vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2209222 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | GUYON |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2212078 du 3 juin 2022, le président de la 6ème section du tribunal administratif de Paris a transmis la requête présentée par M. B A au tribunal administratif de Montreuil.
Par une requête et des mémoires enregistrés les 1er juin 2022, 9 juin 2022 et 28 juin 2022, M. B A, représenté par Me Guyon, demande au tribunal :
1°) d'annuler :
- les décisions par lesquelles la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis a, le 23 décembre 2021, prononcé son déconventionnement et rejeté sa demande de retrait de cette décision ;
- les courriers des 25 janvier, 1er février, 8 février et 15 février 2022 par lesquels la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis a refusé de procéder au remboursement d'actes qu'il a réalisés ;
- les courriers du 2 mai 2022 par lesquels la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis lui a demandé le versement de la somme de 3 500,50 euros ;
- la décision de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne rejetant sa demande de retrait de la décision prononçant son déconventionnement ;
- les courriers des 25 janvier, 26 janvier, 1er février et 8 février 2022 par lesquels la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne a refusé de procéder au remboursement d'actes qu'il a réalisés ;
- le courrier de la caisse primaire d'assurance maladie informant ses patients de son non-respect de l'obligation vaccinale ;
- la mise en demeure de justifier de son statut vaccinal du 10 décembre 2021 que lui a adressée l'agence régionale de santé d'Ile-de-France et la décision de cet organisme rejetant sa demande de retrait de la décision de suspension prise par cet organisme ;
2°) d'abroger l'ensemble des décisions attaquées ;
3°) de condamner solidairement la caisse primaire d'assurance maladie et l'agence régionale de santé d'Ile-de-France à lui verser, à titre principal, au titre de la responsabilité pour faute, à titre subsidiaire, au titre de la responsabilité sans faute, une somme de 112 000 euros assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts à compter de sa demande indemnitaire préalable, en réparation des préjudices qu'il a subis ;
4°) d'enjoindre sans délai à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne, à titre principal, " de le rétablir " ainsi que d'adresser des courriers d'information à ses patients indiquant qu'il n'est pas un " anti vax ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 400 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;
5°) de mettre respectivement à la charge de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis, de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne et de l'agence régionale de santé, une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le tribunal est compétent pour statuer sur l'ensemble de ses demandes ;
- les décisions attaquées sont entachées d'inconstitutionnalité ;
- en ce qui concerne la décision de déconventionnement et les agissements de la caisse primaire d'assurance maladie : la caisse primaire d'assurance maladie n'est pas compétente pour procéder au déconventionnement d'office ; les décisions de la caisse primaire d'assurance maladie sont insuffisamment motivées, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 1.4 de l'annexe 24 de l'arrêté ministériel du 20 octobre 2016 portant approbation de la convention nationale organisant les rapports entre les médecins libéraux et l'assurance maladie signée le 25 août 2016 ; les décisions de la caisse primaire d'assurance maladie sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'aucun courrier d'avertissement ne lui a été envoyé, en méconnaissance de l'article 1er de l'annexe 24 de l'arrêté ministériel du 20 octobre 2016 portant approbation de la convention nationale organisant les rapports entre les médecins libéraux et l'assurance maladie signée le 25 août 2016, que les délais prévus par ce texte n'ont pas été respectés et qu'il n'a pas pu présenter d'observations ; les décisions de la caisse primaire d'assurance maladie méconnaissent les droits de la défense et les articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui impliquent le droit de consulter son dossier, d'avoir communication des griefs retenus et de présenter des observations, ainsi que le rappelle l'article 1er de l'annexe 24 de l'arrêté du 20 octobre 2016 précité, alors qu'elles constituent une sanction ou une mesure de police ; la sanction de déconventionnement méconnaît le principe de légalité des délits et des peines résultant des articles 4, 6 et 8 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, de l'article 7 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la jurisprudence, dès qu'aucun texte ne prévoit qu'elle puisse être prononcée pour un manquement à une obligation vaccinale, de sorte qu'elle est ainsi entachée d'erreur de droit ; les décisions de déconventionnement d'office sont entachées d'une erreur de qualification juridique des faits, dès lors que le défaut de vaccination qui lui est reproché ne constitue pas un manquement particulièrement grave ainsi que d'erreur de droit en ce qu'elles ont une durée indéterminée, alors que l'article 1er du décret n° 2020-1465 du 27 novembre 2020 prévoit que la suspension des effets de la convention ne peut excéder trois mois ; la décision de déconventionnement constitue une mesure de police