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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208385

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208385

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208385
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantMIKEB SAAD KUTEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 mai et 3 novembre 2022, M. D, représenté par Me Biaou, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans le délai d'un mois, sous la même astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision fixant le pays de destination porte une atteinte grave à sa situation personnelle et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 22 novembre 2022.

Sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été demandées au requérant, le 23 janvier 2023, pour compléter l'instruction. Le requérant a présenté des pièces le 6 février 2023, qui ont été communiquées au préfet de la Seine-Saint-Denis.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique du 14 février 2023.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant colombien né en 2001, est entré en France le 26 novembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention étudiant valable du 20 octobre 2019 au 20 octobre 2020. Le 27 octobre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 20 mai 2021, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant de rechercher, à partir de l'ensemble du dossier, si le demandeur peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études.

3. Pour rejeter la demande de titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que M. D n'a " produit ni relevé de notes, ni attestation de scolarité pour l'année 2019/2020 () ; qu'il a annexé une inscription auprès de Campus langue au titre de l'année 2020/2021 " et en a déduit que " son dossier n'est donc pas conforme aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ".

4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D était inscrit, au titre de l'année 2019-2020, à l'institut privé campus langue pour une durée d'un an comprise entre le 6 janvier 2020 et le 6 janvier 2021, au titre d'une formation en langue française comportant vingt-heures de cours hebdomadaires, pour laquelle il produit un bulletin de notes faisant apparaître des notes largement supérieures à la moyenne, et qu'il est inscrit à la date de la décision attaquée, au titre de l'année 2020-2021, dans un diplôme universitaire de langue française (DULF) à l'université Paris-Est Créteil comprenant 20 heures de cours par semaine pendant vingt-huit semaine, soit 520 heures de cours sur l'année, qu'il suit avec sérieux et assiduité selon les termes de l'attestation de la directrice du département d'enseignement de la langue, de la culture et des institutions françaises aux étrangers de l'université. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant dispose d'un contrat à durée indéterminée en tant qu'ouvrier polyvalent dans la restauration signé le 27 janvier 2020, dont il justifie de l'exécution toujours en cours à la date de la décision attaquée, lui procurant, grâce à un salaire mensuel net de 706 euros, des moyens d'existence suffisants. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une inexacte application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 mai 2021.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de M. D. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce réexamen, de délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à M. D, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement au bénéfice de Me Biaou, avocat de M. D, d'une somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance, sous réserve que Me Biaou renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 mai 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de M. D dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'attente de sa décision, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Me Biaou, avocat de M. D, une somme de 1 000 euros dans les conditions mentionnées au point 7.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Biaou et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Thébaut, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

S. B

Le président,

C. Tukov La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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