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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208433

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208433

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208433
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantDOS SANTOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrés les 23 mai et 19 juillet 2022, M. D A, représenté par Me Dos Santos, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la légalité de la décision de refus d'admission au séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Ghazi, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant malien né le 1er janvier 1983, est entré en France le 1er janvier 2015. Le 15 avril 2021, l'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 30 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. A sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité de la décision portant refus d'admission au séjour :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision refusant son admission au séjour comporte les considérations de fait et de droit qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

4. En présence d'une demande de régularisation déposée, sur le fondement de ces dispositions, par un étranger dont la présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

5. En l'espèce, d'une part, M. A soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur de droit en s'abstenant d'examiner sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Il allègue à cet égard que le préfet s'est notamment abstenu d'apprécier son expérience et sa qualification. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A se prévaut d'avoir exercé une activité professionnelle sous une identité usurpée, à savoir celle de M. B C. Or, il ressort de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande d'admission au séjour au titre du travail présentée par M. A au motif qu'il a estimé que l'intéressé n'établissait pas détenir d'expérience professionnelle dès lors qu'il ne justifiait pas de manière probante de la concordance entre ces deux identités. Par suite, le préfet n'était pas tenu d'apprécier la qualification, l'expérience et les diplômes éventuellement détenus par M. A. Le moyen tiré d'une erreur de droit doit donc être écarté.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et n'est pas contesté par le préfet au sein de la décision attaquée, que M. A réside habituellement sur le territoire français depuis près de sept années à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il est établi par les pièces du dossier qu'une personne a exercé les fonctions de manœuvre pour le compte de la société Carelec Interim du 26 février 2018 au 29 avril 2021 sous l'identité de M. B C. Contrairement à ce que soutient le préfet de la Seine-Saint-Denis dans la décision attaquée, il ressort des attestations de concordance établie par ladite société le 14 avril 2021 et le 14 décembre 2021 qu'il existe une concordance d'identité entre M. C et M. A. Par ailleurs, ladite société a présenté une demande d'autorisation de travail pour un emploi de manœuvre au profit de M. A, circonstance de nature à accréditer la concordance d'identité. Toutefois, le requérant ne peut ainsi se prévaloir que d'une activité professionnelle d'une durée de trois années. Par ailleurs, il ne justifie ni de détenir des attaches sur le sol français ni d'une quelconque insertion dans la société française. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission au séjour de M. A.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme infondé.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. En l'espèce, M. A soutient avoir fixé le centre de ses intérêts privés et professionnels en France sans établir détenir d'attaches sur le sol français. Or, ces éléments sont insuffisants à établir que la présente décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale. Le moyen doit donc être écarté comme manquant en fait.

11. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du

30 novembre 2021. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Dos Santos et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Ghazi, première conseillère,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le président,La première conseillère,J-C. TruilhéA. GhaziLa greffière,

A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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