lundi 10 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2208464 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | FEUGAS CONSEILS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés sous le n° 2208464 les 20 mai 2022, 27 janvier 2023 et 4 avril 2023, Mme F E, représentée par Me Nalet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté municipal en date du 23 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Montreuil a délivré à M. A, un permis relatif à la construction de deux maisons individuelles sur trois niveaux sur un terrain sis 21, rue de l'Ermitage ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Montreuil et des pétitionnaires la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- le pétitionnaire n'établit pas avoir déposé une demande de permis de démolir, en méconnaissance de l'article R. 421-27 du code de l'urbanisme, ni avoir qualité pour déposer une demande de permis de construire, en violation de l'article R. 423-1 de ce code ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme dès lors que les documents graphiques et photographiques et la notice architecturale joints à la demande de permis de construire ne permettent pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement ;
- l'arrêté de permis de construire ne mentionne pas le sens des avis formulés par les services consultés, en méconnaissance de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme ;
- le dossier de demande de permis de construire méconnaît les dispositions des articles R. 4412-97 et suivants du code du travail en ce qu'un repérage préalable des matériaux contenant de l'amiante n'a pas été effectué ;
- la décision contestée méconnaît l'article 5.2.1.1 du plan de prévention des risques ;
- le dossier de demande de permis de construire est entaché d'incohérences ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions III.1.b du PLUi Est Ensemble-Grand Paris relatives à l'intégration harmonieuse des constructions dans le paysage urbain ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions III.1.f du PLUi Est Ensemble-Grand Paris relatives aux conditions d'accès ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions IV-3 d) b2 et IV -3 b) du PLUi Est Ensemble- Grand Paris concernant la hauteur et l'implantation des constructions vis-à-vis des limites séparatives ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires enregistrés le 30 septembre 2022, le 9 mars 2023, le 17 mars 2023, et le 19 avril 2023, M. A et autres, représentés par Me Leparoux, concluent, dans le dernier état de leurs écritures, d'une part, au rejet de la requête et à ce que Mme E soit condamnée à leur verser la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, d'autre part, à ce qu'elle soit condamnée à leur verser la somme de 107 325,80 euros à parfaire au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme en réparation des préjudices qu'il estime imputables à l'introduction du présent recours pour excès de pouvoir.
La requête a été communiquée à la commune de Montreuil qui n'a pas produit d'observations.
Les parties ont été informées, par courrier du 6 juin 2023, que le tribunal était
susceptible, dans l'affaire citée en référence, de relever l'irrecevabilité du moyen tiré du
défaut de titre habilitant le pétitionnaire à déposer la demande de permis de construire, en
application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, dès lors que ce moyen a été soulevé
plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2208476 le 20 mai 2022, M. D G demande au tribunal d'annuler l'arrêté municipal en date du 23 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Montreuil a délivré à M. A, un permis relatif à la construction de deux maisons individuelles sur trois niveaux sur un terrain sis 21 rue de l'Ermitage.
Il soutient que :
- la décision attaquée méconnaît les dispositions III.1.f du PLUi Est Ensemble- Grand Paris relatives aux conditions de desserte du terrain ;
- elle méconnaît l'article 5.2.1.1 du plan de prévention des risques approuvé le 22 avril 2011 ;
- elle méconnaît les dispositions III.1.b du PLUI Est Ensemble-Grand Paris relatives à l'insertion harmonieuse des constructions dans le paysage urbain dans lesquelles elles sont situées ;
- elle méconnaît le 1.2.2 de la note des préconisations techniques pour la collecte et la gestion des déchets ménagers et assimilés d'Est-Ensemble.
Par deux mémoires enregistrés le 30 septembre 2022 et le 19 avril 2023, M. A et autres, représentés par Me Leparoux, concluent, d'une part, au rejet de la requête et à ce que M. G soit condamné à leur verser la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, d'autre part, à ce qu'il soit condamné à leur verser la somme de 107 325,80 euros à parfaire au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme en réparation des préjudices qu'ils estiment imputables à l'introduction du présent recours pour excès de pouvoir.
La requête a été communiquée à la commune de Montreuil qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,
- les conclusions de M. Löns, rapporteur public ;
- les observations de Me Hurtevent, pour Mme E, et de M. G, ainsi que de Me Burel, pour les pétitionnaires.
Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme E le 28 juin 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a sollicité, le 11 août 2021, auprès des services de la commune de Montreuil, un permis pour la construction, après démolition des bâtiments existants, de deux maisons individuelles sur trois niveaux pour une surface de plancher totale de 304 m² sur un terrain sis 21, rue de l'Ermitage à Montreuil. Par un arrêté n° PC 093048 21 B0162 du 23 novembre 2021, le maire de Montreuil lui a délivré le permis de construire sollicité. Par les deux requêtes visées ci-dessus, Mme E et M. G demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2021.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2208464 et 2208476 portent sur le même arrêté municipal et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a dès lors lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'absence de permis de démolir :
3. Aux termes de l'article R. 421-27 du code de l'urbanisme : " Doivent être précédés d'un permis de démolir les travaux ayant pour objet de démolir ou de rendre inutilisable tout ou partie d'une construction située dans une commune ou une partie de commune où le conseil municipal a décidé d'instituer le permis de démolir. " Aux termes de l'article L. 451-1 de ce même code : " Lorsque la démolition est nécessaire à une opération de construction ou d'aménagement, la demande de permis de construire ou d'aménager peut porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. Dans ce cas, le permis de construire ou le permis d'aménager autorise la démolition. "
4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire Cerfa produit par le pétitionnaire, que la demande présentée le 11 août 2021 portait non seulement sur la construction de deux maisons individuelles, mais aussi sur la démolition totale des boxes de stationnement existants et la démolition partielle de la toiture extérieure et que les éléments à démolir étaient clairement identifiés par le plan de masse et les photographies figurant au dossier. Par conséquent, Mme E n'est pas fondée à soutenir qu'aucun permis de démolir n'avait été sollicité.
En ce qui concerne la qualité du pétitionnaire pour demander un permis de construire:
5. Aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense () ". Il résulte de ces dispositions que la cristallisation des moyens qu'elles prévoient intervient à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense produit dans l'instance par l'un quelconque des défendeurs.
6. Le premier mémoire en défense produit à l'instance par M. A et autres le 30 septembre 2022 a été communiqué à Mme E au moyen de l'application Télérecours le 4 octobre 2022 et réceptionné le 6 octobre 2022. Dès lors, le moyen nouveau tiré de la méconnaissance de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, soulevé par la requérante pour la première fois dans son mémoire du 27 janvier 2023, est irrecevable et doit être écarté, sans qu'il soit nécessaire de fixer une nouvelle date de cristallisation des moyens dès lors que la requérante ne fait état d'aucune circonstance particulière l'ayant empêché d'en faire état avant le 6 décembre 2022.
En ce qui concerne la méconnaissance des articles R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme :
7. Aux termes de l'article R* 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant :/ 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ;() ". L'article R* 431-10 du code de l'urbanisme dispose : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain () ".
8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la notice paysagère jointe à la demande de permis de construire litigieux décrit l'état initial du terrain d'assiette, indiquant notamment que celui-ci, d'une superficie de 298 m², " contient des constructions à RDC abritant des boxes de stationnement et un auvent ", que " la parcelle ne comprend aucune végétation ", qu'elle " a une façade sur rue réduite et se développe en cœur d'îlot entre les parcelles P51, P111 et P121 ", qu'elle est " entourée de construction R+1 et R+2 et d'un jardin en limite Nord-Ouest " et que les constructions autour de la parcelle " sont de hauteurs variées du R+1 au R+4 ". Ce même document est également complété par un plan de masse qui apporte des informations sur l'état initial du terrain.
10. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet architectural comporte des pièces graphiques présentant le projet sous différents angles, complétées par des plans de façades, ainsi que deux documents photographiques qui permettent de situer le projet dans son environnement. Par ailleurs, si un document représente un portail métallique, qui a été remplacé en 2013 par un portail en bois naturel, cette circonstance n'a pas été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur quant à l'aspect et aux caractéristiques du bâti avoisinant. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande ne peut qu'être écarté.
11. Enfin, si le dossier comporte une incohérence quant au nombre de places de stationnement supprimées, le Cerfa mentionnant le chiffre de 6, alors que le plan de masse de l'état initial en représente 8, cette circonstance n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur le projet, dès lors qu'il est constant que celui-ci ne conserve qu'une place de stationnement.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article A. 424-2 du code de l'urbanisme :
12. Aux termes de l'article R*423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur. " De plus, aux termes de l'article A. 424-1 du code de l'urbanisme : " La décision expresse prise sur une demande de permis de construire () prend la forme d'un arrêté. () ". Enfin, aux termes de l'article A. 424-2 du même code : " L'arrêté () c) Vise les textes législatifs et réglementaires dont il est fait application ; d) Vise les avis recueillis en cours d'instruction et leur sens. () ".
