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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2208847

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2208847

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2208847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantITSOUHOU-MBADINGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2211863/12-3, en date du 31 mai 2022, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Montreuil la requête présentée par M. D, enregistrée le 28 mai 2022, tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 25 mai 2022, pour qu'il y soit statué.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 22 août 2022, M. D, représenté par Me Itsouhou-Mbadinga, demande au président du tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 25 mai 2022, par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français et a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer un titre de séjour.

M. D soutient que :

- il n'a pas été mis en mesure de fournir des observations utiles, écrites ou orales, avant l'intervention de l'arrêté litigieux ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte, d'une insuffisance de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation, méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et viole le droit au maintien sur le territoire d'un demandeur d'asile ;

- la décision fixant le pays d'éloignement méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Noël, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenue le 22 août 2022 à 14h30, en présence de M. Werkling, greffier :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Itsouhou-Mbadinga, représentant M. D, lui-même absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute que la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de la situation de l'intéressé.

- le préfet n'étant ni présenté ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant bangladais né le 8 avril 1993, est entré en France en 2020 selon ses déclarations. Il ressort des pièces du dossier qu'il a présenté une demande d'asile auprès des services de l'office français de protection des réfugiés et apatrides qui l'a rejetée par une décision du 29 mars 2021, notifiée le 12 avril 2021. Son recours devant la cour nationale du droit d'asile a été rejeté par ordonnance pour absence d'éléments sérieux le 21 juillet 2021. Par un arrêté du 25 mai 2022, le préfet de police a obligé M. D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par cette requête, M. D demande l'annulation de ces décisions.

Sur le moyen commun aux décisions contestées :

2. Si le requérant fait grief au préfet de police de ne pas l'avoir mis en mesure de présenter ses observations avant que les décisions contestées ne soient prononcées à son encontre, M. D, dont la demande d'asile a été rejetée, ne pouvait ignorer qu'en cas de refus de la reconnaissance du statut de réfugié, il pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. À l'occasion du dépôt et de l'instruction de sa demande d'asile, un étranger est conduit à exposer de manière exhaustive, auprès des autorités compétentes, l'ensemble des motifs justifiant selon lui que la qualité de réfugié lui soit reconnue ou que le bénéfice de la protection subsidiaire lui soit accordé, et à produire tous éléments en ce sens. Il lui est, par ailleurs, loisible de faire valoir auprès de l'administration placée sous l'autorité du préfet compétent pour enregistrer sa demande, pour procéder à la détermination de l'État responsable puis, le cas échéant, pour prolonger son admission provisoire au séjour au titre de l'asile, tout élément pertinent susceptible d'influencer la décision de l'éloigner ou non du territoire français à l'issue de la procédure, si sa demande fait l'objet d'une décision de rejet, ainsi que les modalités retenues pour l'exécution de cette mesure. Le droit de l'intéressé d'être entendu, qui se trouve ainsi en principe satisfait, n'impose pas à l'administration de le mettre à même de présenter ses observations de façon spécifique sur l'obligation de quitter le territoire français, prise en conséquence du refus de sa demande d'asile.

3. En l'espèce, M. D ne conteste pas avoir été mis en mesure, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'exposer l'ensemble des éléments justifiant qu'une protection internationale lui soit accordée. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il aurait été privé de la possibilité de présenter avant le 25 mai 2022, date de l'arrêté contesté, des éléments pertinents qui auraient pu avoir une incidence sur le sens de la décision du préfet de police. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. L'arrêté attaqué a été signé par M. B E, attaché d'administration de l'État, qui bénéficiait, en vertu de l'arrêté n°2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture le même jour, d'une délégation de signature à l'effet de signer, notamment, les décisions d'obligation de quitter le territoire français, assorties ou non d'un délai de départ volontaire, et fixant le pays de renvoi. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : [] 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° [] ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " [] Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; c) une décision de rejet ou d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5 ; d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; e) une décision de clôture prise en application des articles L. 531-37 ou L. 531-38 ; l'étranger qui obtient la réouverture de son dossier en application de l'article L. 531-40 bénéficie à nouveau du droit de se maintenir sur le territoire français ; / 2° Lorsque le demandeur : a) a informé l'office du retrait de sa demande d'asile en application de l'article L. 531-36 ; b) a introduit une première demande de réexamen, qui a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'office en application du 3° de l'article L. 531-32, uniquement en vue de faire échec à une décision d'éloignement ; c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; d) fait l'objet d'une décision définitive d'extradition vers un État autre que son pays d'origine ou d'une décision de remise sur le fondement d'un mandat d'arrêt européen ou d'une demande de remise par une cour pénale internationale. / Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ".

6. Aux termes de l'article R. 531-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La date de notification de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides qui figure dans le système d'information de l'office, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ". Aux termes de l'article R. 531-20 du même code : " La preuve de la notification de la décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides peut être apportée par tout moyen ". Aux termes de l'article R. 532-57 de ce code : " La date de notification de la décision de la cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

7. La demande d'asile présentée par le requérant a été définitivement rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. M. D ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Il entre ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Bien que M. D soutienne que le préfet de police n'aurait pas justifié de la notification de la décision de rejet de sa demande d'asile, il ressort de l'extrait de l'application Telemofpra, versé au dossier par le préfet, que la décision de rejet de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 29 mars 2021 lui a été notifiée le 12 avril 2021 et que l'ordonnance n°21018063 du 21 juillet 2021 par laquelle la cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours contre cette décision lui a été notifiée le 9 août 2021. M. D, qui n'apporte en tout état de cause aucun élément de nature à contredire les mentions dudit extrait quant à la notification des décisions susmentionnées, n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse serait illégale faute pour le préfet d'apporter la preuve de la notification des décisions de rejet de sa demande d'asile. L'intéressé ne bénéficiant plus du droit au maintien sur le territoire à la date de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'un demandeur d'asile au maintien sur le territoire doit être rejeté.

9. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions en cause. Il vise notamment l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que la demande d'asile présentée par M. D a été rejetée par décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 29 mars 2021 puis par la cour nationale du droit d'asile le 21 juillet 2021 et que le requérant n'est pas titulaire d'un titre de séjour, d'un document provisoire ou d'une autorisation provisoire au séjour, de sorte qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il indique en outre que l'intéressé ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale à laquelle il serait porté une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Cet arrêté comporte donc avec une précision suffisante la mention des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le défaut d'examen sérieux de la situation de M. D n'est pas établi et le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. D soutient qu'il réside en France depuis 2020. Bien qu'il affirme que ses liens avec la France sont plus intenses que ceux qui le lient à son pays d'origine et que sa vie privée et familiale est désormais fixée en France, M. D ne produit aucune pièce permettant d'établir l'ancienneté de sa présence sur le territoire, ni son intégration particulière en France, et il ne justifie pas non plus de ses liens avec la France. Il ne démontre ni n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. En outre, si M. D affirme disposer d'éléments nouveaux lui permettant de solliciter le réexamen de sa demande d'asile, il n'en justifie pas et il n'apparaît pas, à la date de l'arrêté attaqué, qu'il ait introduit une telle demande de réexamen auprès de l'office français de protection de réfugiés et apatrides. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a pas méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme doivent être rejetés.

Sur la légalité de la décision portant fixant le pays de renvoi :

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. D, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et par une ordonnance de la cour nationale du droit d'asile, n'établit pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays de nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions en injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de police.

Lu en audience publique le 1er septembre 2022.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

signé

C. A Le greffier,

signé

S. Werkling

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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