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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208735

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208735

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBENVENISTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2022, Mme B C, représentée par Me Alice Benveniste, avocat, demande au tribunal administratif :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 15 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil,

Me Benveniste, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient :

- que l'arrêté préfectoral attaqué est insuffisamment motivé ;

- qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle est mère d'un enfant français ;

- que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle ;

- que la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- qu'elle méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- que l'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- qu'elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle fait état de circonstances humanitaires ; que le préfet n'a pas pris en compte les 4 critères énoncés à l'article L. 612-10 pour fixer à 2 ans la durée de l'interdiction, laquelle est excessive ;

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 9 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 mars 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu, vice-président ;

- les parties n'étaient ni présentes ni représentées

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante congolaise née le 30 mai 1987 à Kinshasa (République Démocratique du Congo), déclare être entrée en France au cours de l'année 2013. Le 17 juillet 2015 le préfet du Nord a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Elle s'est vu ensuite délivrer une carte de séjour temporaire en qualité de parent d'un enfant français, prolongée par deux récépissés, dont le dernier a expiré le 11 mai 2019. Le 18 avril 2019, elle a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Montreuil en date du 7 janvier 2021. Le 15 mars 2022, l'intéressée, se prévalant de l'intensité de sa vie privée et familiale sur le territoire français, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 15 avril 2022, dont Mme C demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a fixé le pays de destination.

Sur la légalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles

L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles L. 612-2 et L. 612-6 du même code. L'arrêté rappelle les conditions d'entrée et de séjour en France de Mme C et indique que l'intéressée a fait l'objet, les 17 juillet 2015 et 18 avril 2019, de deux arrêtés préfectoraux portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'exécution desquels elle s'est soustraite. Il mentionne les éléments essentiels de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressée. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté préfectoral litigieux, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est insuffisamment motivé.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bienêtre économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

4. Mme C, célibataire et mère de 2 enfants mineurs nés en République Démocratique du Congo en 2007 et 2011 et qui y vivent toujours, déclare résider en France depuis 2013 et se prévaut de sa qualité de mère d'un 3ème enfant, de nationalité française, né en 2014 et scolarisé depuis lors en France. Toutefois, il ressort des mentions de l'arrêté en litige qu'une enquête diligentée par les services de la préfecture du Nord a révélé que le père français de l'enfant, M. A D, avait commis une reconnaissance en paternité de complaisance et que, dès lors, le certificat de nationalité française de l'enfant, établi en 2016, avait été obtenu indument. C'est au demeurant pour ce motif tiré de la fraude à la nationalité française que le préfet de la Seine-Saint-Denis, confirmé par le tribunal de céans, a précédemment refusé de renouveler le titre de séjour dont était titulaire Mme C en qualité de parent d'un enfant français. Dans ces conditions, dès lors que rien ne fait obstacle à ce que la requérante retourne vivre, avec son 3ème enfant, dont la nationalité française n'est pas établie, dans son pays d'origine, où résident toujours ses 2 autres enfants mineurs, ainsi que sa sœur, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni qu'il aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation du refus de titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français, que lui a opposé le préfet de la Seine-Saint-Denis.

Sur la légalité du refus de délai de départ volontaire :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

7. Pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à Mme C, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance qu'il existe un risque que l'intéressée se soustrait à l'obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet, dès lors qu'elle n'a pas exécuté les deux précédents arrêtés préfectoraux des 17 juillet 2015 et 18 avril 2019 l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, la requérante, qui présente un risque de soustraction à une obligation de quitter le territoire français, n'est fondée à soutenir ni que la décision serait formellement insuffisamment motivée, ni que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions combinées des articles L. 612-2 et L. 612-3 précités en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

9. D'une part, si Mme C, qui s'est vu refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, se prévaut de sa présence en France depuis 2013 et de son intégration professionnelle et personnelle, ces éléments, à les supposer établis, ne sauraient en tout état de cause être regardés comme établissant l'existence de circonstances humanitaires s'opposant à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant à 2 années la durée de cette interdiction, le préfet, qui a dûment pris en considération les 4 critères énoncés à l'article L. 612-10 précité et a suffisamment motivé sa décision, aurait commis une erreur d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 avril 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romnicianu, vice-président,

Mme Nathalie Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

M. Romnicianu

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

N. Dupuy-Bardot

La greffière,

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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