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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209154

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209154

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 3 juin et 3 octobre 2022, Mme A C épouse E, représentée par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un certificat de résidence ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

Sur la légalité de l'arrêté :

- il est insuffisamment motivé ;

- les conditions de notification sont irrégulières dès lors que les pages contenant la mention des voies et délais de recours ne lui ont été notifiées ;

Sur la légalité de la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence :

- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture de l'instruction a été fixée au 31 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;

- et les observations de Me Traquini, substituant Me Ormillien et représentant

Mme C épouse E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse E, ressortissante algérienne née le 7 septembre 1976, a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence le 10 décembre 2021 en qualité d'accompagnant d'un enfant mineur malade. Par un arrêté du 6 mai 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme C épouse E sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité de l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, les présentes décisions, qui visent les textes appliqués, comportent les considérations de fait et de droit qui les fondent. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

3. En second lieu, l'éventuelle irrégularité des conditions de notification d'un acte administratif, et notamment le défaut de mention des voies et délais de recours contentieux, est sans incidence sur sa légalité. Le moyen est donc inopérant.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse E réside sur le territoire français depuis l'année 2019 et qu'elle ne justifie pas d'attache sur le sol français, à l'exception de son époux, en situation irrégulière, et de ses deux enfants. A cet égard, la jeune B E, née le 27 août 2013 et scolarisée en classe de CE2 à la date de la décision attaquée, souffre d'une paralysie cérébrale causant des troubles moteurs et orthopédiques. Il est établi par les pièces du dossier que son état de santé nécessite un suivi rééducatif pluridisciplinaire, un appareillage et des interventions chirurgicales neuro-orthopédiques. Par un avis du 24 mars 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de la jeune B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais, qu'eu égard à l'offre de soins disponible en Algérie, elle pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Afin de contredire cet avis, Mme C épouse E produit notamment deux certificats médicaux. Toutefois, le premier certificat médical, établi par le docteur F, médecin spécialiste de médecine physique et de réadaptation (MPR), mentionne uniquement que les ressources médicales nécessaires à l'état de santé de la jeune B ne sont pas disponibles en Algérie " selon l'expérience et les connaissances de ses parents ". Par ailleurs, le second certificat, émanant du docteur D, également médecin spécialiste de médecine physique et de réadaptation, mentionne qu'une prise en charge optimale de la jeune fille n'est pas possible dans son pays d'origine dès lors que les ressources nécessaires n'y sont pas disponibles. Toutefois, ce seul certificat, qui n'est appuyé d'aucun autre élément probant, ne permet pas de remettre en cause l'avis porté par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, alors qu'il est mentionné dans les écritures de la requérante qu'il existe un centre médical en Algérie spécialisé dans la pathologie dont souffre la jeune B et dont il n'est pas démontré le caractère déficient. Dans ces conditions, au regard des seules pièces produites, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 7°) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

7. En l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien est inopérant dès lors que ces stipulations ne constituent pas le fondement de la demande de certificat de résidence déposée par Mme C épouse E et que le préfet n'a pas examiné d'office le droit au séjour de l'intéressée à ce titre.

8. En troisième lieu, si Mme C épouse E se prévaut des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celles-ci ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Le moyen est donc inopérant.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 § 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme C épouse E n'est pas fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2022. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées en matière de frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse E et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Ghazi, première conseillère,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La première conseillère,Signé A. GhaziLe président,SignéJ-C. TruilhéLa greffière,

SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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