est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas, au préalable, été informé de l'intention de l'OFII de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait depuis le 26 janvier 2022 et qu'il n'a pas fait l'objet d'une évaluation de sa vulnérabilité, en l'espèce psychique, alors surtout que le questionnaire fixé A arrêté ne permet en aucune façon d'apprécier la vulnérabilité d'un demandeur d'asile au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision est entachée d'illégalité interne dès lors que le fait de revenir en France afin d'y solliciter l'asile après avoir fait l'objet d'un transfert auprès des autorités compétentes d'un autre Etat membre n'est pas au nombre des motifs énumérés à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel il peut être mis fin aux conditions matérielles d'accueil, d'autant qu'il soutient qu'il n'a pas pu déposer sa demande d'asile auprès de l'Etat responsable dont les autorités ont édicté à son encontre une mesure d'éloignement;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation faute de modulation de la sanction.
A un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- la requête n°2208202 A laquelle M. D demande l'annulation pour excès de pouvoir de la décision de l'unité territoriale de l'OFII en date du 6 mai 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu :
- la décision A laquelle le président du tribunal a désigné M. Auvray, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Après avoir entendu, lors de l'audience publique du 1er juillet 2022 à 10h30 :
- le rapport de M. C ;
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit A le président du bureau ou de la section compétente, soit A la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () "; l'article L. 522-1 de ce code dispose que : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".
Quant à l'urgence :
3. Il est constant que M. D, ressortissant soudanais né le 20 décembre 1995, a effectivement été transféré le 11 février 2021 vers le Portugal, Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile, et que l'intéressé est de son propre chef revenu en France, où il a de nouveau sollicité l'asile en se présentant le 26 janvier 2022 à la préfecture de la Seine-Saint-Denis qui lui a, le même jour, délivré une attestation de demande d'asile en procédure " Dublin ". A la décision attaquée du 6 mai 2022, le directeur de l'unité territoriale de l'OFII a mis totalement fin aux conditions matérielles d'accueil qui avaient été accordées à M. D A une décision de l'Office en date du 26 janvier 2022.
4. Pour justifier qu'est remplie la condition d'urgence, M. D soutient, sans être utilement contredit, qu'il ne dispose plus d'aucune ressource, qu'il ne bénéfice d'aucun hébergement et doit recourir à l'aide d'associations pour se nourrir et se vêtir.
5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie, alors même que l'OFII relève en défense que M. D a lui-même créé la situation dont il se plaint en revenant en France et qu'il ne présente pas une situation de vulnérabilité.
Quant au doute sérieux concernant la légalité de la décision :
6. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".
7. Pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. D, l'OFII s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé s'est intentionnellement soustrait aux exigences des autorités chargées de l'asile au motif qu'il est revenu en France afin d'y solliciter derechef l'asile, après avoir pourtant, dans le respect du règlement n° 604/2013, fait l'objet d'un transfert au Portugal, Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile.
8. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce qu'un tel motif n'est pas au nombre de ceux qui sont prévus à l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour fonder une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil, alors surtout qu'il ressort des pièces versées aux débats qu'après être revenu en France, M. D s'est vu remettre une attestation de demande d'asile en procédure " Dublin " A la préfecture de la Seine-Saint-Denis et que le même jour, la direction territoriale de l'OFII lui a accordé les conditions matérielles d'accueil, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée qui met fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
9. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision contestée prise le 6 mai 2022 A le directeur de l'unité territoriale de l'OFII.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. La présente ordonnance implique d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. D dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans effet rétroactif dès lors que le juge des référés ne peut prononcer que la suspension de l'exécution de la décision litigieuse. En outre, il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une quelconque astreinte.
Sur les frais de procès :
11. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. A suite, son avocat, Me de Sèze, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me de Sèze de la somme de 800 euros en application de ces dispositions, sous réserve que le bureau d'aide juridictionnelle attribue effectivement l'aide juridictionnelle à M. D et que Me de Sèze renonce à percevoir la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. D A le bureau d'aide juridictionnelle, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera directement à M. D cette somme de 800 euros.
ORDONNE :
Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du 6 mai 2022 A laquelle le directeur de l'unité territoriale de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil accordées à M. D est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond n° 2208202.
Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII de rétablir les conditions matérielles d'accueil au bénéfice de M. D dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans effet rétroactif.
Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 800 (huit cents) euros à Me de Sèze en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve de l'admission définitive de M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me de Sèze à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle. Dans le cas où cette dernière ne serait pas accordée à M. D A le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 800 (huit cents) euros sera versée A l'Office français de l'immigration et de l'intégration directement à M. D.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Fait à Montreuil, le 1er juillet 2022.
Le juge des référés,
Signé
B. C
La greffière,
Signé
C. Yen Pon
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2208201
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026