13. La circonstance que l'arrêté attaqué ne mentionne pas le sens des avis rendus par la Direction de l'eau et de l'assainissement, la Direction prévention et valorisation des déchets et Enedis, respectivement les 30 septembre 2021, 25 octobre 2021 et 8 novembre 2021 est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance de l'article 5.2.1.1 du plan de prévention des risques :
14. D'une part, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas :()/ f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles ou un plan de prévention des risques miniers approuvés, ou rendus immédiatement opposables en application de l'article L. 562-2 du code de l'environnement, ou par un plan de prévention des risques technologiques approuvé, à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception. ". Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions, de s'assurer de la production, par le pétitionnaire, d'un document établi par l'architecte du projet ou par un expert attestant qu'une étude a été menée conformément aux exigences de la règlementation et que ses résultats ont été pris en compte au stade de la conception du projet.
15. D'autre part, aux termes de l'article 5.2.1.1 du plan de prévention des risques liés aux mouvements de terrain (PPRMT) de la commune de Montreuil : " Pour les constructions destinées au logement de type R ou R+1 (excepté les constructions à permis groupé) et aux extensions de plus de 20 m2 / Il est imposé la réalisation d'une des deux mesures définies ci-dessous : / Soit la réalisation d'une série d'études géotechniques sur l'ensemble de la parcelle ou sur la surface au sol du projet augmentée de 2 mètres à sa périphérie () / Soit l'application des mesures techniques suivantes () ".
16. Il est constant que le projet litigieux consiste en une construction de deux maisons individuelles sur trois niveaux pour une surface de plancher totale de 304 m² et se situe en zone E du plan de prévention des risques liés aux mouvements de terrain (PPRMT) et qu'à cet effet, il est subordonné à la réalisation d'une série d'études géotechniques ou à l'application des mesures techniques listées par l'article 5.2.1.1.
17. Il ressort des pièces du dossier que l'attestation certifiant qu'une étude de sols a été réalisée et que le projet tient compte de celle-ci a été signée par M. A, en sa qualité d'architecte du projet, le 10 août 2021. Si Mme E et M. G allèguent que ce document est entaché de fraude, ils ne l'établissent pas. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du f) de l'article R. 431-16 doit être écarté.
En ce qui concerne l'accès des piétons :
18. Si Mme E soutient qu'aucun accès piéton au projet n'existe lorsqu'une voiture est en stationnement, elle n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'insertion du projet dans le bâti environnant :
19. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. " Aux termes du III - 1 b) du règlement du plan local d'urbanisme (PLUi) d'Est Ensemble-Grand Paris, relatif à l'aspect extérieur des constructions : " Par leur volume, leur architecture, les matériaux employés, les couleurs, les constructions doivent être intégrées de manière harmonieuse dans le paysage urbain dans lequel elles sont situées./Tout projet peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de prescriptions particulières si les constructions ou utilisations du sol concernées, par leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales./Il est recommandé que les extensions des constructions existantes prennent en compte le gabarit, le rythme des façades et l'organisation de la ou des construction(s) existantes dans un souci de bonne intégration architecturale et paysagère. "
20. D'une part, les dispositions de l'article III. 1. b. du règlement du PLUi d'Est Ensemble-Grand Paris ont le même objet que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, qui sont d'ailleurs reprises dans cet article III. 1. b. et posent des exigences qui ne sont pas moindres que celles résultant de l'article R. 111-27. Dès lors, c'est par rapport aux dispositions du règlement du PLUi que doit être appréciée la légalité du refus de permis de construire en litige.
21. D'autre part, pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'autorité compétente d'apprécier, dans un premier temps, le caractère et l'intérêt des lieux avoisinants sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur ce secteur. Lorsqu'il a été fait usage de l'article L. 451-1 du code de l'urbanisme permettant que la demande de permis de construire porte à la fois sur la construction et sur la démolition d'une construction existante nécessaire à cette opération, il appartient à l'administration d'apprécier l'impact, sur le site, non de la seule démolition de la construction existante mais de son remplacement par la construction autorisée.
