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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209196

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209196

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209196
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantBECHIEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires, enregistrés les 3 juin, 14 juin et 27 juillet 2022, M. C A, représenté par Me Bechieau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête n'est pas tardive et est donc recevable ;

- le signataire de l'arrêté attaqué ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée, révélant un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- cette décision est entachée d'erreur de fait et de méconnaissance de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour qui la fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté.

Le requérant a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 12 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jasmin-Sverdlin, rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité malienne, né le 10 février 2002, demande l'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la recevabilité :

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " I. Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. "

3. D'autre part, aux termes du deuxième alinéa de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 : " Les recours contre les décisions du bureau d'aide juridictionnelle peuvent être exercés par l'intéressé lui-même lorsque le bénéfice de l'aide juridictionnelle lui a été refusé, ne lui a été accordé que partiellement ou lorsque ce bénéfice lui a été retiré ". Selon l'article 43 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. () ". Et selon le premier alinéa de l'article 69 de ce décret : " Le délai du recours prévu au deuxième alinéa de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision à l'intéressé ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'une demande d'aide juridictionnelle interrompt le délai de recours contentieux et qu'un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours après la notification à l'intéressé de la décision se prononçant sur sa demande d'aide juridictionnelle ou, si elle est plus tardive, à compter de la date de désignation de l'auxiliaire de justice au titre de l'aide juridictionnelle.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté litigieux, en date du 15 juillet 2021, qui comporte la mention des voies et des délais de recours, a été adressé par recommandé avec avis de réception et présenté le 19 juillet 2021 à l'adresse d'hébergement indiquée par M. A au préfet de Seine-Saint-Denis. Ce courrier est retourné à la préfecture le 6 août 2021 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Toutefois, il résulte de l'attestation rédigée par une responsable de l'association Aurore, auprès de laquelle M. A était hébergé, qu'en raison du fonctionnement en service réduit du foyer durant les vacances estivales, l'intéressé avait été placé dans l'impossibilité de réclamer ce courrier avant l'expiration du délai de mise en instance. Par suite, dès lors que le défaut de remise effective de la lettre recommandée comportant l'arrêté litigieux ne résulte pas du comportement de M. A mais d'un dysfonctionnement de la structure auprès de laquelle il était hébergé, l'arrêté litigieux ne peut être regardé comme ayant été régulièrement notifié à M. A à la date de la première présentation du pli recommandé.

6. Par suite, le requérant ayant présenté une demande d'aide juridictionnelle le 6 décembre 2021, qui a eu pour effet de suspendre le délai de recours contentieux et la décision d'admission à l'aide juridictionnelle totale du 12 avril 2022 ayant été notifiée à son conseil le 5 mai suivant, la requête présentée par M. A, enregistrée le 3 juin 2022 n'était pas tardive. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France en mai 2018, a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 13 juin 2018 jusqu'à sa majorité, le 10 février 2020. M. A justifie de son inscription en CAP menuiserie au lycée Frédéric Bartholdi, au 2ème trimestre de l'année scolaire 2020-2021, puis en 2ème année de ce cursus au titre de l'année 2021-202 et l'équipe pédagogique justifie du sérieux de son travail. En conséquence, en estimant que " depuis sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, le 13 juin 2018, Monsieur A C n'a suivi aucune formation destinée à lui apporter une formation professionnelle ", le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 15 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine Saint Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

10. Eu égard au motif qui fonde l'annulation, par le présent jugement, de la décision de refus de séjour en litige et dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un changement dans les circonstances de fait ou de droit y fasse obstacle, cette annulation implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à M. A un titre de séjour. Par suite, il y a lieu de prescrire au préfet de prendre cette mesure dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Bechieau, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bechieau de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté susvisé du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 15 juillet 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous réserve que Me Bechieau renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à cette avocate une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Bechieau et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Katia Weidenfeld, présidente,

Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

Mme Marjorie Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

La rapporteure,

I. Jasmin-Sverdlin

La présidente,

K. Weidenfeld

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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