illégale, dès lors qu'elle n'est pas nécessaire, que l'obligation vaccinale est disproportionnée et inutile et qu'elle emporte des conséquences disproportionnées sur sa situation ; la décision attaquée constitue une discrimination prohibée par l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 1er du protocole n° 12 à cette convention, la résolution n° 2361 du 21 janvier 2021 de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, l'article 288 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et le règlement (UE) 2021/953 du Parlement européen et du Conseil du 14 juin 2021 ; la décision de déconventionnement méconnaît le droit de mener une vie privée et familiale normale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment en ce que l'obligation vaccinale porte atteinte au droit à la santé protégé par l'alinéa 11 du Préambule de la Constitution de 1946 ;
- en ce qui concerne les courriers du 2 mai 2022 lui réclamant le paiement d'une somme de 3 500 euros : il n'est pas établi qu'ils ont été signés par une personne compétente ; ils sont insuffisamment motivés ; ils sont entachés d'erreur de droit, en l'absence de base légale permettant d'exiger ce versement et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que la caisse primaire d'assurance maladie ne justifie pas qu'il aurait réalisé des soins, consultations et prescriptions après l'écoulement du délai de trente jours suivant la mise en demeure ;
- en ce qui concerne les lettres d'information adressées par la caisse primaire d'assurance maladie à ses patients : ces correspondances portent atteinte à sa réputation et ne reposent sur aucun texte ; le droit au respect du secret médical énoncé à l'article 4 du code de déontologie, protégé par l'article L. 1110-4 du code de la santé publique ainsi que par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, a été méconnu ; cette information porte atteinte à la liberté d'entreprendre reconnue par l'article 16 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et à la liberté du commerce et de l'industrie ;
- en ce qui concerne la mise en demeure de l'agence régionale de santé : il appartient à l'administration de justifier de la compétence de son auteur et de son signataire ; elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; il aurait dû être en mesure de présenter ses observations et le cas échéant d'être assisté par un avocat ; elle constitue une sanction disciplinaire déguisée ; elle porte atteinte au droit à la santé protégé par l'alinéa 11 du Préambule de la Constitution de 1946 ;
- en ce qui concerne sa demande indemnitaire : les préjudices qu'il a subis présentent un caractère anormal et spécial et résultent directement des agissements fautifs de la caisse primaire d'assurance maladie à son encontre ; la décision de mise en demeure lui interdisant de poursuivre son activité lui cause un grave préjudice professionnel ; il peut prétendre au versement, par la caisse primaire d'assurance maladie, d'une somme de 20 000 euros au titre du paiement des actes médicaux et en l'absence de communication par cet organisme du montant détaillé des actes non réglés depuis la mise à exécution du déconventionnement, d'une somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral et d'une somme de 87 000 euros en réparation de son préjudice économique résultant d'une perte de revenus d'activité ; à titre subsidiaire, la responsabilité de la caisse primaire d'assurance maladie et de l'agence régionale de santé est engagée au titre de la responsabilité sans faute en vertu du risque ou de la rupture d'égalité devant les charges publiques ;
- le refus de la caisse primaire d'assurance maladie et de l'agence régionale de santé de procéder au retrait des décisions en litige est illégal, au regard de l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration ;
- dans l'hypothèse où il ne serait pas fait droit à ses conclusions à fin d'annulation, il y aurait lieu d'abroger les mesures de déconventionnement et de suspension compte tenu du changement de circonstances de droit et de fait survenu depuis l'édiction de ces décisions.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis, représentée par Me Tassel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le juge administratif n'est pas compétent pour statuer sur les conclusions portant sur le courrier du 23 décembre 2021, qui ne constitue pas une mesure de déconventionnement, sur les courriers du 2 mai 2022 tendant au paiement de la somme de 3 500,50 euros, sur les courriers de refus de prise en charge des soins datés des 25 janvier, 1er, 8 et 15 février 2022, ainsi que sur les conclusions subséquentes tendant à obtenir la réparation de préjudices et à fin d'injonction sous astreinte, qui relèvent du contentieux de la sécurité sociale ;
- les autres demandes doivent être rejetées comme infondées.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 février 2024, l'agence régionale de santé d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- sa responsabilité n'est pas engagée dès lors que l'interdiction d'exercer s'applique de plein droit au professionnel de santé qui méconnaît son obligation vaccinale et qu'elle est donc en situation de compétence liée, de sorte que les moyens soulevés par le requérant sont inopérants ;
- à supposer que les moyens soient regardés comme opérants, ils seraient infondés.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire.
Par ordonnance du 4 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 22 mars 2024.