22. Il ressort des pièces du dossier que l'environnement immédiat du projet est constitué par des pavillons en R+1 ou R+2, présentant des façades et des toitures diverses, ainsi que par de petits collectifs en R+3 et R+4. Il ressort de ces mêmes pièces que le projet consiste en la construction de deux maisons individuelles en R+2, avec une structure en bois. Dans ces conditions, eu égard au caractère hétérogène des lieux avoisinants, le projet litigieux n'est pas, par ses dimensions, son architecture ou son aspect extérieur de nature à porter atteinte à leur caractère ou à leur intérêt. Le moyen doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance du III.1.f du PLUi Est Ensemble- Grand Paris :
23. Aux termes des dispositions III.1.f du PLUi Est Ensemble-Grand Paris : " Accès pour les véhicules motorisés (). Sur la commune de Montreuil. Pour les terrains existants à la date d'approbation du présent règlement (04/02/2020) et présentant un accès d'une largeur inférieure à 3 mètres () ; Seules les extensions inférieures à 50 m² de surface de plancher sont autorisées. Toute construction nouvelle est interdite ". Le PLUi définit " l'accès " comme suit : " un point d'entrée au terrain depuis la voie qu'il le dessert ".
24. Les requérants font valoir que le portail de l'immeuble litigieux donnant sur la voie publique a, en raison de la présence de murs d'encadrement de 50 cm de chaque côté, une largeur utile d'environ 2,44 mètres, inférieure aux exigences des dispositions précitées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ce portail donne seulement accès à une place de stationnement, sans permettre la circulation automobile sur le terrain, et ne peut, par conséquent, être regardé comme un point d'entrée au terrain destiné aux véhicules motorisés. Dès lors que les dispositions précitées sont relatives aux dimensions des accès aux terrains depuis la voie publique réservés aux véhicules motorisés, le moyen tiré de la méconnaissance doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne la méconnaissance du IV-3 d) b2 du PLUi Est Ensemble-Grand Paris et du IV -3 b) du PLUi Est Ensemble- Grand Paris :
25. Selon le IV-3 d) b2 du PLUi Est Ensemble-Grand Paris relatif à la hauteur des constructions, la hauteur maximale d'une construction ne peut excéder pour la bande principale 19,5 mètres et pour la bande secondaire 13,5 mètres. Aux termes du IV - 3 b). 1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal d'Est Ensemble-Grand Paris, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " L'implantation des constructions est possible sur les limites séparatives ou en retrait. En cas de retrait : La distance de retrait minimale est égale à la moitié de la hauteur de la construction, avec un minimum de 3 mètres. () ". Aux termes du IV -3 b) du PLUi Est Ensemble-Grand Paris, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " Dès lors que le ou les deux derniers niveaux de la construction sont organisés en retrait des limites séparatives, l'implantation de ce ou ces deux derniers niveaux peut ne pas respecter la règle générale du secteur à condition que le retrait soit au moins de 3 mètres, que la façade présente des baies et que les étages inférieurs sont implantés en limite séparative ". Le dictionnaire du PLUi précise que " le retrait est calculé sur un plan perpendiculaire à la limite séparative, depuis cette dernière jusqu'à la façade ou partie de façade du bâtiment en tout point, balcons inclus. " Il résulte de ces dispositions que sauf à respecter l'exception prévue au IV -3 b) précité, les parties de la construction situées en retrait des limites séparatives doivent, y compris lorsque les fondations de la construction sont implantées en limite séparative, être implantées à une distance minimale égale à la moitié de la hauteur de la construction jusqu'à la façade ou partie de façade, mesurée en tout point sur un plan perpendiculaire à la limite séparative, avec un minimum de 3 mètres.
26. D'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment de la coupe AA (PC03) que la hauteur la plus élevée du projet est de 10.3 mètres. Ainsi, le projet ne méconnaît pas les dispositions du IV-3 d) b2 du PLUi d'Est Ensemble-Grand Paris.
27. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux est implanté en limite séparative au rez-de-chaussée et en R+1, et qu'il est en retrait de 3 mètres en R+2. Si ce retrait est inférieur à la moitié de la hauteur de la construction, il n'est pas contesté que ce dernier niveau peut bénéficier de la dérogation prévue par le IV 3 b) précité. Par suite, Mme E n'est pas fondée à soutenir que le projet méconnaît les dispositions du PLUi précitées.
