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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208608

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208608

mercredi 1 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSTOFFANELLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2022, et un mémoire complémentaire du 15 juin 2022, Mme B A, représentée par Me Stoffaneller, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions notifiées le 2 mai 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1.500 euros en application de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle soutient que :

La décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, en particulier au regard de la possibilité de déroger à l'obligation de visa de long séjour ;

- le caractère sérieux des études est établi.

L'obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie privée et familiale.

La décision fixant le pays d'éloignement est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, auquel les écritures de la requérante ont été communiquées, n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thobaty, premier conseiller,

- les observations de Me Stoffaneller, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 20 avril 1988, a présenté une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Par une décision notifiée le 28 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le certificat de résidence algérien demandé, au motif de l'absence d'un visa de long séjour et de caractère réel sérieux des études, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays de destination. Par cette requête, Mme A demande l'annulation de ces décisions.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Le refus de titre de séjour, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

3. Si le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé, pour refuser le titre de séjour sollicité, sur le défaut de visa de long séjour de la requérante, il a aussi examiné le caractère réel et sérieux des études de l'intéressée en France. Il ne résulte ni de la motivation de l'arrêté en litige, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis, pour obliger refuser le titre sollicité, n'aurait pas tenu compte de l'ensemble des éléments qui lui étaient soumis. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968: " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ". Aux termes du titre III du protocole annexé à cet accord : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de préinscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ".

5. Il est constant que Mme A n'est pas en possession d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises, ainsi que l'exigent, pour la délivrance d'un premier titre de séjour en qualité d'étudiant, les stipulations précitées de l'article 9 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est fondé concurremment sur le motif tiré du défaut de visa de long séjour et sur celui d'absence de caractère réel et sérieux des études. Dès lors que le préfet pouvait, à bon droit, lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'étudiant sur le seul motif tiré de l'absence de visa de long séjour et qu'il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, la circonstance que le préfet se serait, à tort, fondé sur l'autre motif, surabondant, tiré de l'absence de caractère réel et sérieux des études de Mme A est, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si Mme A se prévaut d'une résidence en France depuis 2018 et y avoir, depuis lors, suivi des études à l'université Paris 8, ces circonstances ne lui donnaient pas vocation à demeurer sur le territoire. Par ailleurs, la requérante n'établit pas avoir noué des liens personnels et familiaux en France. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français ne peut être regardée comme ayant porté au droit de la requérante à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de cette mesure, en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni davantage comme étant entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

8. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les raisons exposées à l'occasion de l'examen de cette décision.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte ne peuvent qu'être rejetées. Les conclusions tendant à ce que les frais liés au litige soient mis à la charge de l'Etat doivent être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Toutain, président,

- M. Thobaty, premier conseiller,

- M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er mars 2023.

Le rapporteur,

G. Thobaty

Le président,

E. Toutain

La greffière,

S. Desplan

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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