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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209520

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209520

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSARHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 23 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- la compétence du signataire des décisions attaquées n'est pas établie ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation personnelle, notamment au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions combinées de l'article 47 du code civil et de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle, notamment au regard de sa minorité et de la menace à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 19 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2022.

Par une décision du 29 août 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bazin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, qui se déclare ressortissante ivoirienne née le 3 août 2003, est entrée sur le territoire français en mai 2019 selon ses déclarations. Elle a été confiée aux services de l'aide sociale à l'enfance, en sa qualité de mineure isolée par un jugement du juge des enfants du tribunal de grande instance de C du 30 décembre 2019. Le 6 juillet 2021, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 mai 2022, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 29 août 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a admis la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont donc devenues sans objet et il n'y a plus lieu de statuer dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0219 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. F E, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par arrêté n° 2022-0220 du même jour, le préfet a consenti cette même délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, en cas d'absence ou d'empêchement de M. E. Par suite, dès lors que la commune de Montfermeil, où résidait Mme B à la date de l'arrêté attaqué, est située dans l'arrondissement du Raincy et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il a fait application, notamment les articles L. 432-1, L. 435-1, L. 435-3 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté précise les conditions d'entrée et de séjour en France de Mme B, ainsi que les éléments pertinents relatifs à sa situation familiale et personnelle. Il mentionne par ailleurs que l'intéressée n'est pas en mesure de communiquer de façon certaine son identité et qu'elle a fait l'objet d'un examen osseux radiologique le 14 mai 2019 qui a déterminé que sa maturation était celle d'une femme de plus de dix-neuf ans alors qu'à cette date, elle indiquait être âgée de 15 ans. L'arrêté rappelle les antécédents judiciaires de l'intéressée et en conclut que le comportement de l'intéressée est susceptible de constituer une menace à l'ordre public. Enfin, l'arrêté attaqué précise qu'au regard de tous les éléments précités, l'intéressée ne peut se prévaloir utilement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui n'est pas tenu d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté. Pour les mêmes raisons, les décisions attaquées ne sont pas entachées d'un défaut d'examen de sa situation, notamment au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état civil () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

7. Pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé que l'intéressée n'est pas en mesure de communiquer de façon certaine son identité, que le consulat de Côte d'Ivoire a indiqué le 4 juillet 2019 qu'il leur était impossible de déterminer la nationalité de l'intéressée au motif qu'elle se déclare tantôt malienne, tantôt ivoirienne. L'arrêté attaqué précise, au surplus, que l'intéressée a fait l'objet d'un examen osseux radiologique le 14 mai 2019 qui a déterminé que sa maturation était celle d'une femme de plus de dix-neuf ans alors qu'à cette date, elle indiquait être âgée de quinze ans et que le tribunal des enfants de C a relevé dans son jugement du 30 décembre 2019 que la minorité de l'intéressée n'était pas avérée, qu'un doute existait mais quand l'absence de certitude sur son âge, le doute devait lui profiter. Au regard de l'ensemble de ces éléments, qui ne sont pas sérieusement contredits par la requérante, le préfet doit ainsi être regardé comme apportant la preuve, qui lui incombe, de ce que la mention de la date de naissance de la requérante n'est pas conforme à la réalité. Les moyens tirés de l'erreur de droit au regard des dispositions combinées de l'article 47 du code civil et de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent en conséquence être écartés. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de situation personnelle, notamment au regard de sa minorité, doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

9. Pour refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a également considéré que son comportement constituait une menace à l'ordre public. Il a relevé, à cet égard, que l'intéressée est connue des services de police pour déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public, une allocation, une prestation, un paiement ou un avantage indu le 14 mai 2019 et pour infraction à une interdiction de séjour ou fréquentation d'un lieu interdit et déclaration fausse ou incomplète pour obtenir d'une personne publique ou d'un organisme chargé d'une mission de service public, une allocation, une prestation, un paiement ou un avantage indu le 25 juin 2019. Ces faits, même s'ils ne sont pas sérieusement contredits par Mme B, ne sauraient toutefois suffire à établir que le comportement de l'intéressée constituerait une menace pour l'ordre public.

10. Toutefois, il ressort de l'arrêté attaqué que celui-ci est également fondé sur le motif, légalement justifié ainsi qu'il a été dit précédemment, tiré de ce que l'intéressée ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les motifs non contestés selon lesquels l'intéressée ne remplissait pas les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code. Le moyen doit par suite être écarté dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, Mme B, qui se borne à soutenir que le principe du contradictoire n'a pas été respecté, ne précise pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle propre à caractériser un risque de traitement cruel, inhumain et dégradant en cas de retour dans son pays d'origine, qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision fixant le pays de destination.

12. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, régulièrement motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

13. En troisième lieu, aucun des moyens invoqués à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

15. Mme B soutient qu'au regard de son isolement familial, de son âge et de sa vulnérabilité, elle sera exposée à des risques de traitements cruels, inhumains et dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire. Toutefois, elle ne produit devant le tribunal aucun élément de nature à établir que sa vie ou sa liberté seraient menacées ou qu'elle risquerait d'être personnellement exposée à des peines ou traitements prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Il suit de là que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations et dispositions rappelées au point précédent ne peuvent qu'être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 6 mai 2022, de sorte que ses conclusions à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à obtenir le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Sarhane et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. L'hôte, premier conseiller,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La rapporteure,Le président,Signé Signé Mme BazinM. TruilhéLa greffière,Signé Mme D

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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