Par un courrier du 3 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens relevés d'office, tirés d'une part, de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions tendant, premièrement, à l'annulation et à l'abrogation de la décision de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis en date du 23 décembre 2021 et de la décision rejetant la demande de retrait de cette décision ainsi que des courriers de cet organisme, datés des 25 janvier, 1er février, 8 février et 15 février 2022 refusant de procéder au paiement des actes réalisés par le requérant et, du 2 mai 2022 demandant au requérant le versement de la somme de 3 500,50 euros, de la décision de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne rejetant la demande de retrait de la décision prononçant le " déconventionnement " du requérant, des courriers de cet organisme, datés des 25 janvier, 26 janvier, 1er février et 8 février 2022, refusant de procéder au paiement des actes réalisés par le requérant, du courrier de la caisse primaire d'assurance maladie informant les patients du requérant de la méconnaissance par ce dernier de son obligation vaccinale, deuxièmement, sur les conclusions tendant à condamner la caisse primaire d'assurance maladie à verser au requérant, en réparation des préjudices subis, une somme de 112 000 euros assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts, troisièmement, sur les demandes tendant à enjoindre à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis et à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne, à titre principal, de rétablir le requérant ainsi que d'adresser des courriers d'information à ses patients indiquant qu'il n'est pas un " anti vax ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, sous astreinte, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'abrogation de la mise en demeure du requérant de justifier de son statut vaccinal, adressée le 10 décembre 2021 à ce dernier par l'agence régionale de santé d'Ile-de-France ainsi que de la décision de cet organisme rejetant la demande de retrait de la décision prononçant sa suspension.
Par un mémoire enregistré le 10 mai 2024, M. A a présenté des observations en réponse aux moyens relevés d'office.
Par un mémoire enregistré le 13 mai 2024, la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis a présenté des observations en réponse aux moyens relevés d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Charageat,
- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,
- et les observations de Me Delmas, substituant Me Tassel, représentant la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis, les autres parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Sur la compétence de la juridiction administrative :
1. D'une part, aux termes de l'article L. 142-8 du code de la sécurité sociale : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Aux termes de l'article L. 142-1 du même code : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ".
2. D'autre part, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 susvisée relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : () / 2° Les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du code de la santé publique, lorsqu'ils ne relèvent pas du 1° du présent I () / II. - Un décret () détermine les conditions de vaccination contre la covid-19 des personnes mentionnées au I du présent article. Il précise les différents schémas vaccinaux et, pour chacun d'entre eux, le nombre de doses requises. / Ce décret fixe les éléments permettant d'établir un certificat de statut vaccinal pour les personnes mentionnées au même I et les modalités de présentation de ce certificat sous une forme ne permettant d'identifier que la nature de celui-ci et la satisfaction aux critères requis. Il détermine également les éléments permettant d'établir le résultat d'un examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 et le certificat de rétablissement à la suite d'une contamination par la covid-19. Aux termes de l'article 13 de la même loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : / 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. () / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () / II.-A.- Sans qu'y fasse obstacle l'article L. 1110-4 du code de la santé publique, le contrôle du respect de l'obligation prévue au I du présent article est assuré : / 1° En ce qui concerne les salariés et les agents publics mentionnés au I de l'article 12, par leur employeur ; / 2° En ce qui concerne les étudiants et les élèves mentionnés au 4° du même I, par le responsable de leur établissement de formation ; / 3° En ce qui concerne les autres personnes mentionnées audit I, par les agences régionales de santé compétentes, avec le concours des organismes locaux d'assurance maladie. () / Les personnes mentionnées au 3° du A du présent II adressent à l'agence régionale de santé compétente le certificat de rétablissement ou le certificat médical de contre-indication prévus au I. () ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - A. - A compter du lendemain de la publication de la présente loi et jusqu'au 14 septembre 2021 inclus, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 ou le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () / IV. - Les agences régionales de santé vérifient que les personnes mentionnées aux 2° et 3° du I de l'article 12 qui ne leur ont pas adressé les documents mentionnés au I de l'article 13 ne méconnaissent pas l'interdiction d'exercer leur activité prévue au I du présent article. () ".