En ce qui concerne la méconnaissance du 1.2.2 de la note des préconisations techniques pour la collecte et la gestion des déchets ménagers et assimilés d'Est-Ensemble :
28. Aux termes du III. 1. h. du règlement du PLUi d'Est-Ensemble : " tout projet d'aménagement doit prendre en compte la note des préconisations techniques pour la collecte et la gestion des déchets ménagers et assimilés d'Est-Ensemble, présente en annexe du règlement et les éventuels règlements communaux. " Aux termes du 1.2.2 de la note des préconisations techniques pour la collecte et la gestion des déchets ménagers et assimilés d'Est-Ensemble : " Toute nouvelle construction ou réhabilitation d'habitation individuelle devra inclure dans son projet un emplacement pour l'entreposage des bacs de collecte au sein même de la propriété. () L'emplacement au sein de la propriété figurera sur le plan du projet joint au PC ".
29. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit un conteneur à déchet d'une capacité de 120 litres pour les ordures ménagères, un conteneur à déchet d'une capacité de 120 litres pour les emballages et matériaux recyclables et un bac de compostage qui seront, ainsi que l'indique la notice, " disposés à l'extérieur à des constructions dans l'emprise privée et non visibles depuis l'espace public ". Par ailleurs, la Direction de prévention et de valorisation des déchets de l'établissement public Est Ensemble a émis, le 15 octobre 2021, un avis favorable pour le projet en relevant que " la parcelle privée présente des possibilités de stockage pour entreposer les déchets ménagers ". Par suite, et alors même que l'emplacement, lequel ne constitue pas un élément de construction, n'a pas été figuré sur le plan du projet joint au dossier de permis de construire, M. G n'est pas fondé à soutenir que le projet méconnaît le 1.2.2 de la note des préconisations techniques pour la collecte et la gestion des déchets ménagers et assimilés d'Est-Ensemble. Le moyen doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme :
30. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "
31. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'une étude de faisabilité technique au regard des risques d'instabilité des sols et sous-sols a été réalisée, comme il a été dit au point 17, et que le projet prend en considération ses conclusions. D'autre part, si la requérante soutient que l'étroitesse de la voie publique ne permet pas l'accès des véhicules de secours au terrain d'assiette du projet, elle n'apporte aucun élément au soutien de cette assertion. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et que le maire de la commune de Montreuil a commis une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la méconnaissance des règles de droit privé :
32. Aux termes de l'article A. 424-8 du code de l'urbanisme : " () Le permis est délivré sous réserve du droit des tiers : il vérifie la conformité du projet aux règles et servitudes d'urbanisme. Il ne vérifie pas si le projet respecte les autres réglementations et les règles de droit privé. Toute personne s'estimant lésée par la méconnaissance du droit de propriété ou d'autres dispositions de droit privé peut donc faire valoir ses droits en saisissant les tribunaux civils, même si le permis respecte les règles d'urbanisme ".
33. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles R. 4412-97 et suivants du code du travail et de la servitude de vue que Mme E a acquise par prescription trentenaire doivent être écartés comme inopérants.
34. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté du 23 novembre 2021 est illégal.
Sur le caractère abusif des requêtes :
35. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel ".
36. M. A et autres demandent au tribunal de condamner Mme E et M. G à leur verser une indemnité de 107 325,80 euros à parfaire en réparation des préjudices qu'ils imputent à l'introduction du recours contentieux. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les requérants auraient exercé leur droit de former un recours pour excès de pouvoir dans des conditions traduisant un comportement abusif. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
37. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Montreuil et des pétitionnaires, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par Mme E en application de ces dispositions. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme E le versement d'une somme de 2 000 euros et de mettre à la charge de M. G le versement d'une somme de 2 000 euros, au titre de ces mêmes frais, au profit de M. A et autres.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de Mme E et de M. G sont rejetées.
Article 2 : Mme E versera une somme de 2 000 (deux mille) euros à M. A et autres, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : M. G versera une somme de 2 000 (deux mille) euros à M. A et autres, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par M. A et autres, au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à M. D G, à M. C A, premier dénommé, pour tous ses cosignataires et à la commune de Montreuil.
Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Weidenfeld, présidente-rapporteur,
- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
- Mme Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.
La présidente-rapporteure,La première assesseure,
K. Weidenfeld
I. Jasmin-Sverdlin La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2208464
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026