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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208438

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208438

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208438
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantVICTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai 2022 à 9h52 et 21 juin 2022, M. B, représenté par Me A, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de

24 mois ;

3°) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se prononce sur le recours introduit le 17 septembre 2021 ;

4°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation provisoire de séjour, dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement ;

5°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le traitement automatisé de données du système d'information Schengen ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle ou, dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat la somme de

1500 euros HT à son profit sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- qu'il souhaite rester sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile se prononce sur le recours introduit le 17 septembre 2021 contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- qu'il a des craintes de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et comporte d'importantes omissions relatives à sa situation administrative ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- sauf si la décision de rejet de l'OFPRA du 28 juillet 2021 est une décision d'irrecevabilité, les articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvrent un droit au maintien sur le territoire jusqu'à la décision de la CNDA, devant laquelle son recours est toujours pendant ;

- elle contrevient à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

-elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, en l'absence de prise en compte des circonstances humanitaires, de l'ancienneté des liens en France et de l'absence de menace à l'ordre public.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me A, pour M. B, présent, qui reprend les conclusions et moyens des écritures, en faisant notamment valoir : - que l'obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne fait pas état de son entrée en France en tant que mineur, de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, de ses études en lycée professionnel pendant deux ans et en ce qu'elle relève par erreur l'existence d'une obligation de quitter le territoire qui a pourtant été annulée par le tribunal administratif de Paris ; - que l'erreur manifeste d'appréciation est constituée, en ce que le préfet ne pouvait se fonder sur la décision d'irrecevabilité de sa demande de réexamen prise par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en ce que la prise de Kaboul par les talibans, qui est postérieure, est un élément nouveau, et que ses craintes sont fondées, en raison de son occidentalisation et de son isolement dans son pays d'origine ; - que le refus de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français ne pouvaient légalement se fonder sur une obligation de quitter le territoire antérieure annulée par le tribunal administratif de Paris.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, régulièrement convoqué, n'est ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré, enregistrée le 24 juin 2022, a été présentée par M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties présentes ont formulé leurs observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant afghan né le 1er janvier 2000 à Kunduz (Afghanistan), a présenté une demande d'asile rejetée par une décision du 19 septembre 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis par une décision du 5 janvier 2021 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, rejetée par l'OFPRA le 28 juillet 2021. Par un arrêté du 22 mai 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet s'est notamment fondé sur la circonstance que ce dernier ne pouvait justifier d'une entrée régulière en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B, né le 1er janvier 2000, est entré en France alors qu'il était mineur. Dès lors, sa situation ne nécessitait alors pas qu'il détienne un titre de séjour. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance de placement provisoire du 17 juin 2016 puis par un jugement en assistance éducative du 17 mars 2017. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a été scolarisé en France au collège puis en lycée professionnel entre 2016 et 2018. Enfin, les décisions portant refus de délai de départ volontaire et d'interdiction de retour sur le territoire sont notamment fondées sur la circonstance que l'intéressé est connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de maintien irrégulier sur le territoire français, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le tribunal administratif de Paris a, par un jugement du

24 mars 2021, annulé une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet de police à l'encontre du requérant. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, qui ne prend en considération aucun de ces éléments, est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la mesure d'éloignement, que l'arrêté du

22 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays à destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois à l'encontre de ce dernier doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. D'une part, la présente décision implique nécessairement que M. B soit autorisé provisoirement à séjourner en France, jusqu'à ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis ait à nouveau statué sur sa demande. Par conséquent, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

7. D'autre part, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B aux fins de non-admission dans le traitement automatisé de données du système d'information Schengen.

Sur les frais liés au litige :

8. Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me A, avocate de M. B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 22 mai 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toutes mesures propres à mettre fin au signalement de M. B dans le fichier Système d'information Schengen.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me A, avocate de M. B, une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. A.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Petit et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La magistrate désignée,

Signé

M. DLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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