3. M. A exerce à titre libéral la profession de médecin généraliste dans la commune de Livry-Gargan. Par une correspondance du 23 novembre 2021, la directrice générale de l'agence régionale de santé d'Ile-de-France lui a demandé de présenter les justificatifs relatifs à son statut vaccinal contre la covid-19. Par une correspondance du 10 décembre 2021 cette même autorité administrative l'a mis en demeure de produire, dans un délai de trois jours ouvrés, l'un des justificatifs précédemment demandés, en l'informant notamment qu'en l'absence de réponse de sa part, il ne pourrait plus exercer son activité professionnelle et que cette interdiction entrainerait une suspension par l'assurance maladie des remboursements des actes pratiqués. Par une correspondance du 23 décembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis a informé M. A que, dès lors qu'il n'était plus autorisé à exercer son activité libérale, la poursuite de son activité professionnelle pourrait donner lieu à des sanctions et que, à l'issue d'un délai de trente jours à compter de la date de suspension de son activité, les consultations, soins et prescriptions qu'il réaliserait et qui seraient présentés au remboursement, donneraient lieu à une récupération financière à sa charge. Cet organisme a informé M. A, par des courriers des 25 janvier, 1er, 8 et 15 février 2022, du refus de remboursement de consultations, soins et prescription que celui-ci avait dispensés à certains de ses patients en méconnaissance de l'interdiction d'exercice mentionnée ci-dessus dont il faisait l'objet et, par trois correspondances datées du 2 mai 2022, a mis à la charge du requérant la somme de 3 500,50 euros, à titre de récupération financière consécutive à des actes qu'il avait réalisés dans ces conditions. Par des courriers des 25 et 26 janvier 2022, 1er et 8 février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne a informé M. A du refus de remboursement de consultations, soins et prescription dispensés par ce dernier à certains de ses patients en méconnaissance de l'interdiction d'exercice dont il faisait l'objet mentionnée ci-dessus. Par une première correspondance datée du 23 mai 2022, M. A a demandé à l'agence régionale de santé d'Ile-de-France de retirer la mise en demeure du 10 décembre 2021 ainsi que les courriers adressés à ses patients et de l'indemniser des préjudices subis. Par une deuxième correspondance datée du 23 mai 2022, M. A a demandé à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis de retirer la décision de " déconventionnement " du 23 décembre 2021 ainsi que les courriers du 2 mai 2022 lui réclamant le versement de la somme de 3 500,50 euros et de l'indemniser du préjudice causé par ces décisions. Par une troisième correspondance datée du 23 mai 2022, M. A a demandé à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne de retirer ses courriers des 25 et 26 janvier 2022 et 1er et 8 février 2022, ainsi que les courriers par lesquels cet organisme a informé ses patients de l'interdiction d'exercice dont il faisait l'objet et des conséquences en découlant pour ces derniers et de l'indemniser du préjudice causé par ces décisions. M. A demande au tribunal, à titre principal, outre la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, d'annuler, d'une part, la mise en demeure de la directrice générale de l'agence régionale de santé d'Ile-de-France en date du 10 décembre 2021, d'autre part, les courriers de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis des 25 janvier, 1er février, 8 février et 15 février 2022 et ceux de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne des 25 janvier, 26 janvier, 1er février et 8 février 2022 refusant de procéder au remboursement de certains actes médicaux qu'il a réalisés, ensuite, les décisions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis du 2 mai 2022 mettant à sa charge la somme de 3 500,50, enfin, le courrier de la caisse primaire d'assurance maladie informant ses patients de l'interdiction d'exercer dont il faisait l'objet. En outre, ses conclusions à fin à l'annulation de la décision de " déconventionnement " prise par la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis le 23 décembre 2021 et des décisions rejetant sa demande de retrait de cette décision et d'une décision de " déconventionnement " prise par la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne doivent être regardées respectivement comme tendant à l'annulation de la lettre par laquelle la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis l'a informé des conséquences de l'absence de régularisation de sa situation à la suite de la mise en demeure du 10 décembre 2021 mentionnée ci-dessus et des décisions de refus de retrait de cette décision ainsi que d'une décision de retrait similaire de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne.
4. Si les rapports entre les organismes de protection sociale, qui sont des personnes morales de droit privé, et les médecins sont en principe des rapports de droit privé, les litiges nés des décisions opposées par ces organismes aux médecins qui se rattachent à l'exercice des prérogatives de puissance publique dont ces organismes sont dotés en vue de l'accomplissement de leurs missions de service public relèvent de la compétence de la juridiction administrative.
5. Les courriers mentionnés au point 3 de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis, du 23 décembre 2021, informant M. A des conséquences résultant de l'absence de régularisation de sa situation et des 25 janvier, 1er, 8 et 15 février 2022, refusant le remboursement de consultations, soins et prescriptions ne se rattachent pas à l'exercice de prérogatives de puissance publique. Leur contestation constitue un différend résultant de l'application des législations et réglementations de sécurité sociale, au sens des dispositions précitées du code de la sécurité sociale. Il en va de même de la demande d'indemnisation des préjudices qui en résulteraient ainsi que des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte correspondantes. Ainsi, la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-Saint-Denis est fondée à soutenir que de telles demandes sont insusceptibles de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative. Ces demandes ne peuvent, par suite, qu'être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître, de sorte que l'exception d'incompétence soulevée par la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis doit être accueillie.
