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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209649

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209649

vendredi 10 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantSARHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juin 2022, M. A B, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français : elles sont entachées d'une incompétence de leur signataire ; elles sont insuffisamment motivées ; sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et personnalisé ; elles sont entachées d'erreur de droit, en ce que l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ; elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : elle doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 7 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 31 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charageat,

- et les observations de Me Meite, substituant Me Sarhane, représentant M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 19 octobre 2023 à 14 h 53.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 5 septembre 1999 à Meknes, a déposé le 29 septembre 2020 une demande tendant à la délivrance d'un nouveau titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 4 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " () L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (), soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que le requérant n'avait pas produit de relevé de notes ou d'attestation d'assiduité pour l'année 2019/2020, de certificat d'inscription au titre de 2020/2021, ni de justificatif de ses ressources, en dépit de la demande qui lui avait été adressée par lettre recommandé le 5 mai 2021. Toutefois, le requérant soutient ne pas avoir été destinataire d'une demande l'invitant à compléter son dossier et qu'en outre il a fourni à la préfecture l'ensemble des justificatifs demandés et verse à cet égard aux débats le diplôme de licence qui lui a été délivré le 10 mars 2021 au titre de l'année universitaire 2019/2020, des certificats d'inscription à l'université Paris-Dauphine pour les années universitaires 2020/2021 et 2021/2022, délivrés respectivement les 25 septembre 2020 et 7 septembre 2021, ainsi qu'une attestation de la Banque populaire de Fes-Meknes du 24 septembre 2020 portant sur un ordre de virement mensuel permanent de 615 euros au profit du requérant au titre des frais de séjour liés à l'année universitaire 2020/2021, depuis le compte détenu par son père dans cette banque. Les allégations de M. B ne sont pas contestées par le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas présenté d'observations en défense. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir qu'en estimant qu'il n'avait pas fourni les documents nécessaires à l'examen de sa demande de titre de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français en litige d'une erreur manifeste d'appréciation de nature à entraîner leur illégalité.

4. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que de la décision subséquente fixant le pays de renvoi contenues dans l'arrêté du 4 novembre 2021 en litige. Par suite, il y a lieu d'annuler l'ensemble de ces décisions, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique, dans les circonstances de l'espèce, que le préfet de la Seine-Saint-Denis ou tout préfet territorialement compétent délivre à M. B un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. M. B a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761 1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, qui sera versée à Me Sarhane, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 4 novembre 2021 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Sarhane une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sarhane et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2023.

Le rapporteur,

D. Charageat

La présidente,

J. JimenezLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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