6. De même, les courriers mentionnés au point 3 de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne des 25 janvier, 26 janvier, 1er février et 8 février 2022 refusant le remboursement de consultations soins et prescriptions ne se rattachent pas à l'exercice de prérogatives de puissance publique. Il en va également des courriers informant les patients du requérant du non-respect par ce dernier de son obligation vaccinale et des conséquences en découlant, de la décisions de refus de retrait de la lettre par laquelle la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis a informé le requérant des conséquences de l'absence de régularisation de sa situation à la suite de la mise en demeure du 10 décembre 2021 déjà mentionnée, d'une décision de refus de retrait d'une lettre similaire, à supposer qu'elle existe, de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-et-Marne et, enfin, de la demande d'indemnisation des préjudices qui en résulteraient ainsi que des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte correspondantes. De telles demandes sont, dès lors, insusceptibles de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative. Elles ne peuvent, par suite, qu'être également rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur la recevabilité :
7. Il n'entre pas dans l'office du juge administratif d'abroger la mise en demeure de la directrice générale de l'agence régionale de santé d'Ile-de-France en date du 10 décembre 2021 ni la décision rejetant la demande de retrait de cette mise en demeure. Par suite, ces conclusions sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la mise en demeure de l'agence régionale de santé d'Ile-de-France en date du 10 décembre 2021 :
8. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a communiqué dans le délai qui lui était imparti, ni même ultérieurement, aucun justificatif en réponse à cette mise en demeure. Celui-ci ne conteste d'ailleurs ni son absence de vaccination ni l'absence de toute contre-indication médicale particulière. Par suite, l'écoulement de ce délai a entrainé de plein droit son interdiction d'exercer la profession de médecin. Dans ces conditions, la demande d'annulation doit être regardée comme dirigée contre l'interdiction d'exercice qui procède de la mise en demeure restée sans réponse.
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'agence régionale de santé d'Ile-de-France n'a pu que constater, dans le cadre de la mission de contrôle qui lui a été confiée par le législateur, que M. A ne justifiait plus des conditions lui permettant de poursuivre l'exercice de sa profession. Dès lors qu'elle était ainsi en situation de compétence liée, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur et du défaut de motivation de la mise en demeure, du vice de procédure et de l'existence d'une sanction déguisée ne peuvent qu'être écartés.
10. En second lieu, si M. A soutient que l'obligation vaccinale n'est ni nécessaire, ni proportionnée et qu'elle porte une atteinte manifeste au droit à la santé tel qu'il résulte du Préambule de la Constitution, de tels moyens ne peuvent qu'être écartés dès lors que cette obligation a été posée par le législateur et qu'il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de se prononcer la constitutionnalité de dispositions législatives hormis dans le cas où il est saisi, par un mémoire distinct, d'une question prioritaire de constitutionnalité, ce qui n'est pas le cas en l'espèce.
En ce qui concerne les courriers de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis du 2 mai 2022, mettant à la charge du requérant la somme de 3 500,50 euros :
11. Les correspondances en litige ont pour objet de notifier à M. A les créances de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis correspondant à des sommes que cet organisme a versées au titre de l'assurance maladie à des patients auxquels celui-ci a dispensé des soins alors qu'il n'était plus autorisé à poursuivre l'exercice de son activité professionnelle. Elles mentionnent que toute contestation contre ces décisions doit faire l'objet d'un recours devant la commission de recours amiable de cet organisme, lequel est prévu par l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait formé un tel recours, de sorte que les conclusions à fin d'annulation de ces décisions ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le surplus des conclusions indemnitaires :
12. M. A demande que l'agence régionale de santé d'Ile-de-France soit condamnée à lui verser une somme de 112 000 euros en réparation du préjudice subi. Toutefois, il résulte de ce qui précède qu'il n'établit pas que cet organisme aurait commis à son égard une faute susceptible d'engager sa responsabilité. En outre, les décisions attaquées ne sont pas davantage susceptibles d'engager la responsabilité de ce même organisme au titre de l'égalité devant les charges publiques. Il suit de là que ces conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées, y compris les décisions de refus de retrait en litige, ainsi que les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'agence régionale de santé d'Ile-de-France, de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis et de la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne, qui ne sont pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à l'agence régionale de santé d'Ile-de-France, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis et à la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
Le rapporteur,
D. Charageat
La présidente,
J. JimenezLe greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026